Canadien de Montréal-URSS : 3 veillées du jour de l’An mémorables

Riches en émotion, les matchs entre le Canadien de Montréal et l’élite des hockeyeurs soviétiques ont produit plusieurs faits d’armes sportifs, mais aussi des moments de franche camaraderie entre 1975 et 1982, durant la Guerre froide. Retour sur trois mémorables veillées du jour de l’An au Forum de Montréal.

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31 décembre 1975 : un grand match, un très grand match

Avec la Série du siècle qui, en 1972, a donné naissance à une rivalité entre les meilleurs hockeyeurs du Canada et de l’URSS, la Guerre froide s’est transposée aux patinoires, pourrait-on dire. Trois ans plus tard, les Soviétiques envoient deux équipes – l’Armée rouge et les Ailes soviétiques – se mesurer aux meilleurs clubs de la Ligue nationale de hockey.

Le match le plus marquant de cette tournée nord-américaine a lieu le 31 décembre 1975 au Forum de Montréal. Le Canadien de Montréal reçoit la puissante Armée rouge. Le cœur des partisans du CH palpite. Celui des joueurs aussi, même s’ils le cachent bien. En filigrane, le face-à-face revêt certes une connotation politique, mais l’enjeu, au fond, demeure sportif. 

« Nous connaissons l'importance de la rencontre et nous savons à quoi nous attendre. Les Soviétiques forment une équipe puissante et ce sera un match difficile, mais nous avons toujours su surmonter les obstacles », explique le capitaine du Canadien, Yvan Cournoyer (Montréal-Matin, 31 décembre 1975).

Les Glorieux Guy Lafleur, Jacques Lemaire, Peter Mahovlich et compagnie viendront-ils à bout du remarquable gardien russe Vladislav Tretiak? Celui-ci, réputé quasi invincible, impose le respect depuis les exploits qu’il a réalisés contre Équipe Canada trois ans auparavant.

« Au cours de ce match, le Canadien a démontré qu’il possédait l’une des plus grandes machines dans le monde du hockey. On peut dire que sa grande vitesse a étourdi les joueurs de l’Armée rouge et sans un travail merveilleux de Vladislav Tretiak, les protégés de l’entraîneur Scotty Bowman I’auraient emporté avec facilité », relate le journaliste Pierre Gobeil (Montréal-Matin, 2 janvier 1976).

Score final : 3-3, au terme d’une partie endiablée.

Après avoir applaudi cordialement la formation soviétique avant le premier coup de sifflet, la foule montréalaise, admirative, offre une ovation au cerbère soviétique, désigné première étoile du match.

Et la partie passe à l’histoire comme l’une des meilleures jamais disputées…

31 décembre 1979 : victoire surprise des Glorieux

Le Tricolore vient de remporter la coupe de Stanley quatre années de suite et espère faire rebelote malgré le départ à la retraite de son gardien étoile, Ken Dryden. Or, le Canadien connaît un début de saison 1979-1980 plutôt moyen et, de ce fait, ne tient pas rôle de favori face à l’équipe de l’URSS le 31 décembre 1979.

Mais une déclaration de l’entraîneur soviétique Viktor Tikhonov fouette la troupe tricolore : « Il ne sait pas ce qu'il a fait à tout le monde quand il a dit, hier, que le match contre le Canadien était le plus important pour eux », confie le coach du CH, Claude Ruel (La Presse, 2 janvier 1980).

Gonflé à bloc, le Canadien se présente sous son meilleur jour et livre une prestation de très haut niveau. Brillants à l’attaque, Steve Shutt compte deux buts et Guy Lafleur récolte deux mentions d’aide.

Score final : 4-2 en faveur de Montréal.

Ce deuxième « 31 décembre CH-URSS sur glace » suscite l’hyperbole : « C'était impensable. Tous ceux qui avaient assisté à ce fameux match contre l'Armée rouge, la veille du jour de l'An 1976, étaient convaincus qu'ils ne reverraient jamais plus pareille exhibition. Lundi soir, le Canadien a récidivé. Il a joué un match parfait, une partie sans bavure à la hauteur de sa réputation, à la hauteur de ce à quoi on aurait pu s'attendre des meilleures équipes de l'histoire », s’enthousiasme le journaliste Bernard Brisset (La Presse, 2 janvier 1980).

31 décembre 1982 : « Les Russes battent le Canadien de vitesse »

Le Canadien n’est plus l’équipe dominante de 1975, ni celle encore glorieuse de 1979. Ses vedettes ont vieilli et ses adversaires – dont les fringants Nordiques de Québec – lui donnent passablement de fil à retordre. C’est dans ce contexte que Montréal accueille les joueurs soviétiques au Forum en 1982 pour un nouveau duel du 31 décembre.

Cette fois, l’affrontement tourne nettement en faveur des visiteurs.

« Les Soviétiques ont vraiment battu le Canadien en cette veille du jour de l’An. Ils l’ont battu tout simplement parce qu'ils forment une équipe supérieure sur tous les plans, mais surtout au plan du patinage, jadis l'arme numéro un des Glorieux. Certes, les Russes ont dû réussir quatre buts en troisième période pour se démarquer. Mais leur victoire n'a jamais fait de doute. On les sentait les plus forts dès la période de réchauffement d’avant-partie », rapporte Bernard Brisset (La Presse du 3 janvier 1983).

Score final : 5-0 pour les visiteurs.

Malgré ce résultat à sens unique, les spectateurs font fi de leur déception et saluent le brio d’un adversaire remarquable… trois fois plutôt qu’une. 

 « Après la très belle victoire des Étoiles soviétiques contre le Canadien, c'est la foule qui a donné sa vraie signification à l'événement, qui lui a donné noblesse et classe, qui lui a donné âme et vie. Quand Vladislav Tretiak a reçu son troisième rappel, une chose que je n'avais personnellement jamais vue au Forum, ses yeux brillaient de joie », affirme Réjean Tremblay (La Presse, 3 janvier 1983).

Peu importe le pointage final, c’est l’esprit sportif qui sort gagnant. Et la Guerre froide est mise en échec le temps d’une joute rassemblant joueurs ennemis sur une surface glacée…

Avec la chute du Rideau de fer et le démantèlement de l’URSS, en 1989, une détente s’opère progressivement dans les rapports entre l’Est et l’Ouest, y compris sur les patinoires. Plusieurs hockeyeurs soviétiques viennent faire carrière dans la Ligue nationale à partir des années 1990. Repêché par le CH au soir de sa carrière, Vladislav Tretiak ne viendra pas jouer à Montréal, mais les partisans du Canadien de Montréal auront plus tard le bonheur d’applaudir les Kovalev, Markov et autres Demidov.