5 temps dans l’histoire des Nordiques de Québec

Trente ans après avoir déménagé au Colorado, en 1995, les Nordiques de Québec vivent toujours dans la mémoire et le cœur de leurs partisans, encore nombreux à espérer leur retour. Retraçons quelques faits saillants du parcours de l’équipe de hockey fleurdelysée, de sa naissance dans l’Association mondiale de hockey à son exil aux États-Unis.

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1. Débuts dans l’Association mondiale de hockey

Les Nordiques de Québec font leurs débuts dans l’Association mondiale de hockey (AMH), circuit fondé en 1972 pour concurrencer la Ligue nationale de hockey (LNH), à laquelle elle « vole » plusieurs joueurs étoiles attirés par des salaires faramineux. L’AMH permet aussi à de jeunes joueurs prometteurs, comme Wayne Gretzky, de faire leurs armes.

Le premier entraîneur des Nordiques est nul autre que… Maurice Richard, l’ex-vedette du Canadien de Montréal. Mais celui-ci gère mal la pression et démissionne après seulement deux matchs (Le Soleil, 16 octobre 1972). Une autre embauche fait couler de l’encre : l’excellent Jean-Claude Tremblay, joueur du Canadien « défroqué », vient ajouter de l’expérience à la brigade défensive des Bleus.

Lors de sa saison initiale, Québec rivalise avec 11 adversaires – parmi lesquels les Sharks de Los Angeles, les Aeros de Houston et autres Crusaders de Cleveland – et termine au 10e rang. 

Après quelques saisons en dents de scie, les Nordiques remportent la coupe Avco au terme de la campagne 1976-1977. À la suite de ce triomphe, une rumeur circule selon laquelle le club se joindrait bientôt à la LNH… Il faudra attendre encore deux ans.

2. Entrée dans la Ligue nationale

En faillite, l’Association mondiale de hockey met fin à ses activités à la fin de la saison 1978-1979. Quelques-unes de ses équipes migrent vers la Ligue nationale, dont les Nordiques. 

C’est le deuxième club de Québec à accéder à la LNH, après les Bulldogs en 1919-1920… mais ça, c’est une autre histoire

Pour leur première saison dans « la grande ligue », les Nordiques comptent sur une formation bigarrée, mélange de jeunes et de vétérans, dont plusieurs – au talent relativement limité – sont obtenus lors du repêchage d’expansion (Le Soleil, 14 juin 1979).

De ce fait, les attentes pour cette première campagne sont modestes et les Nordiques terminent derniers de leur division. Pilotée par un certain Jacques Demers, futur entraîneur du Canadien, l’équipe compte parmi ses joueurs les plus populaires les attaquants Robbie Ftorek, Marc Tardif et Réal Cloutier.

Au calendrier, partisans et journalistes ont encerclé la date du 13 octobre, premier duel Québec-Montréal. Score final, 3-1 pour le tout-puissant Tricolore. 

Mais les Nordiques prennent leur revanche à domicile deux semaines plus tard avec une victoire à l’arraché de 5-4. « Advienne que pourra en cette première saison des Nordiques dans la Ligue nationale, ils n'atteindront jamais des sommets sportifs et émotifs comme hier soir […] où ils ont réalisé l’exploit de l’année en triomphant des Canadiens de Montréal […]. L’histoire de David et Goliath s’est répétée dans l'enceinte d’un Colisée survolté par une foule en délire de 11 908 spectateurs », peut-on lire dans Le Soleil du 29 octobre 1979.

Ce match marque les débuts d’une rivalité qui gagnera rapidement en intensité…

3. La guerre Nordiques de Québec–Canadien de Montréal

À leur arrivée dans la Ligue nationale, les Nordiques sont pris de haut par leurs rivaux montréalais, qui viennent de gagner quatre coupes Stanley de suite. Mais les petits nouveaux tiennent rapidement tête au Tricolore. Chaque match mettant les « rivaux de la 20 » aux prises est âprement disputé. Et suivi par des légions d’ardents partisans. Ce qui ne va pas sans heurts : des amis se brouillent et des familles se déchirent sur la foi de leur allégeance sportive… La bataille du Québec fait rage!

Parmi les chapitres les plus marquants de cette guerre sur glace, évoquons la série quart de finale 1984, qui se conclut un tristement célèbre soir de Vendredi saint.

« Si la guerre n'avait éclaté que dans les journaux et à la radio depuis 10 jours, elle s'est véritablement transportée sur la glace, hier soir. La remontée du Canadien est survenue après deux gigantesques bagarres générales survenues en fin de deuxième période et en début de troisième », rapporte La Presse le 21 avril 1984.

Le Canadien élimine les Nordiques dans la controverse… mais ces derniers se vengent dès l’année suivante. Au grand bonheur de son entraîneur, Michel Bergeron, la grande vedette des Fleurdelysés, le Slovaque Peter Stastny, élimine les Glorieux avec un but en prolongation dans le septième et dernier match d’un autre quart de finale formidable. Compte rendu dans le Soleil du 3 mai 1985.

Le dernier affrontement en séries éliminatoires entre le Canadien et les Nordiques a lieu en 1993 : l’équipe de Québec, bien que favorite, tombe en première ronde devant le Tricolore, qui remporte la coupe Stanley cette année-là.

4. Guy Lafleur, l’ancien Glorieux qui a fini sa carrière en bleu

Parmi les grandes vedettes qui ont porté le chandail des Nordiques, peu atteignent le statut de Guy Lafleur. Bien qu’il ait fait damner les Nordiques alors qu’il patinait pour Montréal, le « Démon blond » est quand même aimé de la population de Québec : à la fin des années 1960, elle l’a vu fleurir avec les Remparts, l’équipe junior de la Vieille Capitale. Repêché par le Canadien en 1971, Lafleur dispute la majeure partie de sa brillante carrière professionnelle à Montréal. Après une retraite de trois ans, il revient au jeu avec les Rangers de New York, dont il porte les couleurs une saison. Puis, il fait le choix de revenir « chez lui » à Québec.

« Guy Lafleur ne voulait terminer sa carrière nulle part ailleurs que dans la province de Québec. Et de se retrouver à Québec même, là où il a connu ses premières heures de gloire du temps des Remparts, se révèle comme un boni inespéré. ‘‘C’est vraiment difficile d'exprimer exactement comment je me sens aujourd'hui. Je suis de retour chez moi’’ », rapporte Le Soleil, le 15 juillet 1989.

Il joue deux saisons dans l’uniforme des Nordiques avant d’accrocher ses patins pour de bon au printemps 1991.

5. Destination Colorado

La nouvelle tombe le 25 mai 1995 : les Nordiques ont été vendus et déménageront au Colorado. C’est rien de moins qu’un drame national pour leurs partisans! 

« Québec n’a plus les moyens de son rêve », titre Le Soleil, le 26 mai 1995. « Au terme d’un long post-mortem expliquant son incapacité de garder la concession dans la capitale, le président et copropriétaire des Fleurdelysés, Marcel Aubut, a confirmé la mauvaise nouvelle : ‘‘les nouvelles exigences de l’industrie du hockey, la taille du marché de Québec et l’absence d’une aide gouvernementale adéquate sonnent le glas des Nordiques à Québec. En conséquence, j’ai le regret de vous annoncer que les propriétaires se sont finalement résignés à accepter une offre d’achat de la part de COMSAT Communications de Denver, au Colorado." »

Relocalisés à Denver, les Nordiques deviennent l’Avalanche. Le club remporte la coupe Stanley à sa première campagne aux États-Unis  – avec pour gardien de but l’ex-vedette du Canadien Patrick Roy, qui plus est! –, au grand chagrin de ses partisans québécois.

Depuis, on a de nombreuses fois évoqué le retour des Nordiques. Un bel aréna les attend même à Québec. Or, les vœux des partisans n’ont toujours pas été exaucés. Restent les souvenirs, immortels, que nous ont offerts les joueurs Goulet, Bernier, Ftorek, Stastny, Sakic et compagnie…

Trois livres pour patiner plus loin

  1. Les Nordiques, Albert Ladouceur et Benoît Clairoux
  2. Les Nordiques de Québec : toute l’histoire de 1972 à 1995, Benoît Clairoux
  3. Il était une fois… les Nordiques : 100 joueurs racontent, Benoît Clairoux et Pierre-Yves Dumont
  4. La rivalité Canadien-Nordiques, Steve Lasorsa