En attendant les romans incontournables de l’automne

Chaque automne, entre rentrée et remise des prix littéraires, surgissent dans les librairies des centaines de nouveaux romans. À la Grande Bibliothèque aussi, mais il faut souvent attendre patiemment que son tour arrive sur la liste des réservations. Ce qui peut être long. Très long.

Littérature Romans

Alors pour patienter, et parce qu’à priori vous avez déjà lu tous les livres de votre auteur ou autrice préférée, nous vous proposons quelques variations autour de certains titres très attendus.

En attendant Tant mieux, d’Amélie Nothomb

Amélie Nothomb, prolifique écrivaine belge connue dans le monde entier, nous revient cet automne avec un récit racontant un épisode de la vie de sa maman lorsqu’elle était petite fille. Une sorte de conte comme elle sait si bien les raconter, avec une méchante sorcière et une enfant hors de l’ordinaire. 

L’année dernière, en 2024, Sandrine Collette remportait le prix Goncourt des lycéens avec Madelaine avant l’aube, le récit d’une enfance farouche et choisie, âpre et sublime. Ilaria de Gabriella Zalapì nous emporte dans une escapade aux allures d’enlèvement d’enfant, racontée du point de vue de la fillette de huit ans.

L’imagination est un des mondes fastes de l’enfance, et de nombreux artistes l’ont explorée, comme Céline Sciamma dans son film Petite maman, avec, tel un décor de conte, la forêt que la petite fille explore. Ou bien l’Islandais Gyrðir Elíasson, qui nous entraîne dans le sillage de Sigmar, petit garçon qui s’imagine écureuil et prête une vie animale aux objets qui l’entourent dans Les excursions de l’écureuil.

Et quel plaisir d’entrer encore et encore dans le monde de Jacques Poulin et de son Jimmy, le « plus grand menteur de toute la ville de Québec », qui fabule et crée un monde de poésie comme l’écrivain sait si bien les faire vivre.

En attendant Kolkhoze, d’Emmanuel Carrère

Emmanuel Carrère, auteur à la plume incisive, place au centre de nouveau son livre sa mère, d’origine russe. Il nous offre un mélange entre histoire familiale et Histoire avec un grand H. 

Quoi de plus tentant que de se replonger dans les sagas des grands auteurs russes du XIXe siècle, comme Guerre et paix de Léon Tolstoï (en livre, série, film, dans vos oreilles, le choix est large!) ou Les frères Karamazov, de Dostoïevski? Un peu plus proche de nous, Une saga moscovite, de Vassilo Aksenov, nous permet de suivre la vie d’une famille d’intellectuels russes de 1925 au début des années 1950.

Si votre désir est plutôt de lire des enquêtes dans l’histoire familiale des autrices, et que vous ne l’avez pas encore lu, vous aimerez  La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Son roman, basé sur les découvertes d’un véritable détective au sujet de sa grand-mère maternelle, a le côté fascinant (et parfois cruel) que l’on trouve aussi chez Carrère. Robert Lalonde raconte ce qui l’attache à sa mère avec C’est le cœur qui meurt en dernier, un autre récit filial. Dans Le drap blanc, Céline Huyghebaert part quant à elle de la figure de son père décédé, et qui n’a rien laissé derrière lui, pour reconstituer l’histoire familiale.

En attendant La mère des larves, de Maude Jarry

Pour son premier roman, l’autrice québécoise Maude Jarry nous invite dans la vie de Sarah, où tout va mal : son amoureux l’a quittée, les chats l’attaquent et sa mère veut la convaincre de procréer.

Entre douleurs mystérieuses et injonctions à la maternité, nous pourrons nous plonger dans les essais C’est dans ta tête : pourquoi minimise-t-on la douleur des femmes?, de Valérie Bidégaré, ou encore Le livre noir de la gynécologie, de Mélanie Déchalotte. Catherine Gauthier, de son côté, aborde avec sensibilité et sincérité l’absence de maternité dans la récente et très belle bande dessinée Je pense que j’en aurai pas.

Quant à la sororité, cette solidarité entre femmes qui leur permet de survivre à des moments difficiles, je ne peux que vous conseiller de vous plonger tête première dans les terribles Ce qu’elles disent de Miriam Toews et Le rire des déesses d’Ananda Devi.

Et pour l’horreur et les récits étranges, on pourra se laisser entraîner dans les nouvelles de Carmen Maria Machado, Son corps et autres célébrations, toutes tournant autour du corps des femmes et de ce qu’on peut lui faire subir. Sainte Maud, film de Rose Glass, explore également le rapport des femmes à leur corps, dans un genre plutôt douloureux, ainsi que les liens qui peuvent se nouer entre une malade et son inquiétante infirmière.

En attendant Flesh, de David Szalay

Écrivain canado-hongrois né à Montréal, David Szalay figure pour une deuxième fois sur la liste du Booker Prize, cette fois pour son roman Flesh. On y suit le parcours de la Hongrie au Royaume-Uni et l’ascension sociale d’un jeune homme, des thèmes que l’on retrouve dans Caledonian Road d’Andrew O’Hagan, L'espoir est une chose ridicule (Nowhere Man) d’Aleksandar Hemon, ou encore Exit West de Mohsin Hamid. Toujours dans les récits d’immigration, La jungle (The Jungle), d’Upton Sinclair, nous fait remonter dans le temps, au tout début du XXe siècle, avec un roman qui fit scandale quand il sortit en 1906. 

Une fille, qui danse (The Sense of an Ending) de Julian Barnes, explore la masculinité, un thème cher à David Szalay, que l’on retrouve aussi dans Bienvenue au club (The Rotter’s Club) et Le cercle fermé (The Closed Circle), un dyptique de Jonathan Coe qui suit des amitiés masculines de l’adolescence à l’âge mûr.

Ottessa Moshfegh aborde le sentiment de dissociation dans Mon année de repos et de détente (My Year of Rest and Relaxation), en racontant l’histoire d’une jeune femme qui ne veut pas tant se reposer qu’oublier.