Le 2 septembre 1945, la Seconde Guerre mondiale prenait fin, après six terribles années de combats. C’était il y a 80 ans. Si cet affrontement mondial a été initié en Europe, il a tout de même touché la vie de milliers de Québécois. Comment ces derniers ont-ils contribué à l’effort de guerre?
Dans cette page
avec la collaboration de Maude Pumont
Soldats, espions et résistants
En plus des premiers ministres Adélard Godbout (jusqu’en 1944) et Maurice Duplessis, des Québécois membres des Forces armées canadiennes, espions ou résistants ont joué un rôle important dans le déroulement de cette guerre.
Au Québec, la conscription et l’unilinguisme des Forces armées canadiennes ont été fortement décriés par la population. Mais selon l’historien Serge Bernier, qui a fait l’exercice de quantifier la participation des Canadiens français aux combats, plus de 130 000 se seraient tout de même portés volontaires.
Parmi eux, Léo Major, qui s’est enrôlé en 1940 et qui combattra également pendant la guerre de Corée, est un héros peu connu. Luc Lépine, auteur d’une biographie de Major publiée en 2019, en parle avec Jacques Beauchamp dans un épisode du balado Aujourd’hui l’histoire, sur Radio-Canada Ohdio.
Guy Biéler a quant à lui été recruté comme agent secret en 1942. L’auteur Guy Gendron nous le fait découvrir dans son livre Le meilleur des hommes – L’histoire de Guy Biéler, le plus grand espion canadien.
Le Projet Mémoire, initié par l’organisme Historica Canada et dont les archives sont disponibles sur le site de l’Encyclopédie canadienne, donne la parole à des vétérans des Forces armées canadiennes. On peut y entendre notamment l’histoire de Conrad Landry, qui a participé au débarquement de Normandie, ainsi que le témoignage d’Herménégilde Dussault, sergent-major, et de plusieurs autres.
Recherches sur la bombe atomique à Montréal
Pour devancer les progrès scientifiques de l’Allemagne nazie, les Britanniques ont secrètement établi un laboratoire de recherche nucléaire à l’Université de Montréal, loin du front européen. Ce centre, actif de 1942 à 1946, visait à développer une bombe puissante et à explorer de nouvelles sources d’énergie. Il a aussi permis une collaboration avec les Américains, qui ont lancé le projet Manhattan, dans le but de créer une arme atomique. La genèse du laboratoire et les travaux cruciaux qui y ont été réalisés sur les réacteurs nucléaires et le plutonium sont abondamment expliqués dans Montréal et la bombe, de Gilles Sabourin, et dans Projet Manhattan - Montréal au cœur de la participation du Canada à la bombe atomique américaine, d’Antoine Théorêt et Matthieu P. Lavallée.
Après la guerre, le Canada a choisi de ne pas se doter de l’arme nucléaire, préférant s’appuyer sur ses alliances avec l’OTAN et les États-Unis. Signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires en 1968, il s’engage pour le désarmement et limite l’usage de son uranium à des fins pacifiques, notamment médicales. Les recherches amorcées à Montréal ont ainsi évolué vers des applications civiles, comme la radiothérapie pour le traitement du cancer.
Participation des femmes à l’effort de guerre
Bien que la contribution des femmes aux travaux du laboratoire secret de l’Université de Montréal durant la Deuxième Guerre mondiale ait été « largement ignorée, voire niée »[note 1], la participation féminine à l’effort de guerre a été fondamentale et reconnue dans d’autres sphères.
Le livre De la poêle à frire à la ligne de feu nous en apprend énormément sur la vie quotidienne des Québécoises pendant la guerre. Encouragées à économiser, à rationner et à réutiliser les produits de consommation, elles aidaient à freiner l’inflation et à ravitailler l’armée et les usines de guerre.
Durant les premières années du conflit, le Québec était la province la plus active dans la production d’armement; et comme les travailleurs masculins n’étaient pas assez nombreux pour soutenir cette poussée industrielle, les femmes ont été appelées en renfort. Le nombre d’ouvrières est passé de 40 000 en juin 1941 à 230 000 en juin 1943[note 2].
Des Québécoises se sont par ailleurs enrôlées dès 1941 dans le Corps des femmes de l’armée canadienne (CWAC), principalement dans des rôles non combattants mais essentiels à l’effort de guerre : infirmières, opératrices radio, secrétaires et commis.
L’État considérait le travail des ouvrières et des infirmières comme étant « d’importance nationale ».
Cette époque de bouleversements politiques et sociaux a été l’occasion pour les femmes de démontrer l’importance de leur rôle dans l’organisation sociale. Elles espéraient d’ailleurs qu’on reconnaisse leur valeur une fois la paix rétablie.
Le 25 avril 1940, le droit de vote a enfin été accordé aux Québécoises. « Ce droit qu’elles avaient exercé "par erreur" entre 1809 et 1834 leur avait été enlevé en 1849, quand on s’était rendu compte que l’Acte constitutionnel de 1791 stipulait que seules les "personnes" pouvaient voter et que la définition du mot "personne" ne s’appliquait qu’au sexe masculin. »[note 3]
La bataille du Saint-Laurent, 1942
Saviez-vous que le front était à nos portes en mai 1942? L’ouvrage Dans les coulisses de la bataille du Saint-Laurent, 1942 s’appuie sur des archives officielles canadiennes et allemandes pour déconstruire des décennies de fausses croyances. Des sous-marins allemands (appelés « U-boats ») torpillaient alors des navires dans le fleuve Saint-Laurent, dans le but de mettre un terme à l’approvisionnement destiné au Royaume-Uni. À l’époque, le gouvernement a minimisé le phénomène et censuré l’information, causant un climat d’inquiétude chez les riverains de la Gaspésie, témoins de la violence au large. Malgré le déplacement par convois armés, 16 navires ont été coulés par des sous-marins allemands, faisant une centaine de victimes. Il faudra attendre l’automne 1942 pour que des patrouilles aériennes offensives viennent renforcer les défenses canadiennes, mettant ainsi fin à cette période de terreur sur le Saint-Laurent.
Le débarquement de Normandie, 1944
Le débarquement de Normandie occupe une place particulière dans l’histoire de la participation canadienne à la Seconde Guerre mondiale. Les pertes de vies humaines y ont été terribles pour les États-Unis et le Canada, mais le 6 juin 1944, le fameux « jour J », a marqué un tournant dans le conflit et le début de la fin de la guerre en France.
L’historien Laurent Turcot en fait état dans son balado L’Histoire nous le dira, dans sa série « La Seconde Guerre mondiale ».
Le débarquement de Normandie avait été préparé en intégrant les leçons tirées du raid de Dieppe, qui avait eu lieu deux ans plus tôt et avait tourné au cauchemar. Connue sous le nom de code Jubilee, l’attaque sur Dieppe est relatée notamment sur le site du gouvernement du Canada.
Après la guerre
La fin de la Seconde Guerre mondiale a entraîné de profonds bouleversements politiques, sociaux, économiques et culturels au Canada, comme l’explique l’article « Le Canada après la Deuxième Guerre mondiale ». Des milliers de personnes d’origine européenne sont venues s’installer dans la Belle Province et dans le reste du Canada. On a assisté dès 1946 au début de grandes vagues d’immigration européenne au Québec.
Mais malgré ces changements importants, la contribution du Québec à la Deuxième Guerre mondiale semble avoir pratiquement disparu de la mémoire collective, comme l’affirment plusieurs historiens mentionnés dans l’article « L’héritage québécois de la Seconde Guerre mondiale », publié dans la revue Dire.
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Pour aller plus loin
- Empruntez un laissez-passer pour visiter gratuitement le Musée de l’Holocauste à Montréal et apprenez-en plus sur la vie des survivants montréalais de la Shoah.
- La plateforme Gale in Context – World History présente un article de synthèse intitulé « World War II », auquel sont associés de nombreux articles. Il est possible de le lire ou de l’écouter en français grâce à la fonction « Traduire » (en haut de l’article).
- L’article « La Deuxième Guerre mondiale », sur le site Alloprof, constitue un bon point de départ pour connaître le déroulement de ce conflit et les forces en présence.
- L’article du même titre dans l’Encyclopédie canadienne s’intéresse à l’histoire canadienne en lien avec les événements de cette guerre.
Notes
Note 1 : Gilles Sabourin, Montréal et la bombe, Québec, Éditions du Septentrion, 2020, p. 81.
Note 2 : Geneviève Auger et Raymonde Lamothe, De la poêle à frire à la ligne de feu, Saint-Laurent/Montréal, Boréal Express, 1981, p.128.
Note 3 : Geneviève Auger et Raymonde Lamothe, De la poêle à frire à la ligne de feu, op. cit., p. 99.
« Le Canada après la Deuxième Guerre mondiale », Alloprof, https://www.alloprof.qc.ca/fr/eleves/bv/histoire/le-canada-apres-la-deuxieme-guerre-mondiale-h1682 (consulté le 30 juillet 2025).
« Conrad Landry », Projet Mémoire, L’Encyclopédie canadienne, 2022, https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/mpsb-conrad-landry? (consulté le 30 juillet 2025).
« Herménégilde Dussault », Projet Mémoire, L’Encyclopédie canadienne, 2022, https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/mpsb-hermenegilde-dussault (consulté le 30 juillet 2025).
« Raid de Dieppe – Le 19 août 1942 », Anciens combattants Canada, https://www.veterans.gc.ca/fr/remembrance/wars-and-conflicts/second-world-war/battle-of-dieppe (consulté le 30 juillet 2025).
AUGER, Geneviève et Raymonde LAMOTHE, De la poêle à frire à la ligne de feu – La vie quotidienne des Québécoises pendant la guerre '39-'45, Saint-Laurent / Montréal, Boréal Express, 1981, 232 p.
BEAUCHAMP, Jacques, « Léo Major, le héros de guerre canadien aux exploits dignes d’une légende », Aujourd’hui l’histoire [balado], Radio-Canada Ohdio, 7 octobre 2019, https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/136705/leo-major-heros-guerre-canadien-exploits-dignes-legende-luc-lepine.
CÔTÉ, Samuel, Dans les coulisses de la bataille du Saint-Laurent, 1942, Québec, Éditions GID, 2023, 120 p.
FOISY-GEOFFROY, Dominique, « GODBOUT, ADÉLARD (baptisé Joseph-Adélard) (J.-Adélard) », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 18, 2022.
NEATBY, H. Blair, « King, William Lyon Mackenzie », Dictionnaire biographique du Canada, 2005, https://www.biographi.ca/fr/bio/king_william_lyon_mackenzie_17F.html (consulté le 30 juillet 2025).
SABOURIN, Gilles, Montréal et la bombe, Québec, Éditions du Septentrion, 2020, 201 p.
THÉORÊT, Antoine et Matthieu P. LAVALLÉE, Projet Manhattan - Montréal au cœur de la participation du Canada à la bombe atomique américaine, Saint-Lambert, Éditions Matthieu P. Lavallée, 2020, 376 p.
TURCOT, Laurent, « 1944 – Seconde Guerre mondiale (tome 6), série # 3 », L’Histoire nous le dira [balado], 2021, https://www.youtube.com/watch?v=ShziFIuoeqs&list=PLsLcaL1a5j-0VXP-CnDVc5P9J_f5n94l9&index=6 (consulté le 30 juillet 2025).
WALLING, Jeremy John, « L’héritage québécois de la Seconde Guerre mondiale », Dire, 21 juin 2021, https://www.sciencepresse.qc.ca/opinions/dire/2021/06/21/heritage-quebecois-seconde-guerre-mondiale (consulté le 22 août 2025).