Outremont : un village à l’avant-garde devenu haut lieu de Montréal

Après plusieurs décennies au cours desquelles son statut a changé à maintes reprises, Outremont est à présent un des 19 arrondissements de la ville de Montréal. L’année 2025 marque son 150e anniversaire. Voici un retour sur son histoire, sur les personnes qui ont façonné ses rues et sur ses nombreux attraits qui en font un haut lieu de la métropole.

Histoire du Québec (1867-1944) Histoire du Québec (1945-1979) Histoire du Québec (1980 à aujourd’hui)
Des hommes et des femmes admirent la vue depuis un belvédère sur le mont Royal.

Un peu d’histoire

La naissance d’un village

C’est en 1694 que deux premières familles, les Tessier et les Gervaise, décident d’acquérir des terres sur le territoire aujourd’hui occupé par Outremont. Au fil des ans, d’autres colons choisissent de s’y installer, mais il faut attendre encore deux siècles, soit la fin des années 1800, pour que les lieux deviennent davantage fréquentés. C’est qu’à cette époque, la sortie à la mode pour les jeunes couples montréalais est de faire le tour de la montagne en calèche les dimanches. Des commerçants y voient une opportunité pour leurs affaires et les lieux commencent à s’animer davantage. Le nom d’Outre-Mont fait référence à sa localisation géographique et signifie « par-delà » le mont Royal. 

En 1875, des agriculteurs expriment le désir que le village d’Outre-Mont soit reconnu. Pour ce faire, il doit compter un minimum de 40 maisons, comme l’exige la loi provinciale de l’époque. Louis Beaubien, député du district d’Hochelaga et futur commissaire de l’Agriculture, décide d’inclure quelques granges pour respecter les exigences, et le tour est joué! Outre-Mont est alors officiellement constitué en village et David Edward est élu comme premier maire par les conseillers, eux-mêmes désignés par l’ensemble des habitants masculins, les femmes n’ayant pas le droit de vote.

L’essor d’une ville

Dès le début, le nom de la municipalité est écrit en un seul mot sur les procès-verbaux, tradition qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Outremont est à ce moment-là surtout habitée par les familles d’hommes d’affaires anglophones devenus propriétaires terriens. Ceux-ci sont au parfum des pratiques avant-gardistes en matière d’agriculture, comme la rotation des cultures. Leurs produits sont réputés et on vient de loin pour se les procurer. 
Outremont est promue au rang de ville en 1895 avec William Dunlop comme maire. 

Le saviez-vous?

  • Outremont est déneigée l’hiver par la première souffleuse de l’inventeur Arthur Sicard.
  • Elle est également la première ville canadienne à éclairer ses rues à l’aide de lampes à incandescence avec filament de tungstène, en plus d’avoir recours à des câbles électriques souterrains.
  • Outremont est desservie par le métro à partir du 4 janvier 1988 avec l’ouverture d’une station à son nom.

Plus tard, en 2002, la ville d’Outremont est fusionnée à Montréal et devient un des arrondissements de la métropole. 

Gros plan sur ce qui caractérise Outremont

L’installation de religieux chrétiens

Les Clercs de Saint-Viateur s’établissent à Outremont en 1887[note 1]. Ils habitent depuis 1896 un édifice nommé La Bastille sur l’avenue Querbes. Ils sont reconnus encore aujourd’hui pour leur apport considérable en éducation et pour les services offerts aux clientèles à besoins particuliers. Ils ont ainsi, par exemple, géré l’Institut des sourds-muets de Montréal de 1851 à 1982. L’église Saint-Viateur d’Outremont a été érigée entre 1910 et 1913. Fait notable : la décoration du baptistère est la première œuvre en sol canadien de Guido Nincheri[note 2]. Ce dernier a ensuite conçu des vitraux et d’autres œuvres décoratives pour environ 200 bâtiments au Canada et en Nouvelle-Angleterre, notamment la bibliothèque Saint-Sulpice, à Montréal, qui a longtemps été le siège de la Bibliothèque nationale du Québec.

La communauté des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie achète dès 1889 des terrains à Outremont, sur lesquels le pensionnat du Saint-Nom-de-Marie sera bâti en 1905[note 3].

Un arrondissement d’accueil pour de nombreuses communautés

Aujourd’hui, la majorité des habitants d’Outremont sont francophones, mais on y trouve une forte proportion d’anglophones et de personnes qui parlent hébreu. Les Juifs hassidiques comptent pour 25 % de la population de l’arrondissement[note 4]

En effet, Montréal a connu une forte immigration hassidique entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et 1960. Une partie importante de ces nouveaux venus sont d’origine hongroise et se sont installés à Outremont. Celui-ci compte ainsi plusieurs synagogues et mikvaot (bains rituels). Des épiceries cachères, des boutiques et des écoles juives façonnent également le paysage de l’arrondissement. 

Par ailleurs, près des deux tiers des résidents de l’arrondissement sont issus de l’immigration, c’est-à-dire qu’eux-mêmes ou un de leurs parents sont nés à l’étranger, surtout en France, aux États-Unis, au Liban, au Maroc ou en Grèce[note 5]

Un théâtre, des avenues commerçantes et des espaces verts

L’arrondissement possède des avenues, des édifices et des espaces verts qui font sa renommée. 

  • Le théâtre Outremont, un édifice patrimonial abritant une salle de spectacles, est un joyau de la scène culturelle montréalaise situé sur l’avenue Bernard. 
  • L’avenue Laurier est reconnue pour ses restaurants réputés et ses boutiques de produits de qualité. 
  • L’avenue Van Horne est aussi une artère commerciale très fréquentée. C’est à cet endroit qu’est situé le collège Stanislas, qui offre le programme d’enseignement français, de la maternelle au lycée. 

On trouve d’ailleurs de nombreux établissements d’enseignement dans l’arrondissement, comme une partie du campus de l’Université de Montréal et la réputée École de musique Vincent-d’Indy. Sans oublier que l’arrondissement est une véritable oasis de verdure : on y trouve pas moins de 13 parcs.

Les Outremontais ont bien des raisons d’être fiers de leur arrondissement. Son histoire, son architecture, ses espaces verts et la diversité de sa population en font un endroit unique à Montréal.

Notes

Note 1 : Côté, Hélène. « La fin d’une époque », Le Journal d’Outremont, 23 septembre 2020,  page consultée le 6 septembre 2025. https://www.journaloutremont.com/nouvelles/patrimoine/la-fin-d-une-epoque

Note 2 : Paroisse Saint-Viateur d’Outremont, Historique, https://www.saintviateurdoutremont.org/en-savoir-plus, page consultée le 6 septembre 2025.

Note 3 : Le site officiel du Mont-Royal [site Web], Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, https://montroyal.montreal.ca/soeurs-des-saints-noms-jesus-marie,  (page consultée le 6 septembre 2025.) 

Note 4 : Lapidus, Steven, La Voix sépharade, Brève histoire de la communauté hassidique québécoise, https://lvsmagazine.com/2017/04/breve-histoire-de-la-communaute-hassidique-quebecoise/, avril 2017 (page consultée le 9 septembre 2025).

Note 5 : Outremont, Montréal, Planification stratégique, arrondissement d’Outremont, 2021-2025, https://portail-m4s.s3.montreal.ca/pdf/out_planification_strategique_2021_2025_13_mai_2021.pdf, page consultée le 6 septembre 2025.