Nés en Haïti, maires au Québec : trois histoires inspirantes

Venus de la Perle des Antilles, ils se sont donnés pleinement à leur communauté d’accueil, allant jusqu’à s’engager en politique municipale : René Coicou, Ulrick Chérubin et Michel Adrien ont laissé leur marque en dirigeant les destinées de leur municipalité. Retour sur leur parcours grâce à des journaux d’époque.

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L’engagement au sein d’une communauté peut prendre plusieurs formes. Comme participer activement à la vie politique municipale. Élu à titre de conseiller ou de maire, on se consacre dès lors à représenter et servir nos concitoyens, voire défendre leurs intérêts, tout en faisant (re)connaître notre ville ou village. Animés par la volonté de « faire œuvre utile », trois hommes venus d’Haïti ont exercé les fonctions de maire au Québec. Voici leur histoire.

Le premier : René Coicou (ville de Gagnon)

Parti d’Haïti pour s’établir à Montréal à la fin des années 1950, René Coicou met ensuite le cap vers Gagnon, « jeune » ville minière de la Côte-Nord où le travail abonde. À l’époque, nombreux sont les travailleurs qui « montent » acquérir de l’expérience ou « faire un coup d’argent » avant de redescendre dans le Sud. René Coicou, lui, restera.

Frappé par la tragédie, il perd son épouse et doit s’occuper de ses enfants… avec le soutien de ses concitoyens (source 1). Malgré l’adversité, il s’implique dans diverses associations locales et, sur le conseil d’amis, se tourne vers la politique. En qualité de maire, il effectuera trois mandats, de 1973 jusqu’aux derniers jours de Gagnon en 1985 – la ville sera carrément rasée…

S’il aura le grand malheur de voir sa ville mourir à la suite de la fermeture de la mine Sidbec-Normines (Le Droit, 15 octobre 1984), il se tiendra debout jusqu’à la fin, malgré l’inévitable, tel un capitaine sur son navire en perdition : « M. Coicou est lui-même à Gagnon depuis 22 ans. Il va rester jusqu’au bout. “Nous allons nous battre – si cette éventualité survient, dit-il avec le sourire – pour que la fermeture se fasse de façon très humaine, très civilisée pour notre population, pour qu'elle conserve sa dignité de vrais Gagnonais et de vraies Gagnonaises. »

« De zanmi yo » – les deux amis

Ulrick Chérubin et Michel Adrien sont venus au Québec pour échapper au régime Duvalier, qui sévit en Haïti de 1957 à 1986. « Les deux hommes se sont rencontrés à l’Université de Port-au-Prince dans les années 1960. ‘‘Si on nous avait dit à l’époque que nous nous serions retrouvés maires de villes du Québec, nous aurions dit que c’était impossible’’, a confié M. Adrien. Ils avaient perdu contact en Haïti avant de se recroiser au Québec dans les années 1990, alors qu’ils étaient tous deux conseillers municipaux (La Presse, 1er avril 2013). »

Ulrick Chérubin est élu maire d’Amos, en Abitibi, en 2002. Michel Adrien remporte le suffrage à Mont-Laurier, dans les Hautes-Laurentides, en 2003. Les deux hommes ont en commun d’avoir été professeurs au secondaire avant de « faire le saut » en politique.

Ulrick Chérubin (ville d’Amos)

Ulrick Chérubin arrive à Amos en 1973. Il trouve un poste dans l’enseignement, un secteur en manque d’effectif. Très engagé dans la vie communautaire et pastorale, il devient conseiller avant de briguer la mairie. Apprécié de tous, il est désigné politicien de l’année en 2001 et 2002 par un sondage des hebdomadaires Le Citoyen et L’Écho abitibien.

En 2013, Ulrick Chérubin se présente comme concurrent à l’émission télé Le banquier. Il caresse l’espoir de récolter des fonds pour financer les activités du centenaire d’Amos en 2014. Il rentre au bercail avec la rondelette somme de 222 500 $.

Il meurt subitement quelques mois plus tard, mais il aura eu le temps de lancer les festivités autour de l’anniversaire de sa ville bien-aimée. Son décès donne lieu à plusieurs éloges, notamment dans Le Devoir (26 septembre 2014) et dans La Presse (4 octobre 2014), sous la plume de Boucar Diouf qui lui dédie le texte Salut, Chérubin  « l’Haïtibien ».

Michel Adrien (ville de Mont-Laurier)

Michel Adrien débarque à Mont-Laurier en 1969. Il enseigne la physique à la polyvalente locale. Son engagement social prend racine dans le milieu syndical. Ensuite, il devient président du conseil d’administration du centre hospitalier de Mont-Laurier, puis directeur général de l’établissement.

Il est ensuite élu conseiller municipal, fonction qui lui sert de tremplin vers la mairie. C’est dans son sang : « Dans ma famille, on a toujours été tournés vers le service public. Mon père a aussi été maire de son village en Haïti, signale-t-il. C’est la manière la plus efficace pour faire bouger les choses. » (Le Devoir, 16 septembre 2017)

Michel Adrien quitte le fauteuil de maire en 2017, fier de « laisser plusieurs réalisations en héritage, dont l’hôtel de ville installé dans l’ancienne abbaye des moniales bénédictines, ainsi que la salle de spectacles Espace théâtre de Mont-Laurier ».

  1. Le Journal de Montréal, 12 mars 2017