Montréal, étoile du disco

À la fin des années 1970, Montréal est l’une des étoiles les plus brillantes du disco en Amérique du Nord. La musique remixée des célèbres DJ inonde les ondes radiophoniques québécoises et les discothèques les plus en vogue.

Histoire du Québec (1945-1979) Musique populaire
Hommes et femmes sur la piste de danse d'une discothèque.

Montréal, seconde meilleure ville du disco en Amérique du Nord

Montréal a la réputation d’offrir une vie nocturne « festive, libertine et rebelle » (Diamanti, 2015) depuis la belle époque du Red Light (des années 1920 aux années 1960). Le carrefour formé du boulevard Saint-Laurent et de la rue Sainte-Catherine constitue l’épicentre sulfureux des trafics illicites et criminels, tout en étant un lieu de festivités. Après la Seconde Guerre mondiale, des cabarets francophones ouvrent leurs portes, mêlant chanson, humour et théâtre dans une ambiance intimiste. Dans les années 1970, Montréal conserve son statut de capitale de la nuit, notamment à travers l’essor de la culture disco. Cette période marque une nouvelle étape dans l’évolution de sa culture festive et musicale.

Par ailleurs, galvanisée par les succès internationaux de l’Exposition universelle (1967) et des Jeux olympiques d’été (1976), la métropole québécoise rayonne. La province, qui a vu en quelques années la crise d’Octobre et l’élection du premier gouvernement du Parti québécois, est en ébullition. 

Aussi, de nouveaux mouvements socioculturels nationaux insufflent à Montréal un vent de modernité et de liberté artistique et culturelle. Métropole où se côtoient les cultures anglophone et francophone, elle consolide sa réputation cosmopolite. 

En 1979, le Billboard, une revue américaine de référence mondiale dans l’industrie musicale, qualifie Montréal de deuxième marché du disco en Amérique du Nord, après New York (17 mars 1979, p. 84). Cette reconnaissance est la conjugaison de plusieurs facteurs : l’essor rapide des discothèques, la présence de studios d’enregistrement à la fine pointe de la technologie, les succès commerciaux de disques soulignés et relayés par la presse spécialisée (Aimer d’amour de Boule Noire, Are You Ready for Love de Patsy Gallant ou Love is in the Air de Martin Stevens) et la production croissante d’albums disco.

Ainsi, portée par cette fièvre disco à la fin des années 1970, Montréal devient incontournable dans le paysage de la création musicale et culturelle.

Les vitrines promotionnelles du disco

Tant sur les ondes radiophoniques qu’à la télévision, les émissions de variétés contribuent largement à la promotion et à la diffusion massive de la musique disco au Québec. Réciproquement, à la fin des années 1970, le phénomène disco stimule l’essor des émissions musicales sur la bande FM commerciale. 

Sur les ondes de la télévision, à Télé-Métropole (TVA aujourd’hui), l’émission Disco tourne animée par Patrick Zabé et France Castel est diffusée les samedis en soirée. Elle est renommée Et ça tourne en 1977 et est animée par Alain Montpetit jusqu’en 1981. Cette émission de variétés, l’une des principales vitrines promotionnelles du disco, est la plus regardée par le public québécois. 

Du côté de la radio, en 1978, la station CKMF 94, l’une des premières radios commerciales privées québécoises, lance son émission Le 5 à 8, exclusivement disco, animée par Alain Montpetit, par Michel Jasmin – nommé meilleur animateur disco de l’année 1977, – puis par Guy Aubry. Les animateurs radio deviennent des vedettes. Les stations FM  diffusent les actualités sur les discothèques et les artistes les plus en vogue comme Boule Noire, Patsy Gallant et Toulouse.

Les discothèques légendaires de Montréal

Selon le Billboard, Montréal compte en 1976 plus de discothèques par habitant que n'importe quelle autre ville d'Amérique du Nord. Parmi les plus fréquentées ayant acquis leurs galons de notoriété : le Club 1234, l’Horizon et le Lime Light où se produisent les célèbres DJ et les vedettes internationales du disco. Elles rivalisent dans les systèmes d’éclairage spectaculaires, les dernières décorations tendance et les pistes de danse immersives.

Le 1234

Installé rue de la Montagne, dans une ancienne église et un bâtiment funéraire, le Club 1234 est un lieu insolite. Les supports de cercueils sont utilisés comme des pistes de danse sous les néons et les projecteurs à effets spéciaux. 

L’Horizon

Située à l’angle des boulevards Henri-Bourassa et Lacordaire, dans un centre commercial, cette discothèque est réputée pour son carrousel recouvert de miroirs qui tournent. 

Le Lime Light

Le Lime Light, fondé en 1973 et situé sur la rue Stanley, à proximité du Club 1234, s’impose comme la plus emblématique au même titre que le Studio 54 à New York. Son nom est emprunté au film Limelight (Les feux de la rampe) de Charlie Chaplin (1952).

Cette discothèque devient une institution internationale, recevant des invités prestigieux tels que Freddie Mercury, Elton John, Grace Jones ou James Brown. Ses soirées, telles que le Bal blanc, une fête annuelle d’anniversaire du Lime Light, sont légendaires.

La scène disco montréalaise, au-delà de son aspect musical et festif, est aussi un espace d’émancipation sociale et de liberté pour les communautés marginalisées. À une époque où l’homosexualité est encore stigmatisée, les clubs sont des lieux de visibilité même précaire. Le Jardin, situé au rez-de-chaussée de la discothèque Lime Light, est un bar gay avec sa propre scène pour danser. 

Distingué comme le meilleur DJ en Amérique du Nord par Rolling Stone (1976) et Billboard (1977), Robert Ouimet officie au Lime Light de 1973 à 1981 avec son équipement de mixage à la pointe de la technologie. 

« J’étais le maître des platines. J’étais tout en haut, et voyais tout le monde danser. Quand je passais quelque chose de nouveau et que ça ne dansait pas, je lançais quelque chose qu’ils connaissaient pour les faire revenir, et ensuite, je remettais la nouveauté et ils restaient. »

- Extrait Interviews dans Red Bull Music Academy Daily, Fabrice de Rotrou, Disco Dico, 2019, p. 385.

Les disques-jockeys des discothèques deviennent des stars. Au-delà de la diffusion musicale, ils jouent aussi un rôle central dans la création musicale du disco.

Sources consultées

DE ROTROU, Fabrice, Disco Dico, Paris, Éditions AdHoc, 2019, p. 318 et p. 385.

DIAMANTI, Eleonora, « Festive, libertine, rebelle : Montréal la nuit », Intermédialités / Intermediality, no 26, automne 2015.

FARRELL, David, « Montreal May Be Continent’s 2nd Best City », Billboard, 17 mars 1979, p. 84.

FILION, Sylvain-Claude, « Ondes de choc », Québec rock, no 102, février 1986, p. 24-27. 

GUÉRARD, C., « Ce qu'il faut savoir du disco », Madame Montréal, juillet 1979, p. 31-36.

LEBEL, Andrée, « Disco : Vivre l’irréel », La Presse, 25 avril 1979, p. D2-D3.

Lime Light, site officiel.

LINTEAU, Paul-André, La rue Sainte-Catherine – Au cœur de la vie montréalaise, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 2010, 237 p.

MELHUISH, Martin et Doug PRINGLE, « Quebec scene reflects rich diversity », Billboard, 2 octobre 1976, p. C8-C12.

PAGÉ, Pierre, Histoire de la radio au Québec – Information, éducation, cultureMontréal, Éditions Fides, 2007, 488 p. 

POTIEZ, Jean-Marie et Alain POZZUOLI, Le dico du disco – De ABBA à Zager Band, Waterloo, Renaissance du livre, 2013, p. 132.

PROULX, Daniel, Le Red Light de Montréal, Montréal, VLB éditeur, 1997, 83 p.

STRAW, Will, « Les voies du mouvement culturel Spectacles of Waste », Sociologie et sociétés, vol. 37, no 1, p. 197–215. 

TRUDEL, Sébastien, À micro fermé – Les folles histoires de la radio FMMontréal, Les Éditions de l’Homme, 2020, 205 p.

WONG, Denis, Quand Montréal était la reine du disco, Ici.Radio-Canada, 18 décembre 2019. https://ici.radio-canada.ca/recit-numerique/337/disco-montreal-reine-musique-danse-discotheque-limelight