Les Québécois aiment bien croquer dans une juteuse McIntosh ou déguster une bonne tarte aux pommes maison. Et l’automne venu, nombreux sont ceux qui visitent un verger pour y remplir un sac de Lobo ou de Honeycrisp. Présent depuis l’époque de la Nouvelle-France, le célèbre fruit à pépins continue de faire saliver.
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Les premiers pommiers de Nouvelle-France
Sans doute l’une des importations les plus goûteuses de notre histoire, la pomme fait partie du bagage des premiers colons français au début du XVIIe siècle. L’année exacte de son introduction varie selon les sources consultées, mais on établit généralement que « la culture du pommier en Nouvelle-France remonte aux origines mêmes de la colonie : Louis Hébert, arrivant en 1617, apporta quelques tiges de pommiers. […] Le grand initiateur des vergers demeure cependant l’intendant Talon, qui s’appliqua à multiplier les arbres fruitiers, les pommiers surtout » (Paysana, septembre 1949).
À l’époque, on cultive une pomme appelée « fameuse », « dont la réputation a traversé les mers et qui grâce à “sa chair d’un blanc de neige, sucrée, tendre et délicieuse” a obtenu la faveur des gourmets. […] La “fameuse”, qui mérite bien son nom, a conquis toutes les palmes, bien qu’elle soit supplantée aujourd’hui par la McIntosh », rapporte encore Paysana.
McIntosh, Lobo, Spartan, etc. : du goût et de la variété
Avec le temps, la « fameuse » en question, première pomme cultivée sur nos terres, a cédé du terrain. Certaines sources affirment qu’elle a disparu du paysage après un hiver 1933-1934 dévastateur; d’autres, qu’elle a continué à pousser malgré tout… Mais depuis, différentes variétés se sont imposées qui ont su mieux résister à la météo et aux impératifs de productivité.
Si tout le monde ou presque a déjà croqué dans une McIntosh, plusieurs autres sortes de pommes sont aussi à découvrir dans les vergers du Québec. Certaines viennent à maturité pendant l’été (Vista Bella, Jersey Mac, Paulared…), d’autres à l’automne (Spartan, Gala, Cortland, etc.). Un publireportage paru dans La Voix de l’Est en septembre 2017 présente les diverses variétés et leurs caractéristiques.
En plus de la manger telle quelle, on déguste la pomme en compote, en gelée, en croustade et en tarte. Et qui fait la meilleure? Votre grand-mère, votre beau-frère, Ricardo… Tout est question de papilles! À une certaine époque, on organisait des concours de recette de tarte aux pommes pour trancher la question. Un chausson avec ça?
L’autocueillette : une tradition… récente
Bien que l’autocueillette soit présentée dans divers films et photos des années 1930 à 1950, ce n’est qu’au cours des années 1970 que la pratique se répand dans le grand public.
L’automne venu, tout particulièrement aux environs de l’Action de grâce, les vergers de la vallée du Saint-Laurent accueillent petits et grands gourmands venus remplir leurs paniers – de Donnacona à Franklin, en passant par Rougemont, Saint-Bruno et Oka. Pour les citadins, l’activité offre une agréable occasion de passer un moment en nature… même si la route des pommes est parfois plutôt congestionnée!
Si vous comptez aller aux pommes pour la première fois, vous voudrez peut-être lire avant de partir l’article « Réflexions sur la cueillette des pommes », paru dans le Journal d’agriculture en août 1936. « Comment cueillir une pomme? Nécessairement, la cueillette se fait à une main et les pommes doivent être manipulées avec autant de soin que les œufs; on ne saurait le répéter trop souvent, c’est très important. Il faut éviter de les presser, de les serrer trop. […] On ne prendra jamais trop de précautions dans la cueillette. »
Évolution, tendances et défis
La pomme n’est pas qu’un fruit qu’on cueille pour le plaisir : c’est aussi un créneau d’activité agroéconomique important au Québec. À ce chapitre, chaque époque a ses défis à relever : concurrence, évolution des goûts, météo capricieuse et changements climatiques...
Dans un dossier du journal La Voix de l’Est (septembre 1984), le pomiculteur Fernand Roireau, de Rougemont, explique qu’il fait désormais une place importante aux pommiers nains et qu’il traite l’arrosage des arbres avec un grand soin. « Le verger de M. Roireau possède un système d’irrigation des plus modernes. De fait, un tuyau parcourant tout le verger relie de gros bidons d’eau à chacun des arbres […]. “Il a fait bien beau et chaud cet été, mais la pluie s’est faite tellement rare que mon système d’irrigation a été essentiel. Il faudrait qu’il pleuve, pour que la pomme atteigne une bonne grosseur”, affirme M. Roireau. »
Le 2 septembre 2006, l’état des lieux dressé dans La Presse met de l’avant les nouvelles préoccupations des pomiculteurs québécois.
« Le marché de la pomme change, au Québec. Il y a 10 ans, 75 % des pommes récoltées ici étaient des McIntosh. L’espèce, toujours extrêmement populaire, perd néanmoins du terrain. Aujourd’hui, elle représente environ 60 % des pommes du Québec. Les goûts des consommateurs changent, expliquent Jean-Luc et Sylvain Lavallée, père et fils, dans leur verger d’Oka. Jean-Luc estime néanmoins que rien ne vaut une bonne McIntosh, quoi qu’en pensent les nouveaux consommateurs pointilleux : “Parce que, dit-il, c’est une pomme qui ne goûte jamais la même chose.” »
Quoi qu’il en soit, le Québec est toujours fou de ses pommes. Les goûts peuvent changer, mais l’appétit demeure. Cet automne, préparez-vous à retomber dans les pommes!
Vidéos
Ces trois vidéos tirées de nos collections vous font découvrir la cueillette des pommes d'antan :
- Reportage sur la culture des pommes et des poires à Frelighsburg, 1940-1948. Réalisé par Herménégilde Lavoie. Archives nationales à Québec, Fonds Herménégilde Lavoie.
- Marie-José s’amuse avec ses jouets au parc des Braves – Ferme et cueillette de pommes en famille à l’île d’Orléans – Maison Morency – Vers 1945. [Avancer à 00 : 59.]
- Images d’automne, 1940-1950. Vidéo réalisée par Maurice Proulx. Archives nationales à Québec, fonds Maurice Proulx. [Avancer à 00:22.]