L’afrofuturisme : des livres et des films pour aller plus loin

Notre article « L’afrofuturisme : imaginer le futur autrement » vous a donné envie de vous aventurer dans le riche monde de l’afrofuturisme? Voici des recommandations de nos bibliothécaires.

Cinéma Littérature
Pile de livres.
Photo : Stéphane Viau

Des livres

Nova, de Samuel R. Delany 

Grand classique de l’afrofuturisme qui a permis au genre de se définir, Nova est une histoire interstellaire qui se passe en 3172. Une équipe dirigée par le capitaine Lord van Ray, descendant d’un père norvégien et d’une mère sénégalaise, a pour mission de trouver l’illyrion, un métal précieux produit par les étoiles au moment de leur explosion.

Rouge Impératrice, de Léonora Miano 

Ce roman de l’autrice francophone camerounaise Léonora Miano présente une histoire d’amour dans les milieux du pouvoir politique d’une Afrique unifiée. Au XXIe siècle, ce sont les Européens qui viennent trouver refuge dans la prospère Katiopa. Cent ans plus tard, le sort de leurs descendants provoque des tensions entre les tenants et les opposants de leur expulsion.

Les œuvres de Janelle Monáe

Actrice, chanteuse, écrivaine, l’artiste afro-américaine Janelle Monáe explore et creuse les codes de l’afrofuturisme dans ses albums et, maintenant, dans son recueil de nouvelles The Memory Librarian. Grâce aux histoires de ses personnages, parmi lesquels l’androïde Cindi Mayweather, elle lie la diversité de genre, queer et féministe au mouvement artistique et littéraire.

Des romans pour les adolescents

Binti, de Nnedi Okorafor 

Nnedi Okorafor s’inspire du folklore nigérian pour proposer un roman au futurisme africain. Binti devra faire face à des créatures spatiales lors de son voyage vers une prestigieuse université interplanétaire. Découvrez de nouveaux horizons avec ce space opera original et rafraichîssant. 

Les immortelles, de Namina Forna 

Plongez dans une quête de liberté et de courage avec Déka, 16 ans, marginalisée et emprisonnée lorsqu’on découvre que son sang est doré. Elle fuira son royaume pour se battre aux côtés de femmes immortelles aux dons puissants, les Alakis.  

 
War girls, de Tochi Onyebuchi (en anglais seulement) 

La Terre est en lambeaux à cause des dérèglements climatiques et des guerres. Les seuls survivants peuplent des colonies spatiales. Dans un Nigéria postapocalyptique, la guerre civile fait rage. Les sœurs Ify et Onyii espèrent se retrouver dans un avenir de paix et d’espoir. Elles n’hésiteront pas à se battre pour y parvenir. 

Pour plus de suggestions de lecture pour les ados, découvrez notre Guide ado

Des films

La trilogie Blade (Stephen Norrington, États-Unis, 1998, Guillermo del Toro,États-Unis, 2002 et David Goyer, États-Unis, 2005)

Le premier film consacré à Blade, héros de Marvel, est pour l'autrice Mélodie Joseph l’un des premiers films grand public que l’on peut qualifier d’afrofuturiste[note 1]. Pour l’auteur nigérien Anifowoshe Brahim, on ne peut nier l’importance de l’image de ce héros noir dégainant son sabre dans le modèle du film afrofuturiste[note 2]. L’acteur américain Wesley Snipes, interprète du héros, a produit la trilogie par le biais de sa maison de production qu’il a appelée Amen-Ra Films, démontrant une filiation avec le compositeur et pianiste avant-gardiste et indépendant Sun Ra et donc avec l’afrofuturisme. 

Blade est un héros charismatique, peu loquace, mi-humain, mi-vampire. Il utilise les arts martiaux et la technologie pour vaincre ses ennemis dans un déluge d’action et de sang. La trilogie est de qualité inégale; le deuxième opus mis en scène par le brillant réalisateur mexicain Guillermo del Toro est certainement le meilleur.

Spider-Man. Into the spider-verse (Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman, États-Unis, 2018)

Ce film adapté des bandes dessinées de Marvel et mettant en scène Miles Morales est-il afrofuturiste ou pas? Il est vrai que la revendication politique est moins centrale ici qu’elle ne l’était dans Black Panther. De plus, on peut questionner la nature subversive d’un film d’animation produit par un grand studio. Cependant, on y parle de l’ascension d’un jeune Afro-Américain qui récupère des superpouvoirs et s’affirme face à un Spider-Man blanc, vieillissant et alcoolique dans un univers futuriste fait de réalités multiples. Ce film d’animation est par ailleurs une merveille d’inventivité et de virtuosité.

A Joyful Noise (Robert Mugge, États-Unis, 1980)

Sun Ra est la figure clé de l’afrofuturisme en musique, mais également au cinéma : Space Is the Place (John Coney, États-Unis, 1974) – dont il a composé la musique et interprété le rôle principal – est souvent cité comme le premier film afrofuturiste. Absolument incontournable, mais difficile à trouver, il peut être vu sur YouTube ou sur la plateforme payante Criterion Channel. A Joyful Noise, le documentaire de Robert Monge qui suit Sun Ra entre 1978 et 1980, est également une belle porte d’entrée dans l’univers du pianiste. Les entrevues particulièrement pertinentes de Sun Ra qui décrit sa pensée ou les captations extraordinaires de spectacles colorés où tout le monde est costumé offrent un portrait de l’univers de cet artiste visionnaire et de l’esthétique afrofuturiste.

À voir aussi, le court métrage de Wanuri Kahiu Pumzi (Kenya, 2009), un incontournable de ce courant. On y suit les recherches d’une scientifique noire pour découvrir de l’eau et sauver l’humanité dans un monde futuriste et postapocalyptique.

Suggestions d’Ashley Clark, journaliste et conservateur chez Criterion[note 3]

Ornette: Made in America (Shirley Clarke, États-Unis, 1985)

Dans ce documentaire sur le musicien Ornette Coleman, pionnier du free jazz, le passé et le présent ne cessent de dialoguer, créant « un temps à la dérive » que Clark voit comme un élément de beaucoup de films afrofuturistes. Entre les images de concerts, on découvre également en entrevue l’obsession de Coleman pour la science et la cosmologie. Il a d’ailleurs composé un album nommé Science-fiction en 1971. Les vidéos expérimentales où l’on voit le musicien voguer dans l’espace achèvent de faire de ce film documentaire un bel objet afrofuturiste.

Yeelen (Souleymane Cissé, Mali, 1987)

La technologie, le partage des richesses, l’Afrique d’avant la colonisation, la transmission du savoir pour un meilleur futur. Selon Clark, toutes ces idées véhiculées de manière spectaculaire par le film Black Panther sont déjà à l’œuvre dans cet extraordinaire film du cinéaste malien Souleymane Cissé. Un jeune guerrier fuyant son père sorcier découvre au cours de son voyage qu’il possède également des pouvoirs. À la sortie du film, devant les images des personnages volant et paralysant leurs adversaires, Le Monde évoquait de manière étrangement prémonitoire « une sorte de supermen africains[note 4] ». Mais plus qu'aux superhéros américains de Marvel, c’est surtout aux histoires ancestrales des Bambara que Cissé fait référence. Riche en symboles cosmiques et parfois un peu ésotérique, le film propose des images d’une beauté renversante. Il a obtenu le Grand Prix du jury au Festival de Cannes.

Crumbs (Miguel Llansó, Éthiopie / Espagne / Finlande, 2015)

Quelque temps après l’arrivée d’un vaisseau spatial dans le ciel éthiopien, Candy, qui ramasse les miettes des civilisations révolues, se lance dans un voyage épique à travers un monde postapocalyptique, convaincu d’être un superhéros extraterrestre. Ce premier film du réalisateur espagnol Miguel Llansó semble bien appartenir au genre de la science-fiction africaine. Mais ce qui le rattacherait peut-être encore plus au courant afrofuturiste serait son discours critique envers l’Histoire[note 5].

Dans le monde futuriste dépeint par le film, le passé (c'est-à-dire notre présent représenté par de nombreuses figurines et reliques) est réinterprété par un pseudo-expert. On voit bien la charge critique envers les historiens — notamment occidentaux — réinterprétant à leur compte le passé et manipulant ainsi la mémoire collective pour mieux assoir une certaine forme de domination.

Le film est aussi une critique du consumérisme avec tous ces objets issus de la culture populaire et du culte qui lui est associé imposé au personnage de Candy.

Le film comporte également une bonne dose de surréalisme (Llansó cite Luis Buñuel comme influence) et on trouve pêle-mêle une sorcière, un père Noël, des nazis, des reliques de Michael Jordan et un vinyle de Michael Jackson errant dans l’espace. Une curiosité qui a remporté le prix du meilleur premier film au festival Fantasia de Montréal en 2015.

Vous voilà outillés pour poursuivre votre exploration de l’afrofuturisme bien au-delà du Mois de l’histoire des Noirs!

Notes

Note 1 : Mélodie Joseph, « Féminisme et afrofuturisme dans Pumzi de Wanari Kahiu et Metropolis de Janelle Monáe », mémoire de maîtrise, Montréal, Université de Montréal, Département de communications, 2019, 123 p.

Note 2 : Anifowoshe Ibrahim, « Explore Afrofuturism With These 13 Must-Watch Afrofuturist Movies », The Portalist, 18 septembre 2020

Note 3Introducing Afrofuturism, Criterion, 2020 (Il faut être abonné à la plateforme Criterion Channel pour visionner la vidéo.)

Note 4 : Michel Braudeau, « Rituels blancs et magie noire », Le Monde, 11 mai 1987, p. 9

Note 5 : Mary Ellen Higgins, « Films Reviews: Crumbs », African Studies Review », vol. 58, no 3, décembre 2015, p. 283-285