Les Jeux d’hiver de l’Arctique

Le saut sur les jointures, ça vous tente? Ce n’est que l’une des disciplines inscrites au programme des Jeux d’hiver de l’Arctique, lesquels rassemblent, tous les deux ans, les peuples du cercle polaire. Ces jeux reposent sur deux fondements essentiels : l’instinct de survie et le divertissement[note 1].

Sports

Les Jeux de l’Arctique ont été créés en 1969 par l’Alaska, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon. La première édition s’est tenue en 1970, à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest. 

Depuis, les Jeux ont accueilli une bonne partie des peuples du cercle polaire. Ils regroupent maintenant :

  • des régions du Canada (le nord de l’Alberta, le Nunavik, le Nunavut, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon),
  • l’Alaska (États-Unis),
  • le Groenland (Danemark) et
  • la Laponie (qui touche à la Norvège, à la Suède, à la Finlande et à la Russie).

Un seul arrêt au Québec : en 1976

Cet événement bisannuel s’est toujours tenu au Canada et aux États-Unis, sauf en 2002, alors qu’Iqaluit, au Nunavut, et Nuuk, au Groenland, ont reçu conjointement les Jeux. 

Schefferville, au Québec, a tenu les 4es Jeux en 1976, du 21 au 28 mars, quelques mois avant le début des Jeux olympiques d’été à Montréal. Quatre délégations, celles de l’Alaska, des Territoires du Nord-Ouest, du nord du Québec et du Yukon, ont participé à cette édition. Pendant la durée des Jeux, la population de Schefferville a augmenté de 25 %, alors que les 4000 habitants ont accueilli plus de 1000 athlètes[note 2].

Ce sont les Territoires du Nord-Ouest qui ont remporté la palme des Jeux avec 41,5 points, devant l’Alaska (35,5), le Yukon (34) et le Québec arctique (19). C’était la première fois depuis le début des Jeux que la région hôtesse ne remportait pas le titre[note 3].

Les Jeux des peuples de l’Arctique

Vingt-neuf sports ont été pratiqués au cours des 27 éditions. Parmi ceux-ci, plusieurs sont bien connus de l’ensemble de la population du Québec, comme le tir à l’arc, le badminton, le basket-ball, le biathlon, la boxe, le ski de fond, la gymnastique, le hockey sur glace, le tir sportif et la lutte. S’ajoute à cela la catégorie des sports arctiques, qui sont en fait des jeux traditionnels inuits, ainsi que des jeux dénés, une nation qui s’étend de l’Alaska au Manitoba.

8 sports arctiques méconnus

Voici quelques-uns de ces jeux d’adresse, de force et d’endurance qui, traditionnellement, permettaient de se préparer à la chasse et à la pêche.  

1. Les coups de pied en hauteur

Traditionnellement, le coup de pied simple signalait une pêche victorieuse dans certaines communautés. Il y a trois types de coups de pied en hauteur : le simple, le double et l’alaskien. Dans le coup à un pied, l’athlète se tient sur un pied et doit toucher une balle et retomber sur le même pied. 

Le coup à deux pieds en hauteur consiste également à toucher une cible, mais avec ses deux pieds après avoir pris un élan. Ce coup de pied, également dans certaines communautés, annonçait une pêche à la baleine victorieuse.

2. Le saut à genoux 

L’athlète se place à genoux, les fesses sur les talons, la plante des pieds vers le haut et saute le plus loin possible. Il peut, avant de s’élancer, balancer les bras, mais sans décoller les genoux du sol, et doit retomber sur les pieds. C’est un jeu qui aide à développer sa rapidité de mouvement et sa capacité à sauter d’une plaque de glace à l’autre.

3. Le saut sur les jointures 

Dans cette épreuve, l’athlète doit parcourir la plus grande distance possible en sautillant au ras du sol, en position de pompes, en appui sur les jointures et les orteils, puis sauter en avant. C’est en quelque sorte l’imitation du saut du phoque. C’est un jeu de résistance à la douleur. Il viendrait d’une ancienne technique de chasse au phoque. De loin, le mouvement ressemble à celui de l’animal, ce qui permettait au chasseur de s’approcher sans l’effrayer. 

4. L’avion

Un participant s’allonge sur le ventre, les bras en croix, et de 4 à 6 coéquipiers le soulèvent de 60 à 90 centimètres du sol. Ceux-ci doivent le transporter à une vitesse constante. Le participant doit garder son corps rigide et se rendre le plus loin possible sans fléchir. Ce jeu mesure la capacité des chasseurs à transporter le gibier. 

5. Le triple saut 

Contrairement à ce qui est le cas pour le triple saut des Jeux olympiques, l’athlète des Jeux de l’arctique doit effectuer trois sauts sur ses pieds. Cela permet d’exercer la rapidité et l’agilité des chasseurs sur la banquise ou face aux prédateurs. 

6. Le tir du bras

Deux athlètes s’assoient au sol, face à face, leurs jambes croisées, et s’empoignent par les coudes. Ils doivent ensuite tirer leur adversaire pour le faire basculer ou toucher sa poitrine avec une main. C’est un jeu de démonstration de force qui était pratiqué lors des parties de chasse. 

7. La traction de la nuque 

Les participants sont face à face, allongés au sol, sur le ventre, avec une lanière de cuir placée derrière leur tête, au-dessus des oreilles. Au signal, ils doivent se redresser en position de pompe et tirer avec leur tête de toutes leurs forces vers l’arrière, tout en gardant les orteils et les mains au sol. Le gagnant est celui qui réussit à faire franchir à l’autre une ligne située entre eux. C’est un sport d’endurance, traditionnellement réservé aux hommes. 

8. La portée sur une main 

Le compétiteur doit se tenir en équilibre sur les mains, le corps parallèle au sol, appuyé sur un coude replié et toucher avec une main une cible suspendue au-dessus de lui. Après avoir touché la cible, il doit ramener sa main au sol sans perdre l’équilibre. Le vainqueur est celui qui touchera la balle la plus haute. Un jeu d’équilibre et d’endurance nécessaires à la chasse.

Des athlètes qui se sont démarqués

Parmi les athlètes ayant participé aux Jeux, certains ont par la suite eu de belles carrières. Jordin Tootoo a joué pour l’équipe de hockey du Nunavut lors de l’édition de 1996. Quelques années plus tard, il est devenu le premier Inuit à évoluer dans la Ligue nationale de hockey[note 4]. Quant à Michael Gilday, il a pris part aux Jeux olympiques d’hiver de Sotchi en 2014 en patinage de vitesse sur courte piste. Il avait remporté pas moins de 15 médailles d’or aux Jeux d’hiver de l’Arctique entre 2000 et 2004 dans cette même discipline[note 5]

Imaginez-vous dans un froid polaire, au milieu de la toundra. Autour de vous, une communauté s’assemble, festoie, rit, danse et chante, célébrant avec ferveur une chasse fructueuse pendant que de jeunes adultes déploient leurs prouesses athlétiques. C’est un peu ça, l’esprit des Jeux d’hiver de l’Arctique : une collectivité en pleine effervescence.

Pour en savoir plus sur les Jeux de 1976 à Schefferville

Visionnez Schefferville 4th Arctic Winter Games (en anglais seulement) de l’Office national du film et consultez le journal CAKABEC, publié par ULU News. Toutes les activités et les résultats des Jeux de 1976 y sont inscrits.

Bibliographie

« Arctic Sports »Yukon Aborigial Sport Circle.

« The Games »Alaska Native Knowledge Network.

Jeux d’hiver de l'Arctique 2026

« Jeux inuits », Atlas des peuples autochtones du Canada.

LATRAVERSE, Julien, « Jeux d’hiver de l’Arctique : comprendre les jeux dénés », L’Aurore boréale, 5 mars 2020.

« Why These Games », The World Eskimo-Indian Olympics, Internet Archive.

Notes

Note 1 : « Jeux inuits », Atlas des peuples autochtones du Canada (consulté le 2 mars 2026).

Note 2 :« 1000 athlètes aux Jeux de l'Arctique », La Tribune, 11 mars 1976, p. 21.

Note 3 : LACROIX, Liliane, « Des Jeux qui finissent en feux et lumières », La Presse, 29 mars 1976, p. B4.

Note 4 : « First Inuk NHL'er Jordin Tootoo fondly recalls competing at the Arctic Winter Games », CBC, 23 décembre 2020, 4 min.

Note 5 : « Michael Gilday », Yellowknife Education District No. 1.