Le 14 janvier 1926, une aile complète du Château Frontenac est détruite par un incendie. On craint alors le pire pour le luxueux hôtel de Québec, qui jouit d’une réputation internationale.
État des lieux
Vers 17 h 30, un incendie se déclare dans une chambre inoccupée de l’aile Riverview du Château Frontenac. L’origine de l’incendie demeure encore aujourd’hui inconnue[note 1]. Bien que le feu soit maîtrisé vers 23 h, les pompiers luttent toute la nuit pour éteindre définitivement les flammes. Des renforts sont envoyés de Montréal et de Trois-Rivières, mais les pompiers déjà sur place suffisent finalement à mettre fin au sinistre. La partie la plus récente de l’hôtel (dont la tour centrale, qui vient juste d’être érigée) est sauvée grâce aux cloisons coupe-feu[note 2]; cependant, l’aile Riverview est sévèrement endommagée. L’incendie, qui ne fait heureusement pas de victimes, cause des dégâts évalués à plus de 760 000 dollars[note 3] (le montant des pertes varie d’une source à l’autre). Le lendemain matin, l’édifice est recouvert d’énormes glaçons, résultat du contact de l’eau et de l’air froid.
Cent vingt-sept jours de fermeture s’avèrent nécessaires pour reconstruire l’aile ravagée par les flammes, à partir des plans originaux de Bruce Price. En plus de l’ajout de deux étages, on procède à la construction de la salle Champlain (aussi nommée Riverside Lounge), appelée à devenir un haut lieu de la gastronomie.
Les origines du château
À la fin du XIXe siècle, la ville de Québec réclame la construction d’un hôtel de luxe (d’une valeur d’au moins 150 000 dollars) en promettant une exemption de taxes d’une durée de dix ans. Un trio d’hommes d’affaires, avec à sa tête William Cornelius Van Horne, le président du chemin de fer Canadien Pacifique, se réunit dans la capitale pour élaborer un projet en ce sens. Le site de l’ancien Château Haldimand, construit au XVIIIe siècle et reconverti depuis en école normale, leur paraît l’endroit idéal pour mener à bien leur mission. Contrairement à la croyance populaire, selon laquelle c’est la compagnie ferroviaire Canadien Pacifique qui a lancé la construction de l’hôtel de luxe, le chantier est plutôt l’œuvre d’hommes d’affaires de la Compagnie du Château Frontenac, entreprise qu’ils ont fondée au cours du processus. Le Canadien Pacifique se portera acquéreur de l’hôtel en 1894, soit un an après l’ouverture.
Bruce Price, l’architecte américain à qui l’on doit la gare Windsor et la gare Viger à Montréal, est choisi pour dessiner les plans de l’hôtel. Il s’inspire des anciens châteaux français de la Renaissance; le château de Jaligny, dans la vallée de la Loire, lui sert de modèle . L’hôtel est construit par Félix Labelle, un ancien tailleur de pierre de Sainte-Rose devenu maçon et constructeur de maisons. Le nouvel édifice est éclairé à l’électricité, possède une salle à dîner pouvant accueillir 300 convives et compte 170 chambres.
L’ouverture du prestigieux hôtel, le 18 décembre 1893, est soulignée dans les journaux de l’époque.
Porté par un succès retentissant, le Château Frontenac fera l’objet de plusieurs agrandissements au fil des ans, dont l’aile de la Citadelle en 1899, l’aile Mont-Carmel en 1908, la tour centrale en 1926 et l’aile Claude-Pratte en 1993[note 4].
Notoriété universelle
Au cours du XXe siècle, plusieurs événements se déroulent entre les murs du Château Frontenac et contribuent à sa renommée internationale. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les pays alliés s’y donnent rendez-vous pour la tenue des conférences de Québec, en 1943 et 1944. Winston Churchill, premier ministre du Royaume-Uni, Franklin Delano Roosevelt, président des États-Unis, et William Lyon Mackenzie King, premier ministre du Canada, s’y retrouvent alors pour décider des prochaines manœuvres militaires dans une guerre qui s’éternise. Une deuxième rencontre, réunissant les trois mêmes chefs d’État, s’y déroulera également un an plus tard. Une fois la guerre terminée, l’hôtel de luxe est de nouveau requis, cette fois pour accueillir les représentants des pays membres des Nations Unies[note 5].
Dans le domaine culturel, le Château Frontenac laisse également ses marques. En 1952, le réalisateur Alfred Hitchcock choisit d’y tourner son film « I Confess! », où Montgomery Clift tient le rôle principal. En 1969, l’hôtel sert de décor au film Don’t Drink the Water de Woody Allen. L’écrivain français Frédéric Dard (San-Antonio) trouve dans ces lieux l’inspiration nécessaire pour ficeler l’intrigue de son roman Ma cavale au Canada[note 6], publié en 1989.
Enfin, en 1981, l’importance historique du Château Frontenac est reconnue : l’hôtel est désigné lieu historique du Canada.
Sources consultées
[Note 1] Patrimoine, Histoire et Multimédia, https://tolkien2008.wordpress.com/2014/01/28/lincendie-du-chateau-frontenac-quebec-1926/ (page consultée le 20 mai 2025).
[Note 2] Le Journal de Québec, « Voici 10 incendies marquants à Québec », https://www.journaldequebec.com/2019/09/15/photos-voici-10-incendies-marquants-a-quebec (page consultée le 20 mai 2025).
[Note 3] France Gagnon Pratte et Éric Etter, Le Château Frontenac, Québec, Éditions Continuité, 2018.
[Note 4] Radio-Canada, « Le Château Frontenac : 125 ans d’histoire », https://ici.radio-canada.ca/communication/7/vie-chateau-frontenac-125-ans-anniversaire-quebec-ville (page consulté le 20 mai 2025).
[Note 5] France Gagnon Pratte et Éric Etter, op. cit.