Le régime autoritaire en place en Iran, contre lequel les États-Unis et Israël ont lancé des attaques militaires, était vivement contesté par une partie importante de la population du pays. Nous vous proposons des sources d’information pour contribuer à la compréhension des causes, récentes et plus anciennes, de cette vague de protestation.
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La monarchie iranienne et la révolution de 1978-1979
L’Iran, autrefois connu sous le nom de Perse, est un ancien empire qui fut dirigé pendant des siècles par des dynasties qui se sont succédé, jusqu’à l’instauration de la République islamique, en 1979. L’article « Iran - Histoire et politique » de l’encyclopédie Universalis Éducation, auquel s’ajoute une chronologie contemporaine des événements politiques, économiques et sociaux, offre un portrait de l’histoire moderne de l’Iran jusqu’au déclenchement du plus récent mouvement de révolte, en décembre 2025.
La dynastie des Pahlavi règne sur l’Iran depuis 1925 lorsque, en 1977, Jimmy Carter entre en fonction à titre de président des États-Unis. Celui-ci met en place un programme de politique étrangère lié à la défense des droits humains. Le shah (souverain) d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, qui avait renforcé l’autoritarisme et rejeté la voie d’une démocratisation progressive, décide alors de limiter la répression et de permettre la tenue de commissions d’enquête internationales sur les prisons[note 1]. Des opposants, avec à leur tête le religieux Ruhollah Khomeini (généralement désigné comme l’ayatollah[note 2] Khomeini), saisissent l’occasion et publient des lettres ouvertes au shah, tandis que des intellectuels de gauche organisent des rencontres culturelles qui sont en quelque sorte des débats politiques. Au début de l’année 1978, l’opposition, dans laquelle le clergé occupe une grande place, se manifeste au grand jour. Des émeutes éclatent dans certaines villes du pays[note 3].
Face à la dégradation de la situation, et encouragé par son allié le président Carter, qui pense calmer l’opposition, le shah d’Iran quitte le pays en janvier 1979. Un référendum a lieu en mars de la même année, au cours duquel les Iraniens doivent répondre à la question : « Êtes-vous contre la monarchie et en faveur d’une république islamique? » Une écrasante majorité de la population vote oui. La République islamique proclamée le 1er avril 1979 par l’ayatollah Khomeini est axée sur les principes du Coran et a l’ambition de servir de modèle pour les autres pays du monde musulman. Une constitution islamique est adoptée quelques mois plus tard. Il y est mentionné que les libertés et l’égalité des citoyennes et des citoyens sont garanties à condition que les règles de l’islam soient respectées[note 4].
Radio-Canada a rassemblé dans une page d’archives des reportages présentés au lendemain de la fuite du shah d’Iran ainsi qu’au moment du référendum sur l’établissement d’une république islamique.
En fuyant l’Iran, le shah et sa femme se rendent d’abord en Égypte, puis vivent des mois d’errance à travers différents pays, dont le Mexique et les États-Unis, où Pahlavi reçoit des soins de santé. Il meurt le 27 juillet 1980, en Égypte.
L’accueil du shah aux États-Unis entraîne une grave crise entre les deux pays. En novembre 1979, des manifestants iraniens – principalement des étudiants partisans de l’ayatollah Khomeini – occupent l’ambassade américaine à Téhéran et prennent en otages 52 États-Uniens qui s’y trouvent. Ils les détiendront pendant 444 jours. Six employés de l’ambassade réussissent toutefois à s’enfuir et trouvent asile au Canada[note 5].
Inquiétudes et mouvements de protestation
Près de 30 ans après l’instauration de la République islamique, l’émission Une heure sur terre, animée par Jean-François Lépine, consacre un épisode à la situation en Iran. On y traite notamment des différences entre les préoccupations de la population iranienne et celles des dirigeants, qui entraînent un clivage entre la sphère privée et la sphère publique[note 6]. On y analyse aussi la menace nucléaire et le rôle de l’Iran dans le soutien apporté au Hezbollah, un mouvement créé en 2002 par trois groupes politico-religieux chiites du Liban, qui comporte une branche militaire[note 7].
Des mouvements de contestation du régime se manifestent périodiquement en Iran. Mentionnons notamment le Mouvement vert (en référence à la couleur utilisée par un des candidats lors de la campagne électorale), né en 2009 à la suite de la réélection controversée du président Mahmoud Ahmadinejad. Des centaines de milliers de personnes, convaincues que l’élection est frauduleuse, manifestent pour demander où est passé leur vote. Ce mouvement est réprimé avec violence.
Les dernières années de la présidence d’Ahmadinejad sont marquées par une dégradation des conditions de vie de la population iranienne et par un isolement grandissant du pays, auquel les États-Unis et l’Union européenne imposent des sanctions économiques.
Des révoltes éclatent aussi en 2022, après le décès tragique de Mahsa Amini à la suite de son arrestation par la police des mœurs pour « port de vêtements inappropriés ». Les manifestants scandent les slogans « Femme, vie et liberté! » et « À bas la dictature! ». Le sentiment d’indignation est fort à la fois dans le pays et chez les membres de la diaspora. Les réseaux sociaux jouent un rôle important dans ce mouvement, c’est pourquoi les dirigeants du pays coupent l’accès à Internet, en plus de procéder à de nombreuses arrestations et condamnations. L’édition du 11 octobre 2022 du balado de la Chaire Raoul-Dandurand fait état d’une confrontation entre deux systèmes de valeurs, celui de l’État et celui de la population civile[note 8].
Dans l’épisode du 14 janvier 2026 du balado Ça s’explique, on analyse le plus récent mouvement de protestation, qui a pris naissance le 28 décembre 2025, alors que des commerçants du bazar de Téhéran entamaient une grève. Le mouvement s’est ensuite étendu aux universités et dans plusieurs provinces du pays. Parmi les éléments déclencheurs, on trouve une baisse vertigineuse de la valeur du rial iranien – la monnaie officielle du pays –, l’inflation touchant les aliments de base – 70 % d’augmentation en un an – et une hausse du prix du carburant combinée à un rationnement de la consommation de celui-ci.
La corruption, les dépenses liées au financement de groupes comme le Hamas et le Hezbollah et les effets des sanctions économiques des États-Unis, de l’Union européenne et des Nations Unies sont aussi des éléments qui rendent la situation pénible et alimentent l’exaspération d’une partie de la population.
La réponse du régime iranien aux manifestations fut très brutale. Il est difficile d’avoir une idée claire de l’ampleur du mouvement et de la répression en raison de l’accès limité au réseau Internet. Selon Rania Massoud, journaliste invitée dans l’épisode mentionné ci-dessus, les conditions ne semblaient toutefois pas totalement réunies pour une chute du régime, faute d’une opposition forte et unifiée[note 9].
Quels seront les effets de l’attaque israélo-américaine contre l’Iran – au cours de laquelle le guide suprême, Ali Khamenei, a été tué – sur le régime en place? Quelles seront les conséquences sur la population iranienne, sur le Moyen-Orient et sur l’ensemble de la planète? L’évolution de la situation est vraiment imprévisible.
Pour suivre l’actualité
- Le dossier « Guerre israélo-américaine contre l’Iran » sur le site de Radio-Canada Info
- La section « Actualités Moyen-Orient en continu » de La Presse
- Des plateformes de revues et journaux numériques offertes par BAnQ
Pour en savoir plus sur les mouvements de contestation en Iran
- L’Iran – De 1800 à nos jours, de Yann Richard, un spécialiste en études iraniennes.
- La bande dessinée documentaire Femme, vie, liberté, qui rappelle le sort subi par Mahsa Amini et le mouvement de protestation qui en résulte.
- Le livre Femme! Vie! Liberté! – Échos d'un soulèvement révolutionnaire en Iran de l’autrice Chowra Makaremi.
- Le livre Torture blanche – Des détenues iraniennes témoignent, dans lequel Narges Mohammadi, qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2023, témoigne des conditions de vie des femmes emprisonnées en Iran.
- Fariba Adelkhah, « Le mouvement vert en république islamique d’Iran », Savoir/Agir, vol. 2, no 12, 2010, p. 117-123.
Découvrez aussi l’Iran par son cinéma et sa littérature.
Notes
Note 1 : Mohammad-Reza Djalili et Thierry Kellner, L’Iran en 100 questions – Entre durcissement et contestation, Paris, Tallandier, 2022, p. 51 et 54.
Note 2 : Selon le Dictionnaire de français disponible sur la plateforme Larousse.fr, le nom ayatollah est un titre honorifique donné aux principaux chefs religieux de l’islam chiite.
Note 3 : Mohammad-Reza Djalili et Thierry Kellner, op. cit., p. 51.
Note 4 : Ibid, p. 83.
Note 5 : « Le subterfuge canadien ou les évadés d’Iran – Préserver l’histoire récente », Musée canadien de l’histoire, 2017.
Note 6 : « Portrait de l'Iran », Une heure sur terre, Montréal, Société Radio-Canada, 2008, 45 min 12 s.
Note 7 : Daniel Meier, « Qu’est-ce que le Hezbollah? », Les cahiers de l’Orient, vol. 4, no 112, 2013, p. 35-47.
Note 8 : « Révoltes iraniennes », Le balado de la Chaire, Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, 11 octobre 2022, 1 h 27 min 1 s.
Note 9 : Iran – Le régime des ayatollahs sur la corde raide?, Ça s’explique, Radio-Canada Ohdio, 14 janvier 2026.