L’intelligence artificielle dans la fiction

L’arrivée de l’intelligence artificielle (IA) s’accompagne d’un lot de réflexions inquiètes ou optimistes. Amie ou ennemie, rêve ou danger? La fiction, en littérature et au cinéma, explore les multiples visages de l’IA, faisant émerger une question : que dit l’IA de ce que nous sommes? 

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Robot à visage humain.
Photo : Stéphane Viau

L’IA et la création

Une préoccupation actuelle au sujet des relations entre l’IA et la fiction concerne l’écriture même des livres : le futur de la littérature appartient-il à l’IA? Celle-ci remplacera-t-elle les écrivaines et les écrivains?

Dans Ada, Antoine Bello imagine une IA développée pour écrire des romans sentimentaux dans le but unique de gagner de l’argent. Sa disparition donne lieu à une enquête policière qui interroge les valeurs des créateurs des intelligences artificielles dans la Silicon Valley. Dans la pièce Wollstonecraft, Sarah Berthiaume, quant à elle, met en scène un poète qui écrit à partir de vers générés par un algorithme. Du côté des jeux vidéo, The Talos Principle met en scène une IA divine qui impose au joueur une multitude de puzzles dans un monde entièrement créé par elle.

Roman

Ada, d’Antoine Bello, 2016

Pièce de théâtre

Wollstonecraft, de Sarah Berthiaume, 2023

Jeu vidéo

The Talos Principle, Croteam, 2014

Alan Turing ou une histoire de l’IA

Ce sont les travaux du mathématicien Alan Turing qui, au milieu du XXe siècle, ont posé les bases de la recherche en informatique et en IA. Entre sa contribution majeure au décryptage de la machine Enigma utilisée par l’armée allemande durant la Deuxième Guerre mondiale et la mise au point du fameux test de Turing (sur la possibilité d’imiter l’intelligence humaine), le scientifique est aussi connu pour avoir été stigmatisé en raison de son homosexualité. Son histoire est le sujet d’un roman écrit par Jacques Marchand et d’un film de Morten Tyldum. Elle fait aussi partie de la fresque que propose Louisa Hall dans un roman qui, à travers une histoire de l’IA s’étendant de 1663 à 2040, propose une réflexion sur ce qui fait de nous des êtres humains. Quant au test de Turing, il est au cœur du film Ex Machina d’Alex Garland.

Romans

Rêves de machines, de Louisa Hall, 2017

La joie discrète d’Alan Turing, de Jacques Marchand, 2019

Films

Ex Machina, d’Alex Garland, 2014

Le jeu de l’imitation (The Imitation Game), de Morten Tyldum, 2014

Nos amis les robots

La création de compagnes ou de compagnons parfaits dotés d’une IA est un thème récurrent dans les œuvres de fiction. Attachants, compréhensifs et d’une fidélité sans faille, les androïdes auraient le potentiel de bouleverser nos rapports interpersonnels. Conçue à notre image, l’intelligence des robots est-elle vouée à renforcer nos pires défauts ou, au contraire, à nous surpasser en nous abandonnant à nos imperfections? Leur ressemblance avec les humains soulève ce soupçon d’inquiétude : les androïdes prendront-ils notre place? On peut aussi se demander si le véritable enjeu serait plutôt la nécessité de protéger les robots de compagnie contre ceux qui seraient tentés de les exploiter et d’en faire les nouvelles victimes de la xénophobie.

Romans

Une machine comme moi, d’Ian McEwan, 2019

Klara et le soleil, de Kazuo Ishiguro, 2021

La seule chose qui intéresse tout le monde, de François Blais, 2021

La vallée de l’étrange, de J. D. Kurtness, 2023

Films

Les épouses modèles (Stepford Wives), de Bryan Forbes, 1975

Intelligence artificielle (A.I.: Artificial Intelligence), de Steven Spielberg, 2001

Robot & Frank, de Jake Schreier, 2012

Elle (Her), de Spike Jonze, 2013

Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve, 2017

Ron ne va plus (Ron’s Gone Wrong), de  Sarah Smith et Jean-Philippe Vine, 2021

M3GAN, de Gerard Johnstone, 2022

Jeu vidéo

Detroit: Become Human, Quantic Dream, 2018

Jeux de pouvoir

Notre ambivalence face à l’IA repose sur des incertitudes : qui la développe? À qui appartient-elle? Quel usage en fait-on? Laissée entre les mains des personnes à qui profitent déjà les pouvoirs politiques et économiques, l’IA risque de reproduire les biais des groupes qui les créent et les utilisent, et d’aggraver les injustices. On imagine déjà un avenir où elle est instrumentalisée, devenant ainsi un nouveau bouc émissaire pour les machinations humaines. Une tension existe entre une vision du futur où l’IA serait au service de pouvoirs autoritaires, et celle où l’expérience humaine se verrait libérée de ses contraintes grâce à son développement.

Romans

Les marteaux de Vulcain, de Philip K. Dick, 1960

Des larmes sous la pluie, de Rosa Montero, 2013

Frankissstein, de Jeanette Winterson, 2021

Valide, de Chris Bergeron, 2021

Vandales, de Chris Bergeron, 2023

Dissident, de Jean-Pierre Gorkynian, 2023

Films

Alien : le huitième passager (Alien), de Ridley Scott, 1979

Blade Runner, de Ridley Scott, 1982

Morgane (Morgan), de Luke Scott, 2016

Créateur (Creator), de Gareth Edwards, 2023

Mission : Impossible – Bilan mortel – Première partie (Mission: Impossible – Dead Reckoning – Part one), de Christopher McQuarrie, 2023

Humains 2.0

L’humain aime penser qu’il est au sommet de la chaîne alimentaire et avoir le contrôle sur son environnement. Être un cyborg pour être plus fort, plus rapide, plus efficace : voilà un rêve auquel pourrait aspirer l’être humain. Profiter de composants mécaniques ou robotiques destinés à étendre ses capacités n’est pas si fou. Garder le contrôle sur la technologie est un scénario plus rassurant que de la laisser s’autonomiser grâce à une IA. Celle-ci pourrait facilement surclasser l’humain. En effet, on dit souvent de l’humain que ses principales faiblesses sont ses sentiments et ses émotions, alors que l’IA ne fait que des calculs. Toutefois, les auteurs semblent souvent penser naïvement que nos faiblesses seront également notre force et qu’elles feront de nous des êtres supérieurs aux androïdes…

Romans

Les employés, d’Olga Ravn, 2019

Le magicien quantique, de Derek Künsken, 2020

Pièce de théâtre

Post humains, de Dominique Leclerc, 2019

Films

RoboCop, de Paul Verhoeven, 1987

Les robots (I, Robot), d’Alex Proyas, 2004

Avengers: l’ère d’Ultron (Avengers: Age of Ultron), de Joss Whedon, 2015

Reprogrammé (Upgrade), de Leigh Whannell, 2018

Jeux vidéo

Deus Ex: Human Revolution, Eidos-Montréal, 2011

Deus Ex: Mankind Divided, Eidos-Montréal, 2016

Cyberpunk 2077, CD Projekt Red, 2020

La moralité de l’IA : une question de survie

Et si on perdait le contrôle? Cette crainte habite l’imaginaire collectif depuis longtemps, comme en témoignent les nombreuses œuvres où la survie de l’IA passe par la destruction des humains. Que ce soit par la prise de contrôle des armes nucléaires ou de nos ressources, la moralité de la machine, souvent caractérisée par sa froideur et l’ampleur de ses capacités, donne froid dans le dos. Au jeu des probabilités et des prédictions, une telle entité aura toujours plusieurs coups d’avance sur notre espèce.

Romans

Robogenesis, de Daniel H. Wilson, 2017

L'algorithme du cœur, de Jean-Gabriel Causse, 2019

Chiens de guerre, d’Adrian Tchaikovsky, 2019

Films

2001 : l’odyssée de l’espace (2001: A Space Odyssey), de Stanley Kubrick, 1968

Le cerveau d’acier (Colossus: The Forbin Project), de Joseph Sargent, 1970

Le monde de l’Ouest (Westworld), de Michael Crichton, 1973

Terminator (The Terminator), de James Cameron, 1984

La matrice (The Matrix), de Lana et Lilly Wachowski, 1999

WALL-E, d’Andrew Stanton, 2008

Les Mitchell contre les machines (The Mitchells vs. the Machines), de Mike Rianda, 2021

Jeux vidéo

Horizon Zero Dawn, Guerrilla Games, 2017

Horizon Forbidden West, Guerilla Games, 2022

L’IA venue d’ailleurs

Si une IA faite à notre image peut sembler menaçante pour notre existence, celle qui est extraterrestre l’est encore davantage. Il est facile d’imaginer une entité supérieure à la nôtre en matière d’intelligence et de force militaire. Une telle forme de vie serait-elle nécessairement hostile? L’intelligence n’irait-elle pas plutôt de pair avec la bienfaisance? L’espèce humaine sera-t-elle accueillante ou sur la défensive? La menace d’une IA extraterrestre sert de métaphore à la volonté de l’espèce humaine de dominer : qu’il s’agisse du sort que réserve l’humanité à son environnement ou un groupe d’humains à un autre.

Romans

2001 : l’odyssée de l’espace, d’Arthur C. Clarke, 1968

Un feu sur l’abîme, de Vernor Vinge, 1992

Involution, de Johan Heliot, 2014

Films

Le jour où la Terre s’arrêta (The Day the Earth Stood Still), de Robert Wise, 1951

Le géant de fer (The Iron Giant), de Brad Bird, 1999

L’oubli (Oblivion), de Joseph Kosinski, 2013

Jeu vidéo

NieR: Automata, PlatinumGames, 2017

Autres romans à lire

Expiration, de Ted Chiang, 2020

Sidérations, de Richard Powers, 2021

Immortel : le premier être humain immortel est déjà né, de J.R. dos Santos, 2020

Autres films à voir

Metropolis, de Fritz Lang, 1927

Alphaville, de Jean-Luc Godard, 1965

L’amie mortelle (Deadly Friend), de Wes Craven, 1986

Ghost in the Shell (Kokaku Kidotai), de Mamoru Oshii, 1995

Moon, de Duncan Jones, 2009

Les nouveaux héros (Big Hero 6), de Don Hall, 2014

Le monde de demain (Tomorrowland), de Brad Bird, 2015

L’homme libre (Free Guy), de Shawn Levy, 2021

À quoi ressemblera l’avenir de l’IA? Parce qu’elles aident à l’imaginer, les œuvres de fiction appellent à nous responsabiliser dans son utilisation. Reste à espérer un monde où les machines et les humains vivront en harmonie.