Portrait d'une femme souriant.
Portrait de la chanteuse Maria Callas.
Photo : Pierre McCann

Les adieux de Maria Callas à Montréal

La diva, qui aurait eu 100 ans cette année, s’est arrêtée à Montréal dans le cadre de son ultime tournée en 1974. Quelques articles et photos d’époque de La Presse et du Soleil permettent de retracer l’événement.

Arts vivants Musique classique et opéra

Le 13 mai 1974, Maria Callas se produit devant 3000 personnes à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts aux côtés du ténor Giuseppe di Stefano, avec qui elle interprète quelques duos. Cette escale montréalaise permet au public de saluer une dernière fois la grande soprano.

Figure mythique

Figure mythique de l’opéra, Callas est considérée par beaucoup comme LA voix du XXe siècle. Au cours d’une carrière étoilée, elle est montée sur les plus grandes scènes du monde et a travaillé avec les maestros les plus importants.

Cette tournée d’adieu voit la grande dame se produire en spectacle pour la première fois en huit ans, nous informe l’article Callas au-delà de sa légende (Claude Samson, Le Soleil, 11 mai 1974).

Initialement prévu le 28 mars, le concert de Montréal avait dû être reporté en raison d’une laryngite contractée par di Stefano, le grand chanteur qui partage la vedette avec la soprano.

Bonsoir l’ambiance

L’ambiance de cette soirée très attendue est rendue non sans humour par Jean-Paul Brousseau dans Callas : y être ou ne pas y être, article extrait de La Presse du 14 mai 1974. « L’heure de l’événement musical de la décennie à Montréal a sonné, et c’est le temps d’être là. D’être compté et conté. D’être vu », écrit le journaliste. Quelque chose comme le tout-Montréal y était – enfin, un certain gratin incluant chanteurs, personnalités et journalistes…

Et la Callas? « Elle a des boucles d’oreilles, un bracelet, une montre, une ou deux bagues, un collier d’un seul rang de perles et ses cheveux blonds sont relevés en torsade vers le haut et l’arrière de la tête. »

Brousseau ajoute : « Elle sourit déjà, comme une femme un peu ivre à qui vous vous obstineriez à raconter quelque chose qui, à cause de l’heure, n’a vraiment plus d’importance. »

Photo : Pierre Côté
Le pianiste Robert Sutherland, la chanteuse Maria Callas et le chanteur Giuseppe di Stefano.

Point de vue critique

Laissant à son collègue Brousseau les considérations mondaines, Claude Gingras se charge de la portion critique de la soirée. Callas et di Stefano : chacun son déclin! s’intitule son texte paru dans La Presse du 14 mai 1974.

« On note chez l’un et chez l’autre des problèmes d’intonation à tous les paliers, surtout chez Callas. La voix est souvent chevrotante, parfois elle n’a même plus de couleur, parfois on sent que la chanteuse veut exprimer quelque chose que la voix ne transmet plus », écrit Gingras.

Photo : La Presse
Extrait du journal La Presse, 14 mai 1974.

« [Par] contre, on admire encore chez elle la musicalité, le sérieux, le style, l’amour de l’art et, bien sûr, cette incomparable intensité dramatique qui passe dans la voix et cet extraordinaire sens du théâtre qui redonne à chaque mot toute sa signification. »

Au programme ce soir-là, des airs empruntés à Massenet, Verdi, Mascagni et Bizet, interprétés les uns par Callas, les autres par di Stefano, et certains encore en duo, pour le plus grand bonheur d’une foule conquise.

Malgré une ovation finale de 13 minutes bien comptées, il n’y aura pas de rappel, rapporte Gingras.

Et la Callas de tirer sa révérence… Ces triomphants adieux à Montréal et au monde, dans la foulée, annoncent la fin de sa vie musicale active. Mais en cette année qui marquerait son centenaire, l’étoile de la diva scintille toujours dans nos souvenirs.

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