Photographie d’un couple au moment de leur mariage. L’homme porte un veston, la femme une robe de mariée. La mariée tient dans ses un main un bouquet de fleurs.
Page couverture de la Revue populaire, vol. 53, no 6, juin 1960.

Amours en ébullition

Ah, l’amour! Thème à la fois tentaculaire et insaisissable, il rejoint toutes les facettes de l’existence, du politique à l’intime. Suivez-nous dans une épopée sociale et sensuelle au cœur des collections de la Bibliothèque nationale.

Histoire du Québec (1945-1979) Société Estampes

Quand on pense à l’amour, ce sont d’abord les sentiments de bonheur absolu et de délicieuse complicité – sans compter les vertiges du plaisir – qui nous viennent en tête. Mais d’un point de vue historique, l’amour peut être abordé sous son aspect social, économique, religieux, politique ou juridique. Comment cerner les manifestations d’un sentiment à la fois universel et terriblement personnel, donc unique? Poussées par une bonne dose d’enthousiasme et de naïveté, nous avons décidé de nous attaquer au sujet en cherchant des traces de l’amour dans les collections patrimoniales de BAnQ. Nous avons découvert que s’il est embusqué partout, il est presque toujours sous-jacent, en filigrane des documents. Et repérer Cupidon dans nos collections multiformes et abondantes constitue un défi digne d’une enquête de Sherlock Holmes. 
 

Car à moins que le sentiment amoureux ne constitue le thème central d’un document, il est rarement mentionné dans sa description au catalogue. Par exemple, une lettre torride entre un Jean Tremblay et une Antoinette Choquette sera identifiée sous les noms de l’expéditeur et du destinataire, sans plus. Une estampe réalisée par un créateur en peine d’amour ne sera pas nécessairement intitulée Cœur brisé… 
 

Il nous a donc fallu faire preuve de patience et de rigueur pour dénicher des perles rares sur le sujet. Nous avons choisi de nous concentrer sur une période courte et pourtant extrêmement riche, car témoin d’une véritable révolution des relations amoureuses au Québec : les décennies entre la Deuxième Guerre mondiale et les années 1980. Si vous participez à l’activité du 14 février prochain, Amours en ébullition, vous aurez la chance de voir ces perles en chair et en  os… ou plutôt en papier! 

On constate un gouffre vertigineux entre les enseignements des écoles ménagères visant à former des épouses et des mères parfaites au cours des années 1950 et les films érotiques du tournant des années 1970 comme Valérie, Deux femmes en or et Viens, mon amour. Les manuels de préparation au mariage laissent place à la fin de la Révolution tranquille à des revues iconoclastes comme Mainmise et Cul Q : le cul dans la culture québécoise

La contraception : au cœur de la libération sexuelle… et artistique!

Loin de se dérouler en vase clos, la Révolution tranquille fait écho à un fort mouvement de transformation sociale du monde occidental. Tout change, y compris dans la chambre à coucher. En 1960, le gouvernement canadien autorise la prescription de la pilule contraceptive pour réguler les cycles menstruels. Elle devient permise à titre de contraceptif en 1969 seulement, mais qui peut déceler la différence d’intention? 
 

La pilule s’ajoute aux méthodes moins sûres dont on a commencé à parler à voix basse dans les décennies précédentes : la méthode Ogino-Knaus, dite méthode du calendrier, la méthode du thermomètre et le préservatif. En 1966, trois Québécoises sur cinq utilisent un moyen de contraception pour limiter les naissances. Signe de la force du mouvement, l’encyclique Humanae vitae du pape Paul VI, qui interdit en 1968 toute contraception sauf pour « graves motifs et dans le respect de la loi morale », ne parvient pas à renverser la vapeur. Au contraire, au Québec du moins, cette encyclique contribue à détacher davantage les catholiques de l’Église. 
 

L’heure est aux remises en question profondes. La marche féministe prend de l’ampleur, les homosexuels commencent à exiger le droit à l’existence, les rôles traditionnels du couple volent en éclats… La parole et l’image sont enfin libérées.
 

À titre d’exemple : en 1968, sept artistes graveurs membres de l’Atelier libre 848 (Graff) prennent à bras-le-corps ce sujet d’actualité brûlant qu’est alors la contraception en publiant un album d’estampes intitulé Pilulorum. En choisissant le thème de la pilule contraceptive pour cette création collective, les artistes s’engagent résolument dans la société tout en traitant le sujet avec un certain humour. Plusieurs des titres donnés aux œuvres font en effet sourire : Si Marie avait su… (Pierre Ayot), Pilules pour martiennes averties (André Dufour), A bitter pill (Tib Beament), etc.
 

L’amour, dans ses manifestations, est une créature qui se transforme au gré des façons de vivre des sociétés. Et les collections patrimoniales de BAnQ permettent de lever un voile sur l’évolution de l’intimité du couple québécois.