Se raconter soi-même ou écrire la vie des autres

Nombreux sont les auteurs qui appuient leurs récits sur une partie de leur propre vie, en y ajoutant des éléments fictifs en quantité variable. C’est ce qu’on appelle l’autofiction. D’autres s’inspirent plutôt de la vie d’une personne célèbre et la romancent pour créer un roman biographique.

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Reflet d'une main et d'un livre dans un miroir de table.
Photo : Vladyslav Tobolenko. Source : Unsplash

Le terme autofiction aurait été forgé par l’écrivain français Serge Doubrovsky en 1977. Il désigne un genre littéraire dans lequel le narrateur, qui est aussi l’auteur, présente un récit basé à la fois sur des éléments de sa vie personnelle et sur la fiction. Le livre L’autofiction, par Isabelle Grell, vous permettra d’en apprendre plus sur le sujet.

Le roman biographique découle de procédés de création très différents. Il présente le vécu et le parcours de personnalités remarquables de domaines variés, comme la littérature, les arts, le sport ou la science.

La vie intime ou publique, les expériences qu’éclaire sa mise en récit et les réflexions qu’elle suscite sont les points communs de tous les écrits présentés dans cet article.

Bonne lecture!

Autofictions et récits autobiographiques

Putain, de Nelly Arcan

Il s’agit probablement de l’œuvre d’autofiction la plus connue des lettres québécoises. Au moment de sa publication, en 2001, Putain a été présenté comme un livre qui révélait la voix d’une travailleuse du sexe. C’est aussi un récit sur les rapports de pouvoir entre hommes et femmes, et sur les codes asphyxiants de la beauté et de la séduction que la société impose trop souvent aux femmes.

Ouvrir son cœur, d’Alexie Morin

Dans Ouvrir son cœur, qui a reçu le Prix des libraires du Québec en 2019, Alexie Morin retrace les souvenirs de son enfance et de son adolescence. Ayant grandi dans une petite ville où elle subissait du rejet en raison de sa différence, l’autrice en conserve des sentiments de peur et de honte. Elle les scrute ici sans complaisance pour elle-même ou pour les autres. Un exercice d’écriture sincère, une plongée dans la vulnérabilité.

Chasse à l’homme, de Sophie Létourneau

Chasse à l’homme s’ouvre d’emblée avec une définition de l’autofiction : un « geste par lequel [l’écrivain] engage son corps, ses proches, sa vie (sa mort) » (p. 7). C’est le récit d’une quête amoureuse dans laquelle Sophie Létourneau s’est lancée après avoir consulté une cartomancienne. Une écriture par fragments finement ciselée et parfaitement rythmée, par laquelle l’autrice exprime son grand attachement à la littérature. Ce livre a reçu le Prix littéraire du Gouverneur général en 2020.

La place, d’Annie Ernaux

Adoptant ce qu’elle appelle une « écriture plate » (p. 24), c’est-à-dire simple et sans artifices, Annie Ernaux entreprend de raconter la vie de son père, qui vient de mourir. À travers ce récit, elle raconte aussi ce qui a fini par la séparer de lui. Son père était un ouvrier d’origine modeste qui, devenu petit commerçant, espérait que sa fille accède à un statut social supérieur au sien. Ce livre est ainsi une réflexion sur ce que les rapports de classes au sein de la société défont dans les liens familiaux. Quatrième roman d’une autrice française qui a investi le récit de soi tout au long de son œuvre, La place a obtenu le prix Renaudot en 1984. Annie Ernaux a par ailleurs reçu le Nobel de littérature en 2022.

À lire également

Romans biographiques

Les femmes du braconnier, de Claude Pujade-Renaud

Ce roman retrace la vie et le parcours tragique d’une figure marquante de la littérature américaine du XXe siècle, Sylvia Plath. Plath est l’autrice du roman The Bell Jar et du recueil de poésie Ariel, entre autres. Les femmes du braconnier présente la jeunesse de Plath, sa relation passionnée avec son mari, le poète britannique Ted Hugues, son expérience de la maternité, sa rupture amoureuse, jusqu’à son suicide. Le roman se cristallise particulièrement dans le jeu de rivalité qui opposait Plath à la maîtresse de Hugues, Assia Wevill. Une œuvre et des vies qui finissent par nous hanter.

Les villes de papier, de Dominique Fortier

C’est le portrait d’une autre icône de la littérature américaine, Emily Dickinson, que trace l’écrivaine québécoise Dominique Fortier dans Les villes de papier. Poète qui a passé une grande partie de sa vie recluse dans une maison du Massachusetts, Emily Dickinson a fait de l’écriture une manière unique d’habiter le monde. Bien qu’elle ait écrit des centaines de poèmes, elle n’en a publié que très peu de son vivant. Le récit de Fortier mélange deux histoires qui se font écho : d’un côté, la vie et l’œuvre d’Emily Dickinson; de l’autre, l’installation de l’autrice québécoise dans une maison de Nouvelle-Angleterre. À cheval entre le roman et l’essai, Les villes de papier a reçu le prix Renaudot en 2020 dans la catégorie « Essais ».

Des éclairs, de Jean Echenoz

Sur sa quatrième de couverture, on mentionne que Des éclairs est une « fiction sans scrupules biographiques ». Tout de même, le roman suit la vie de l’ingénieur Nikola Tesla, qui a travaillé sur l’électricité auprès de Thomas Edison. Mais à travers le style d’Echenoz, ce parcours remarquable prend des allures de conte. À lire conjointement avec les romans Ravel et Courir; ensemble, ces romans forment une série de trois vies.

La petite communiste qui ne souriait jamais, de Lola Lafon

À quatorze ans, Nadia Comăneci a ravi le monde entier aux Jeux olympiques de Montréal par la pureté de sa performance athlétique. C’était en 1976. En 1989, elle fuit la Roumanie pour s’installer aux États-Unis, pendant que les médias lui fabriquent une image d’étoile déchue. Ce roman retrace le parcours de cette athlète entre 1969 et 1990, en comblant, par l’imagination, « les silences de l’histoire et ceux de l’héroïne » (p. 9).

À lire également

Cet article est une version révisée d’un texte paru sur le blogue BAnQ chez moi le 6 juillet 2021.