Scandales autofictifs, ou les dommages collatéraux de l’autofiction

Les auteurs qui ont recours à l’autofiction dans leur œuvre sont nombreux. Toutefois, le récit de soi implique souvent le récit des autres et cela va parfois trop loin au goût de certains.

Littérature
Reflet dans un miroir d'une cahier, d'un stylo et d'une tasse à café.
Photo : Rachel Coyne. Source : Unsplash

En effet, des auteurs ont, sans forcément le vouloir, heurté leurs proches, leurs collègues et leur milieu par le biais de leurs publications. Voici quelques exemples. 

Yoga, d’Emmanuel Carrère, 2020

Ce roman qui se présente comme une apologie du yoga prend un tournant inattendu en explorant plutôt les thèmes de la dépression, de l’adultère et du divorce. Avec cette véritable quête existentielle, Carrère livre une œuvre poignante qui créa de puissants remous dans les mois suivant sa parution. 

En effet, l’Académie française l’a retiré des finalistes du prix Goncourt en raison de la nature autofictive et non strictement fictive du récit. Par ailleurs, l’ancienne conjointe de l’auteur a publiquement dénoncé les mensonges et les demi-vérités relatées dans le livre. Elle aurait même affirmé que Carrère, en évoquant leur vie privée, aurait contrevenu au contrat de prépublication dont il aurait au préalable accepté les termes.

Cela n’a pas empêché Yoga d’être vendu à plus de 170 000 exemplaires en moins d’un mois, s’inscrivant en tête du palmarès des librairies françaises pour plusieurs semaines consécutives.

En finir avec Eddy Bellegueule, d’Édouard Louis, 2014

Ce premier roman d’Édouard Louis traite de la quête identitaire et sexuelle de l’auteur né au sein d’une famille ouvrière de Picardie. Dès sa parution, En finir avec Eddy Bellegueule a conquis la critique autant que le public, assurant à Louis une place de choix parmi les jeunes écrivains prometteurs de sa génération. Mais le succès vient parfois avec de lourdes répercussions. 

Dépeignant son environnement familial, social et académique avec une franchise désarmante, Louis s’est valu les reproches de la majorité de son entourage : mère, frère et anciens camarades de collège, notamment. Ceux-ci ont pris la parole publiquement afin d’exprimer leur mécontentement et de déplorer la représentation négative ayant été faite d’eux.

Il en faudra toutefois plus pour freiner l’élan créatif de l’auteur qui, depuis, ne cesse de produire romans et pièces de théâtre, tous inspirés de sa propre vie. 

Les carnets jaunes de Valérien Francoeur, qui a crevé quelques enflés, d’André C. Drainville, 2002

André C. Drainville était enseignant au département de science politique de l’Université Laval au moment d’écrire cette œuvre coup de poing. Sans détour, il y dépeint le quotidien au sein de cette faculté qu’il affirme remplie de professeurs imbéciles et prétentieux.

Bien que l’auteur ait pris la peine de modifier les noms des lieux et des individus évoqués, personne n’est dupe. C’est effectivement de ses collègues dont il est question dans son roman, et ceux-ci le réaliseront bien assez vite. Ces derniers, piqués à vif, demanderont en quasi-unanimité son renvoi de l’institution... et l’obtiendront. 

Malgré cet incident datant de plus d’une vingtaine d’années, les Québécois demeurent moins frileux que d’autres en ce qui a trait aux limites de la vie privée et littéraire. Voici donc, en rafale, quelques titres d’ici qui, sans avoir de scandale à leur actif, risquent fort bien de titiller votre curiosité :

Match, de Lili Boisvert
Les pénitences, d’Alex Viens
Là où je me terre, de Caroline Dawson
Pleurer au fond des mascottes, de Simon Boulerice 
Chienne, de Marie-Pierre Lafontaine 
Le marabout, d’Ayavi Lake 
Manikanetish – Petite Marguerite, de Naomi Fontaine 

Parce que l’autofiction ne se résume pas qu’à la forme romanesque, voici, en prime, quelques romans graphiques inspirés de ce genre littéraire : 

Khiem, Terres maternelles, de Yasmine et Djibril Phan-Morissette 
Vous avez détruit la beauté du monde, d’Isabelle Perreault, André Cellard, Patrice Corriveau et Christian Quesnel 
La petite Russie, de Francis Desharnais
Moi aussi je voulais l’emporter, de Julie Delporte

Finalement, en complément, n’hésitez pas à consulter cet article d’Esther Laforce qui propose d’autres titres à dévorer pour les lecteurs friands d’autofiction.