Gare du Canadien Pacifique, vers 1945
Gare du Canadien Pacifique, vers 1945. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Chambre de commerce de Sherbrooke (P1, S6, SS10, D1, P14). Photo : Roméo Dufort.

Le quartier industriel ouest de Sherbrooke

S’il est aujourd’hui un lieu agréable et grandement apprécié des habitants de Sherbrooke et des touristes, la Marché de la Gare n’a pas toujours été de tout repos. Il fut pendant près de 100 ans le cœur industriel de la ville. 

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La vie d’factrie

Comme on dit dans la fleur de l'âge
J'suis rentrée à factrie d'coton
Vu qu'les machines font trop d'tapage
J'suis pas causeuse de profession
La seule chose que j'peux vous apprendre
C'est d'enfiler le bas d'coton
Sur un séchoir en forme de jambe
En partant d'la cuisse au talon

- Clémence DesRochers

Traces de l’époque de l’industrie lourde

À la fin du XIXe siècle, le quartier Ouest était situé aux limites de la ville de Sherbrooke. Cette zone bruyante et poussiéreuse n’avait rien pour ravir les cœurs. 

Avec l’arrivée du chemin de fer du Canadien Pacifique et de la ligne Montréal–Nouveau-Brunswick, en 1887-1888, le secteur industriel se déploie. Des industries mécaniques et textiles s’installent rapidement près de la rivière, alors qu’au sud, un quartier se développe afin d’offrir des infrastructures d’accueil aux nombreux ouvriers, avec écoles et églises. En 1921, le tramway relie la zone au reste de la ville, permettant aux ouvriers des quartiers éloignés d’aller y travailler

Quelques occupants célèbres : Canadian Connecticut Cotton Mills Limited

En 1913, la Canadian Connecticut Cotton Mills Limited, une filiale d’une compagnie de coton du Connecticut, s’installe sur la rue du Pacifique, nommée en l’honneur du chemin de fer. Cette entreprise se spécialise dans la confection de toile pour pneus de voiture. Elle a des contrats avec Goodyear et Dominion Tire. La Première Guerre mondiale est lucrative pour plusieurs usines sherbrookoises et la Canadian Connecticut Cotton Mills Limited trouve son parti en recevant des commandes d’uniformes. L’usine est agrandie en 1920 afin de répondre aux besoins du marché. À la suite d’une grave récession en 1920-1924, la compagnie est rachetée par la Dominion Textile Limited en 1928.

Dominion Textile

D’origine montréalaise, la Dominion Textile s’installe à Sherbrooke et abandonne la production de toile pour pneus au début des années 1930. On fera plutôt du tissage de draps de coton. La main-d’œuvre de cette entreprise est principalement féminine et les salaires sont très bas. Les conditions misérables des travailleurs et travailleuses sont répertoriées dans tout le domaine du textile. La Dominion Textile est notamment touchée par trois grèves en neuf mois en 1936 et 1937.

Face à la mondialisation du marché des textiles, l’entreprise perd en rentabilité et est vendue en 1990. L’édifice est définitivement fermé en 2002.

Canadian Silk Products Limited

La Canadian Silk Products Limited construit une usine moderne en 1925-1926. Elle emploie 248 personnes et fait fonctionner 80 machines à tricoter. La compagnie se spécialise dans la fabrication de bas de soie, faits à partir de fibre naturelle importée de Chine et du Japon.

À son plein potentiel, l’usine fonctionne 24 heures sur 24. Les conditions de travail pénibles provoquent des grèves fréquentes, dont six entre 1942 et 1948. Les membres du personnel réclament un meilleur salaire à la pièce, dans un contexte de changement de matière première qui passe de la soie naturelle à la soie artificielle, plus difficile à travailler. Ils dénoncent également la chaleur excessive qui sévit dans l’environnement de travail. En 1946, 300 hommes et 200 femmes travaillent à la Canadian Silk. Elle ferme ses portes en 1973.

Une version longue de cet article a été publiée le 6 juillet 2023 sur le site de Estrie-Plus, Journal d'actualités web.