L’âge d’or des marchés publics

Considéré comme le cœur des centres-villes du XIXe siècle, le marché public rythme alors la vie économique, politique et sociale des Québécois. Bien plus que le grenier de la ville, le marché constitue un carrefour de rencontres et d’échanges.

À rayons ouverts Histoire du Québec Société
Québec, Marché Montcalm, 1907
Quebec, Montcalm Market – Québec, Marché Montcalm, 1907. Archives nationales à Québec, collection Magella Bureau (P547, S1, SS1, SSS1, D1-14).

Le XIXe siècle est marqué par un exode des Canadiens français vers les villes. Parallèlement, des milliers d’immigrants s’établissent au Canada. Les principaux centres urbains tels Montréal, Trois-Rivières et Québec voient ainsi leur population augmenter. De nouveaux quartiers sont créés et des marchés sont construits pour qu’une population toujours plus nombreuse puisse y faire des provisions.

Le marché est un lieu névralgique en plein cœur de la ville. En plus de s’y approvisionner, les gens s’y rencontrent pour échanger. On y voit des crieurs publics, des politiciens faisant campagne, des enfants qui jouent, des amuseurs publics qui divertissent la foule, etc. Le lieu ressemble à une foire1. C’est souvent dans cet endroit que les immigrants arrivant par bateau ont leur premier contact avec la société d’accueil.  

Le Québec n’ayant pas de réseau de transport adéquat, tel le chemin de fer, le marché est la principale source d’approvisionnement dans les villes au XIXe siècle. Les agriculteurs s’y rendent pour y vendre une partie de leurs récoltes. En contrepartie, ils obtiennent des produits qu’ils ne trouvent pas à la campagne (sucre, thé, etc.).

La construction de nouveaux marchés en maçonnerie permet aux halles de s’élever sur plusieurs étages. C’est au deuxième étage de ces nouveaux marchés qu’apparaissent des salles multifonctionnelles qui accueillent assemblées populaires, spectacles, bazars, etc. 

Le marché public entre prestige et développement

Le marché était le centre économique de la ville à cette époque. Par la suite, on a décidé d’en faire également le cœur administratif. C’est pourquoi de nombreuses mairies ont été construites près des marchés. Nos ancêtres sont même allés jusqu’à faire du marché Sainte-Anne de Montréal le Parlement du Canada-Uni2.

Comme plusieurs habitants de la campagne se déplaçaient vers les centres urbains pour se procurer des denrées, il devenait important pour les villages de posséder leur propre marché public. Cela donnait du prestige à la localité tout en permettant aux agriculteurs locaux d’avoir un nouveau débouché pour leurs marchandises. Avoir un marché signifiait la construction d’une nouvelle place publique locale et la création d’un nouveau pôle d’échanges des plus attractifs. La renommée du village était donc multipliée. L’érection d’un marché favorisait des investissements locaux et la construction d’infrastructures administratives et publiques.

À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, les marchés se développent et les marchands se spécialisent pour répondre aux demandes de plus en plus nichées de leur clientèle. Les principaux besoins des citadins étaient le foin, pour nourrir les chevaux, et le bois, pour le chauffage. De nouveaux marchés ont donc été construits pour le commerce de ces produits. On a également créé des marchés de poissons, car l’odeur des étals de poissonniers dans les marchés traditionnels rebutait les autres commerçants. Cette spécialisation a eu de nombreuses conséquences, notamment architecturales. Par exemple, on a installé des glacières (des chambres froides) pour permettre aux bouchers des marchés de mieux conserver la viande3.

Le XIXe siècle a vu la construction de nombreux marchés publics partout au Québec. Ce fut l’âge d’or de ceux-ci. Bien sûr, on pouvait y acheter des denrées, mais c’étaient surtout des lieux où on se rassemblait, des endroits dynamiques et vivants au sein de la ville ou du village. Au XXe siècle, les marchés se sont adaptés à la nouvelle ère des épiceries et des supermarchés pour continuer de jouer leur rôle dans l’espace public.

Marché Atwater, 29 août 1945. Archives nationales à Montréal, fonds Conrad Poirier, (06M, P48, S1, P11922). Photo : Conrad Poirier.

Cet article est adapté de l’édition papier d’À rayons ouverts numéro 110, publiée en 2022 par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Pour lire l'ensemble du numéro.

Sources consultées

1 Yves Bergeron, « Les anciennes halles et places de marché au Québec : étude d’ethnologie appliquée », thèse de doctorat, Québec, Université Laval, 1990, p. 110 (consulté le 8 août 2022).

2 Francis Lamothe et autres, « Le marché Sainte-Anne : un lieu historique d’une importance capitale à Montréal », Bulletin de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, vol. 41, no 1, 2012, p. 15 (consulté le 8 août 2022).

3 Yves Bergeron, « Les anciennes halles et places de marché au Québec [...] », p. 77.