L’affaire Guibord : un enterrement controversé

Joseph Guibord, imprimeur du xixe siècle, est célèbre pour une controverse religieuse qui porte son nom : l’« affaire Guibord ». Malgré une vie plutôt ordinaire, sa mort en 1869 déclenche un conflit entre les autorités religieuses et l’Institut canadien de Montréal. 

Histoire du Québec (1867-1944) Société
Une pierre couchée à l'horizontal sans croix est entourée de pierres tombales
Tombeau de Joseph Guibord, cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal, [vers 1923]. Archives nationales à Québec, collection Centre d’archives de Québec (P1000, S4, D19, P6). Photo : Edgar Gariépy.

L’Institut canadien de Montréal en bref

L’Institut canadien de Montréal est fondé le 17 décembre 1844 par de jeunes intellectuels canadiens-français désirant créer un lieu pour le patriotisme et la culture. Avec le temps, la bibliothèque de l’Institut s’enrichit d’une collection remarquable de publications littéraires, scientifiques et juridiques. 

En 1858, l’Institut est la cible de critiques de la part de l’évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget, qui lui reproche de tenir dans sa bibliothèque plusieurs volumes dits immoraux. Quelque 138 membres démissionnent alors et quittent l’Institut. Une décennie plus tard, le Vatican met à l’index des livres interdits et condamne l’Institut canadien. 

Qui est Joseph Guibord?

Joseph Guibord, né en 1809 dans une famille modeste à Sainte-Anne-de-Varennes, épouse Henriette Brown le 2 juin 1828, à Montréal. Ils auront au moins 10 enfants. Et c’est bien malgré lui que, à sa mort, il sera placé sous l’œil du public.

Guibord commence sa carrière comme apprenti imprimeur en 1823. En 1838, il imprime le journal montréalais Le Populaire, avec le célèbre imprimeur et éditeur John Lovell. Au cours de sa carrière, il deviendra l’un des contremaîtres de l’imprimeur Louis Perreault. Il est en outre responsable de l’introduction de la stéréotypie, une technique de création de formes d’impression en relief, et de l’impression du premier ouvrage stéréotypé au pays. Joseph Guibord est considéré comme le deuxième typographe au Canada au chapitre de l’ancienneté, après John Lovell.

Ses amis le dépeignent comme un homme intègre, sobre et travaillant, et comme un bon catholique. En 1852, il devient brièvement le vice-président de l’Institut canadien de Montréal. 

Le début de l’affaire

L’affaire Guibord découle de l’indignation de l’évêque de Montréal de l’époque, Mgr Ignace Bourget, ainsi que de la censure de Rome.

Joseph Guibord meurt subitement dans la nuit du 18 au 19 novembre 1869. Malheureusement, la rivalité entre les hautes instances religieuses et l’Institut canadien de Montréal est alors à son apogée. Puisqu’il est membre de l’Institut, Guibord ne reçoit pas les derniers sacrements, et les dirigeants de la paroisse Notre-Dame refusent catégoriquement qu’il soit inhumé dans le cimetière catholique. Sa veuve, Henriette Brown, entame une longue bataille juridique.

Les procès et le dénouement

Influencée par des membres de l’Institut, Henriette Brown poursuit le curé et les marguilliers de la fabrique de Montréal. Le juge Mondelet donne raison à la veuve de Guibord, mais cette décision est infirmée par la Cour de révision le 12 septembre 1870. En septembre de l’année suivante, c’est au tour de la Cour du banc de la Reine de donner raison à la Cour de révision. 

La veuve de Guibord s’éteint en 1873. Son avocat, Joseph Doutre, également membre de l’Institut canadien de Montréal, poursuit la bataille et porte la cause devant le Conseil privé. En 1875, un jugement définitif rendu par le Conseil privé de Londres donne raison à l’Institut.

La mise en terre de Joseph Guibord au cimetière catholique Notre-Dame-des-Neiges a lieu sous protection policière et en présence de l’armée le 16 novembre 1875.

Pour aller plus loin : 

Lignes du temps du Québec : L’affaire Guibord 

« L’Institut canadien de Montréal et l’affaire Guibord », Le Canada français – Revue de l’Université Laval, novembre 1938, p. 241-247. 

LAMONDE, Yvan, « Se soumettre de bon cœur à son mari », Québec, Presses de l’Université Laval, 2022. 

ROUXEL, Hyacinthe, Réflexions d’un catholique à l’occasion de l’affaire Guibord, Montréal, Presses de la Minerve, 1870.

LEFEBVRE, Michèle, « Guibord, Joseph », dans Josée Vincent et Marie-Pier Luneau (dir.), Dictionnaire historique des gens du livre au Québec, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2002, p. 371-372. 

LEFEBVRE, Michèle, « L’affaire Guibord », À rayons ouverts, no 80, été 2009, p. 18.

SYLVAIN, Philippe, « Institut canadien », Encyclopédie canadienne, en ligne.

TURNER, H., « Guibord, affaire », Encyclopédie canadienne, en ligne.