Ayoye : Offenbach en 4 temps

On connaît Offenbach pour son rock lourd teinté de blues en français, ainsi que pour la voix rauque et les « r » roulés de son chanteur principal, Gerry Boulet. Revivons quelques moments marquants traversés par le groupe québécois entre les nombreux changements de musiciens et les portes enfoncées.

Musique populaire
Gerry Boulet, portant un casque d'écoute, chante et joue de l'orgue tandis qu'on voit d'autres musiciens en arrière-plan.
Gerry Boulet dans un studio d’enregistrement, 1979. Archives nationales à Montréal, fonds La Presse (P833, S5, D1979-0540). Photo : Pierre McCann.

En spectacle à l’Oratoire Saint-Joseph

Oui, vous avez bien lu. Le 30 novembre 1972, le groupe, qui n’a alors qu’un album à son actif, se produit dans ce lieu inhabituel qu’est l’Oratoire Saint-Joseph. L’objectif : y présenter une Messe des morts en latin, sur des airs grégoriens et rock. Pour l’occasion, les rockers sont entourés par un chœur de 60 voix (la Gamme d’Or), un organiste et un célébrant.

« Notre groupe n’est pas connu. Et comme on ne nous considère pas encore comme un élément culturel, les grandes salles ne nous ouvrent pas leurs portes. C’est ainsi que j’ai pensé à I’Oratoire : la salle la plus grande et la plus élevée en ville... », explique Pierre Harel, alors membre d’Offenbach (Dimanche-matin, 19 novembre 1972, p. 44).

Qu’ont pensé les critiques de cette expérience hors du commun? Assez peu de bien, malheureusement. René Homier-Roy fait état de « numéros individuels, gênants, s’enchaînant sans intelligence et sans émotion, avec ici et là quelques moments de vérité » (La Presse, 1er décembre 1972, p. A15). Il mentionne aussi des problèmes de son. Gilles Paré ajoute que, « musicalement parlant, la démonstration d’une synthèse grégorien-électronique reste à faire » (Le Devoir, 2 décembre 1972, p. 7). Quant à Robert Lévesque, il affirme que « seuls les curés sont contents » (Québec-Presse, 3 décembre 1972, p. 24).

Il demeure que dans les années qui suivront on se souviendra de cette soirée comme d’un événement hors de l’ordinaire. Offenbach a certainement réussi à marquer les esprits.

Vous avez envie de juger vous-même du résultat? L’enregistrement sur CD, sous le titre Saint-Chrone de néant – Offenbach à l’Oratoire Saint-Joseph, peut être emprunté à la Grande Bibliothèque.

L’album Traversion

En 1979, alors que certains croyaient le groupe disparu, les membres d’Offenbach font paraître Traversion, l’album qui les propulsera plus loin. Lors du tout premier gala de l’ADISQ, cet opus recevra le Félix dans la catégorie « Disque de l’année / Rock ». 

Le mot « Traversion » aurait été inventé par Gerry Boulet et Vittorio (illustrateur de la pochette de l’album) par un « soir de brosse ». Il indiquerait « un mouvement en travers du temps et des choses ». 

Pour le critique Pierre Beaulieu, « ce qui étonne le plus [sur cet album], c’est cette nouvelle voie, élargie, que vient d’emprunter le groupe. Sa musique est plus vaste, plus large qu’auparavant, ses possibilités sont plus nombreuses » (La Presse, 3 mars 1979, p. D6). L’ajout de Breen Leboeuf et de John McGale à la composition (en plus de Gerry Boulet) y est sans doute pour beaucoup. En revanche, lorsque Beaulieu affirme que Traversion ne comporte probablement pas de classiques, force est de constater qu’il se trompe. Mes blues passent pu dans’ porte et Ayoye, ça vous dit quelque chose?

Empruntez Traversion sur vinyle à la Grande Bibliothèque.

En fusion avec Vic Vogel

Sept représentations du concert En fusion ont lieu à travers le Québec en 1979. Les 21 musiciens d’Offenbach et du big band de Vic Vogel revisitent avec une saveur jazz des chansons du groupe rock.

Au sujet de ce spectacle, Gerry Boulet confiait à Nathalie Petrowski : « C’est le genre d’affaires que tu fais une fois. C’est quelque chose qu’aucun groupe rock n’a encore tenté, ça va donner toute une autre dimension à la musique. La musique d’Offenbach est simple mais en même temps tu peux broder autour. Ça va être toute une soirée! » (Le Devoir, 17 février 1979, p. 27).

Toute une soirée, en effet. Elle aura donné lieu à un album sur lequel on entend des chansons d’Offenbach dans des versions souvent supérieures à celles des enregistrements studio. C’est le cas notamment de Faut que j’me pousse, Câline de blues, Promenade sur Mars et L’hymne à l’amour.

Jugez-en par vous-même en empruntant le CD ou le vinyle à la Grande Bibliothèque : Offenbach en fusion.

Le Forum de Montréal

Le 3 avril 1980, Offenbach devient le premier groupe québécois à se produire au Forum en vedette, devant 11 160 admirateurs.

Le groupe prouve qu’il n’est pas nécessaire d’être une star internationale pour faire vibrer l’amphithéâtre. Après avoir chanté en anglais avec les Rolling Stones, Led Zeppelin, Elton John et Abba – pour ne nommer que ceux-là – le public du Forum peut enfin scander des refrains en français.

Nathalie Petrowski mentionne « la puissance solidement assise d’un son lourd et aussi indestructible que le rocher de Gibraltar » (Le Devoir, 8 avril 1980, p. 18).

Pour Pierre Beaulieu, « tout à ce show […] était en effet impeccable. La technique, le jeu serré des musiciens […], l’énergie que dégageaient les membres du groupe, la construction minutieuse du spectacle, […] tout était excellent » (La Presse, 5 avril 1980, p. C14).

Offenbach retournera plus tard sur la scène du Forum, notamment avec Joe Cocker en 1981 et pour un concert d’adieu le 1er novembre 1985. Pour entendre ou voir ce dernier : 

Offenbach en huit chansons

Sur Bulldozer, 1973

  • Câline de doux blues
  • Faut que j’me pousse
    Ces deux chansons se trouvent aussi dans des versions plus abouties sur Offenbach en fusion, 1980.

Sur Tabarnac, 1975

  • Promenade sur Mars 
  • Leur version de L’hymne à l’amour 
    Ces deux chansons se trouvent aussi dans des versions plus abouties sur Offenbach en fusion, 1980.

Sur Offenbach, 1977

  • La voix que j’ai 
  • Chu un rocker (adaptation de I’m a Rocker, de Chuck Berry)

Sur Traversion, 1979 (seul le vinyle est disponible à la Grande Bibliothèque)

  • Mes blues passent pu dans' porte
  • Ayoye

En complément, une biographie de Gerry Boulet : Gerry Boulet, avant de m’en aller, de Mario Roy