Club de lecture

La mise sur pied d’un club de lecture pour adultes

La mise sur pied dans une bibliothèque d’un club de lecture réussi demande de la préparation. Cette fiche d'information présente les principaux éléments à considérer pour démarrer un club de lecture pour adultes et propose des conseils en vue de sa réussite.

  • Définition
  • Avantages
  • Obstacles

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Un club de lecture réunit un groupe de personnes qui se rencontre pour discuter de leur expérience littéraire. Il peut prendre plusieurs formes selon le public visé, l’orientation choisie, le lieu, qu’il soit virtuel ou physique, et plus encore.

La formule la plus connue est probablement celle où tous les membres se rencontrent pour discuter d’un même livre choisi et lu préalablement. Cependant, de plus en plus de formules différentes font leur apparition et on voit désormais des clubs de lecture où les membres lisent tous des livres différents reliés par une thématique.

Un club de lecture est d’abord un espace de discussion sur la littérature qui permet de connecter avec une communauté.

Il y a plusieurs avantages à démarrer un club de lecture pour adultes en bibliothèque, autant pour la bibliothèque que pour les usagers participants :

  • Développer le goût de la lecture chez les adultes :
    • Donne l’occasion de lire davantage, de découvrir de nouvelles lectures ou genres ;
    • Augmente la culture littéraire ;
    • Développe les bienfaits de la lecture elle-même ;
    • Permet d’introduire davantage la littérature dans le milieu familial ;
    • Prolonge le plaisir de lire et ajoute une nouvelle dimension à celui-ci ;
  • Donne une occasion de socialiser :
    • Permet la rencontre de la communauté et du développement des liens entre elle ;
  • Permet le partage et le choc des idées ;
  • Déconstruit l’image de la lecture comme activité solitaire ;
  • Développe un sentiment d’appartenance (à la communauté, à celle du club de lecture et à celle de la bibliothèque) ;
  • Permet un rayonnement des collections de la bibliothèque ;
  • Donne une occasion à la bibliothèque d’en apprendre davantage sur sa communauté à travers les rencontres du club de lecture.

Tenir un club de lecture en bibliothèque offre aussi plusieurs avantages aux membres :

  • La bibliothèque offre un lieu de rencontre physique ;
  • Les livres sont disponibles en prêt gratuitement ;
  • Elle offre un animateur de discussion qualifié.

La mise sur pied d’un club de lecture demande un certain temps de préparation. Il faut notamment déterminer l’orientation du club, considérer le choix des livres en fonction de celui-ci, coordonner l’animation, etc. En plus de la préparation, un club de lecture pérenne demande un investissement de temps. Il faut donc assister aux rencontres pour être à l’écoute de la communauté afin de mieux la connaître et d’apporter les ajustements nécessaires au club pour l’améliorer.  

Les membres d’un club de lecture ne participent pas tous pour les mêmes raisons. Certains, par exemple, peuvent chercher davantage une occasion de socialiser alors que d’autres souhaitent avoir une discussion plus intellectuelle sur la littérature. Ces différentes motivations peuvent entrer en contradiction et causer des conflits au sein du club. L’important est que l’ensemble des participants s’entendent sur le but visé par le club de lecture.

La première chose à faire est de déterminer pour quels publics adultes plus spécifiquement on souhaite développer ce service. Barbara Hoffert mentionne que « La raison pour laquelle vous décidez de monter un club de lecture détermine en quelques sortes ce que vous offrez et comment ». Ainsi, à partir de cette information, il est possible de choisir l’orientation, le format du club de lecture et les livres qui y seront lus. Pour le déroulement des rencontres du club, il faut se pencher sur le rôle de l’animateur et sur les questions d’animation.

L’orientation et le format

Il existe différentes façons de tenir un club de lecture. S’entendre sur une orientation permet de conserver une cohérence (une certaine ligne directrice) au fil des rencontres et de regrouper des gens qui sont intéressés par ce format spécifiquement. L’orientation et le format s’établissent en fonction du public à qui l’on souhaite destiner ce service.

C’est le moment de choisir si notre club de lecture porte sur une thématique en particulier (par exemple, est-ce un club dédié aux bandes-dessinées, aux romans d’aventures, à la littérature autochtone, à la littérature québécoise, etc.) et s’il se veut plutôt social ou intellectuel. On peut également réfléchir au format des rencontres en fonction de l’orientation choisie. Par exemple, y a-t-il une activité en plus de la discussion lors des rencontres (tricot, visionnement d’une adaptation cinématographique de l’œuvre, dégustation d’un aliment important dans l’œuvre, activité du genre trivia, etc.) ? On détermine aussi le temps prévu pour chaque discussion et le nombre de participants maximum que l’on souhaite atteindre. Il est recommandé d’avoir entre 8 et 16 participants pour des discussions d’une à deux heures trente. Prévoir un temps fixe pour les rencontres permet de répartir le temps de parole, le temps alloué à chaque question et d’éviter que la rencontre ne s’éternise. Il reste ensuite à déterminer la fréquence et le lieu des rencontres (à la bibliothèque ou en virtuel).

On peut ensuite décider si l’on souhaite un club de lecture à un titre (tous les membres lisent le même titre pour en discuter ensemble à la rencontre) ou un club à plusieurs titres (les membres lisent tous un livre différent parmi une sélection thématique). Chaque option possède ses avantages et ses inconvénients.

Le club de lecture à un titre permet d’entrer plus en profondeur dans une œuvre. Il est aussi possible d’inviter l’auteur de l’œuvre à la discussion sur son livre. L’option d’un titre unique demande toutefois d’acheter le même livre en grande quantité. Certaines bibliothèques saisissent cette occasion pour faire des kits pour les usagers qui souhaite tenir un club de lecture à l’extérieur de la bibliothèque. Ces kits contiennent alors les livres, des informations de base sur le contexte de l’œuvre et des idées de questions pour démarrer/entretenir une discussion.

Les thématiques d’un club de lecture à plusieurs titres peuvent être diversifiées (selon un auteur ou une autrice, une époque, un genre, un sujet, etc.). Les livres peuvent faire une rotation parmi les membres entre chaque rencontre, de sorte qu’à un moment, tous les membres aient lu l’ensemble des titres. Il est aussi possible de changer la thématique et les livres à chaque rencontre. Ce mode de fonctionnement à plusieurs titres permet d’éviter d’acheter le même livre en grande quantité et d’utiliser des livres que la bibliothèque a déjà dans sa collection. Aussi, alors que dans un club de lecture à titre unique, la conversation peut parfois sembler stagner après le partage de l’appréciation, la discussion s’avère parfois être alimentée plus facilement avec un club à plusieurs titres.

Il est important de s’assurer que tous les membres du groupe ont la même vision de ce qu’ils souhaitent accomplir dans ce club pour assurer l’harmonie et la pérennité de celui-ci. Le but du club de lecture peut alors être présenté clairement aux participants au moment de leur inscription. Il peut également être pertinent de mentionner les bonnes pratiques aux premières rencontres et à chaque fois qu’un membre s’ajoute au club. Par exemple, être attentif aux commentaires des autres, participer, se concentrer sur le texte, répondre aux questions, rester respectueux face aux opinions contraires, etc.

Une fois le format établi, il faut y rester fidèle. Évidemment, il est possible d’apporter des ajustements au besoin, mais une fois la formule qui convient trouvée, s’y tenir permet une constance pour les membres et pour une meilleure organisation.

Le choix des livres

Il faut d’abord nommer la personne qui fera le choix des livres. Ce peut être le ou la bibliothécaire, l’animateur de discussion ou les membres du club ensemble. Il est aussi possible de faire un mélange de ces options en faisant choisir les membres du club de lecture parmi une sélection faite par le ou la bibliothécaire. Les membres peuvent s’intéresser davantage au club s’ils se sentent inclus dans le processus décisionnel des livres et s’ils se sentent à l’aise d’apporter leurs suggestions. Dans tous les cas, il faut considérer dans le choix des livres :

  • L’approche du club de lecture et les livres à éviter ou à prioriser selon celle-ci :
    • Le sujet ;
    • La longueur du texte ;
    • Le niveau de lecture nécessaire ;
    • L’accessibilité pour les différents types de lecteurs (version papier, version numérique, livre audio, gros caractères, etc. – selon le public du club) ;
  • Ce qui allume le groupe :
    • Être attentif et choisir des livres qui, dans l’ensemble, sont appréciés par la majorité du groupe la majorité du temps ;
  • Des livres qui donnent matière à des discussions significatives (qui présentent des problèmes complexes dont on peut en groupe supposer des interprétations suggestives, en retenant qu’un bon livre en est un qui lance une discussion et ne permet pas nécessairement d’établir un consensus).

Pour la sélection des livres, certains considèrent qu’il n’est pas nécessaire de lire les livres à l’avance pour les proposer au club de lecture. En faisant un choix basé sur des commentaires et des critiques, nos goûts personnels sont laissés de côté et les propositions de lecture sont plus neutres. D’un autre côté, la lecture du livre à l’avance permet de s’assurer que celui-ci est idéal pour la discussion.

Faire une programmation de deux à trois livres en avance permet aussi aux membres de lire à leur rythme.

Voici quelques ressources pouvant vous inspirer quant au choix des livres :

  • La ressource Romans@lire de BAnQ recense des romans et des nouvelles écrits ou traduits en français (dont tous les romans québécois). La recherche peut se faire par prix littéraire, par genre, par personnage principal, par lieu du récit, etc. ;
  • Le répertoire Prix littéraires du Québec ;
  • La section thématique du site Les libraires.

L’animateur de discussion

L’animateur porte plusieurs responsabilités. Il fait partie des éléments clés à mettre en place pour un club de lecture efficace.

L’animateur est d’abord un facilitateur de discussion. Il pose des questions pour lancer et entretenir la discussion, s’assure que celle-ci porte sur le sujet de la rencontre, veille au maintien d’un environnement respectueux, procure des informations sur le contexte entourant une œuvre tout en utilisant un vocabulaire accessible, s’assure que tous peuvent participer et prendre la parole de manière équitable, etc. Il ne participe donc pas vraiment au club de lecture comme le font les autres membres du club et se doit le plus possible de rester neutre dans les discussions. Il évite par exemple de guider le groupe vers une interprétation qui lui convient davantage ou de faire autorité en la matière.

Considérant le rôle important que joue l’animateur, il est judicieux que celui-ci soit quelqu’un qui a de l’expérience et surtout, qui soit passionné. Ce peut être une personne différente d’une rencontre à l’autre ou deux co-animateurs. Le rôle peut être fait par un bibliothécaire, un employé de la bibliothèque ou une personne externe. Barbara Hoffert recommande que l’animateur soit un bibliothécaire, car celui-ci a l’expérience d’un « leadership exercé » et peut, entre autres, faciliter l’accueil de nouveaux membres en plus de veiller au maintien d’un espace sécuritaire et universel.

Le développement des questions

L’animateur a intérêt à composer ses propres questions plutôt que celles vues dans des articles ou des critiques par exemple. Cela permet qu’elles soient adaptées au club de lecture spécifiquement et à chaque livre ou thématique.

La méthode Shared Inquiry considère 3 types de questions qu’un animateur peut utiliser dans une discussion pour club de lecture : les questions factuelles, les questions d’interprétation et les questions évaluative.

Ces trois types de questions agissent en complémentarité. Les questions factuelles concernent les faits dans la genèse du livre et ceux entourant son contexte (auteur, date de parution, etc.). Les questions d’interprétation offrent l’occasion aux membres de soumettre une interprétation du texte ou à un passage de celui-ci. Ces interprétations s’appuient sur les faits (attention de rester dans les faits du texte et moins dans ceux externes au texte : l’auteur n’est pas le personnage !). Par exemple : « Que représente la madeleine dans À la recherche du temps perdu de Marcel Proust ? » Les questions évaluatives partent des interprétations faites pour réfléchir le texte au-delà de lui-même et l’appliquer, le réfléchir selon notre réalité de lecteur. Par exemple : « Est-il toujours possible de se sentir aspiré dans un souvenir par un déclencheur hasardeux à notre époque où des objets de souvenirs comme la photo et la vidéo sont omniprésents ? »

Les questions préparées sont donc des questions d’interprétation et potentiellement des questions d’évaluation (à adapter aux interprétations données).

Pour construire des questions d’interprétations, la méthode Shared Inquiry recommande :

  • D’être attentif à sa propre curiosité lors de la lecture ;
  • De s’attarder sur les idées importantes ;
  • D’explorer les contradictions et les complexités ;
  • De faire confiance à nos réactions subjectives.

*Truc : le début (incipit) et la fin (excipit) d’un livre sont toujours importants dans un texte. L’analyse de ces passages peut mener à de bonnes questions de discussion.

Les bonnes questions d’interprétation doivent :

  • Éviter d’être tendancieuses ;
  • Exprimer un doute et une curiosité sincère ;
  • Se rapporter au texte précis en cours de discussion ;
  • Utiliser un langage clair et direct.

L’animateur ne doit toutefois pas s’en tenir qu’aux questions préparées. Il doit les adapter à la discussion et en ajouter à partir des commentaires des participants (questions de suivi).

Il est possible de clore la discussion d’une rencontre avec une question de conclusion. Par exemple : « Y a-t-il un aspect du livre que nous n’avons pas abordé et que vous aimeriez qu’on discute ? », « Conseilleriez-vous ce livre à des amis ? », etc.

Des outils à mettre en place

Il peut être judicieux de déterminer un mode de communication entre les participants et la bibliothèque afin de se tenir au courant de tout imprévu, changement ou autres. Cela peut se faire entre autres par l’entremise de certains réseaux sociaux spécialisés sur la lecture et la littérature comme Goodreads, Babelio, Livraddict, LibraryThing, Senscritique, etc. En plus de permettre les communications entre la bibliothèque et les participants, c’est un endroit où les membres du club peuvent échanger entre eux de littérature en dehors des rencontres (pour partager des livres, des idées, etc.). Cet espace facilite et aide la connexion de la communauté.

Un autre outil de développement du club de lecture peut être une manière de se souvenir. Ce peut être par exemple un journal où il est question du livre lu, des commentaires les plus récurrents ou controversés, la note du groupe s’il y en a une, etc. Cela peut devenir également un outil de travail pour l’animateur afin de faire des suivis sur les lectures en vue de peaufiner les questions ou le choix des livres.

Un club de lecture est un endroit d’échanges entre des membres de la communauté à partir de livres. En ce sens, diversifier les membres d’un club de lecture peut introduire davantage de points de vue et enrichir les discussions. De plus, la vitesse de lecture de chacun est différente et il faut ainsi laisser assez de temps pour lire les livres entre chaque rencontre.   

L’animation de la discussion est très importante. C’est l’animateur qui assure l’harmonie et la richesse des discussions. Il est ainsi important de considérer une personne qualifiée pour ce rôle.

La bibliothèque doit rester à l’écoute des membres du club de lecture après sa mise en place en vue de mesurer son succès, d’ajuster la formule afin qu’elle convienne aux membres et à leurs besoins, de faire un choix de livres judicieux et une bonne animation de discussion. Par exemple, la bibliothèque parisienne Claude Lévi-Strauss fait un retour dans cet article sur les bons coups et les ajustements qui ont dû être faits après la première année de la mise sur pied d’un club de lecture féministe.

Quelques conseils à donner aux participants :

  • Lire les livres et se présenter aux rencontres ;
  • Être à l’écoute des autres et participer ;
  • Rester humble dans ses opinions ;
  • Rester sur le sujet ;
  • Être spécifique (aller plus loin que « j’ai aimé ou pas aimé le livre » ; ça s’apprend aussi au fil des rencontres !).

Il est possible de joindre ou de s’inspirer de clubs de lecture à grande échelle déjà existants.

La bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec offre un club de lecture ouvert à l’ensemble de la population québécoise. Le club se penche sur des essais d’écrivains québécois qui traitent de sujets d’actualité et du thème du vivre-ensemble. Ceux qui souhaitent participer à une rencontre doivent réserver leur place par courriel.

Rendez-vous du premier roman est un club de lecture qui se dédie aux premiers romans d’auteur et d’autrices francophones au Canada et hors Canada. Les clubs de lecture participants lisent les seize livres (8 canadiens et 8 hors Canada) sélectionnés sur une période déterminée et soumettent leur vote. Des rencontres interclubs sont prévues par visioconférence en plus de divers événements à travers le Québec et la France.

Le Club des Irrésistibles est un club de lecture actif depuis 2007. Parti d’une initiative montréalaise, il compte maintenant des membres au Québec, au Canada, en Europe, en Australie et en Amérique du Sud. Les lectures se font à partir des suggestions des lecteurs qui sont partagées sur le site internet.

Le programme Un livre, une communauté permet à des communautés diverses (une école, une ville, un pays, etc.) de faire un club de lecture à grande échelle où l’ensemble de la communauté déterminée fait la lecture du même livre (par un auteur faisant souvent partie de cette communauté). À échelle nationale, la bibliothèque publique d’Ottawa déploie Un livrel Canada, un club de lecture virtuel national. La ville de Québec offre également un exemple avec l’initiative Une ville, un livre où sont mis à l’honneur des écrivains de la ville chaque année.