Accueil Plan du site Courrier Portail Québec English Aide
Démarrer Pistard  »
 


Personnages de notre histoire

Apport de la photographie dans la diffusion des portraits de l’élite

L’invention de la photographie, du daguerréotype à ses débuts, a rapidement favorisé l’essor du portrait déjà existant avec la peinture et la gravure. Le fait de pouvoir se faire tirer le portrait instantanément avait un petit quelque chose de magique pour toutes les classes de la société. En outre, n’ayant plus d’heures de pose à consacrer à un artiste, la reproduction de son image devenait plus abordable.

Charles Bégin / J. Lebel. - [Vers 1940].
03Q-P1000,S4,D83,PB26

Ce nouvel art entre ainsi en conflit avec la peinture et la gravure, mais leur offre également une source d’inspiration, comme le démontre le portrait du nonce apostolique Cajetan Bedini peint par Théophile Hamel à partir d’un daguerréotype réalisé par Ellison. La population désire pouvoir reconnaître ses dirigeants. C’est dans cet ordre d’idée que Louis-Antoine Lemire annonce et expose dès 1851 sa Galerie nationale de daguerréotypes des grands de son époque. Toutefois, l’un des plus grands promoteurs des portraits de l’élite fut la Maison Livernois.

Source : Lessard, Michel. Les Livernois, photographes, Québec, Musée du Québec, 1987, p. 48-51.

La Maison Livernois

À la fin du 19e et au début du 20e siècle, Québec est la capitale de la province de Québec où se déroule en grande partie l’activité mondaine, politique et culturelle de l’époque. C’est le lieu idéal pour retrouver une panoplie d’illustres personnages qui ont façonné l’histoire du pays. Pour les immortaliser, plusieurs photographes ont œuvré à Québec : Ellison, Montminy, Edwards, et Roy à Lévis. Mais aucun d’eux n’a eu la renommée ni l’influence de la famille Livernois , avec ses trois générations de photographes.

Les cartes de visite

Le fondateur de la maison, Jules-Isaïe Livernois (1830-1865), se lance dès 1863 dans la collection de cartes-portraits des curés de toutes les paroisses et des prêtres du diocèse de Québec à tous les niveaux hiérarchiques, le clergé étant l’élite la plus respectée de la population. Livernois reçoit un accueil favorable de la part des membres du clergé. Il les met en confiance, mais leur promet aussi des réductions de frais en échange du droit de diffuser leurs portraits. De cette façon, chaque famille catholique peut débuter son album de photos avec le pape régnant, l’évêque en fonction et son curé avant d’y ajouter les membres de la famille.

Charles-François Baillargeon / J. E. Livernois Photo. Québec. - [Vers 1870].
03Q-P560,S2,D1,P56

Cette confiance acquise auprès du clergé, lui ouvre la porte des communautés religieuses afin d’y photographier les œuvres d’art qui y sont conservées et les tirer ainsi de l’oubli. En s’attaquant aux événements marquants, aux héros et à l’art, Livernois s’inscrit dans le grand courant de son époque visant à constituer une Histoire du Canada et tente d’écrire cette histoire à sa manière par le truchement de son appareil. Il reçoit d’ailleurs l’assentiment et l’encouragement de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, historien et politicien, qui y voit une contribution à l’histoire nationale et au projet d’éducation populaire. Chauveau tente également de mobiliser la population à contribuer à un grand projet collectif de reproduction photographique des œuvres d’art de collections privées et, ainsi, à poursuivre l’œuvre amorcée par Ellison et Livernois.

Livernois se spécialise dans le portrait, tant de l’élite que de la population en général, et dans la reproduction historique. Ses catalogues Galerie photographique des évêques de Québec depuis Mgr de Laval jusqu’à nos jours en 1863 et Nouvelle galerie historique de la Maison Livernois en 1866 en font foi.

Source : Lessard, Michel. Les Livernois, photographes, Québec, Musée du Québec, 1987, p. 72-75.

Les mosaïques

Après la mort prématurée de Livernois, son épouse Élise (1827-1896) s’associe à son gendre, Louis Fontaine dit Bienvenu, pour maintenir l’entreprise et annonce publiquement son intention de poursuivre la même ligne de conduite que son mari. Elle offre des catalogues de photographies sur carton des célébrités disparues et contemporaines sans oublier les membres du clergé du Bas-Canada et certains de l’épiscopat étranger.

Louis-Joseph Papineau / Livernois Photographe Québec. - [Vers 1860].
03Q-P560,S2,D1,P992

Elle innove en se lançant dans la mosaïque avec la Galerie des contemporains. L’élite du pays se trouve réunie en une seule mosaïque qui est présentée à la population par le biais des journaux de Québec et de Trois-Rivières. Dans sa publicité, elle énonce le vœu que sa mosaïque, légalement enregistrée à l’Office du Registraire de la Province du Canada, sera accueillie comme une œuvre patriotique.

Comme la carte de visite est en perte de vitesse à partir de 1885, cette nouvelle façon de procéder devient le modèle. Le public veut se voir de la même manière que sont vus les grands de la société.

Source : Lessard, Michel. Les Livernois, photographes, Québec, Musée du Québec, 1987, p. 84-85.

La continuité

Lorsque Jules-Ernest Livernois (1851-1933) prend la relève de ses parents, il décide de se consacrer principalement au portrait. Ses studios reçoivent annuellement plus de 2 000 sujets. Parmi ses clients fidèles demeurent les membres du clergé. Il est en quelque sorte le portraitiste officieux du clergé de Québec. Dans cette optique, il réalise une mosaïque intitulée Le Pape et l’Épiscopat de la Puissance où tous les évêques du pays entourent Pie IX.

Zéphirin Paquet / Livernois Québec. - [Vers 1900].
03Q-P560,S2,D1,P1008

Outre le clergé, sa clientèle se compose majoritairement de notables : politiciens, juristes, gens d’affaires, scientifiques, lettrés et visiteurs de marque. Il poursuit la galerie historique du Québec entreprise par ses prédécesseurs en diffusant les portraits de l’élite de son temps. On disait d’ailleurs que toute personne respectable de la capitale et des alentours se faisait un devoir de passer à la Maison Livernois.

En poursuivant la réalisation de portraits de notables et de la population en général, selon les commandes reçues, Livernois garde une place particulière pour les Amérindiens. Il photographie principalement les Hurons de Lorette dans leurs costumes traditionnels. Ces photos se vendent bien auprès des visiteurs étrangers en quête d’exotisme. Il sort également de ses studios pour se rendre dans les institutions d’enseignement afin d’y faire des portraits de finissants, d’équipes sportives, d’orchestres symphoniques, de troupes de théâtre et de clubs parascolaires. En plus des notables, c’est toute l’activité sociale et culturelle de Québec qu’il immortalise à l’aide de ses appareils photographiques.

Son fils Jules Livernois (1877-1952) touche à toutes les facettes de la photographie : les paysages, les édifices et leurs intérieurs et même les natures mortes. Il couvre les événements de la capitale par ses reportages photographiques tels le Congrès eucharistique et l’incendie du Château Frontenac en 1926. Il poursuit également la tradition du portrait avec les mosaïques scolaires qui sont une véritable manne durant la crise économique de 1929 et la carte mortuaire très en demande pour donner un souvenir d’un défunt à ses proches.

Après la mort de Jules, ses deux fils, l’un administrateur et l’autre pharmacien, ne s’occupent pas directement de photographie. L’entreprise ferme ses portes en 1974.

Source : Lessard, Michel. Les Livernois, photographes, Québec, Musée du Québec, 1987, p. 96-107.