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Personnages
de notre histoire
Imagerie de la Nouvelle-France
La photographie n’apparaît qu’au début
du 19e siècle. Auparavant, il fallait recourir
à la gravure , à la peinture ou à la sculpture
pour immortaliser le portrait d’une personne. À ce
point de vue, la Nouvelle-France n’est pas riche en représentations
iconographiques. Peu de personnages marquants de cette période
ont eu le privilège de voir réaliser leur portrait
de leur vivant.
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Jacques Cartier,
lithographie de
F. Davignon d’après
un dessin de Théophile
Hamel)
03Q-P266,S4,P16 |
L’intérêt de constituer une galerie de portraits
de héros de la Nouvelle-France débute dans les années
1830 avec Jacques Viger. Il s’inspire de gravures anciennes
et de tableaux appartenant à des communautés religieuses
pour son Album publié en 1839. À partir de
ce moment, et dans la foulée nationaliste engendrée
par la Rébellion de 1837-1838, on commence à produire
des tableaux représentant des scènes de l’histoire
française au Canada. Dans la seconde moitié du siècle,
le clergé contribue à cette recherche iconographique
grâce à l’apport de prêtres-historiens
(Chanoine Scott, Abbés Gosselin et Casgrain).
Dans un monde anglophone, la société canadienne-française
cherche à s’identifier aux gloires francophones de
son histoire. La Société Saint-Jean-Baptiste y contribue
par des affiches représentant les héros du passé
et par des personnifications au cours de ses défilés.
C’est dans cette optique, qu’Eugène-Étienne
Taché, architecte du Parlement et auteur de la devise nationale Je me souviens entreprend la création d’un
panthéon à la gloire des hommes illustres pour décorer
la façade de son édifice. À cette époque,
de nombreux monuments et statues seront inaugurés en grande
pompe devant des foules immenses. L’intérieur de l’édifice
parlementaire suscite également un foisonnement de projets
de peintures à caractère historique. Ce type de peinture
est de plus en plus recherché pour orner différents
édifices publics gouvernementaux et religieux.
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la mort de Montcalm,
gravure de J. Barbié d’après
un dessin de J.-B.
Massé par
Livernois
03Q-P560,S2,D1,P909 |
La
société canadienne-française
ressent un grand besoin
de guérir la blessure
infligée par la
conquête de 1759.
L’imagerie des
héros de son histoire
contribue à mettre
un baume sur cette douleur.
Cependant, cette quête
pressante d’images,
accompagnée de
la méconnaissance
des initiateurs de ce
projet sociétaire,
a favorisé la
diffusion de faux portraits
des personnages illustres
de la Nouvelle-France.
La majorité de
ces portraits furent
réalisés
après le décès
de leurs sujets, d’après
le souvenir de l’artiste
ou à partir de
descriptions écrites.
Même si le portrait
a pu être réalisé du
vivant du sujet, il faut
prendre en considération
que celui-ci n’avait
pas nécessairement
beaucoup d’heures
de pose à consacrer à l’artiste.
La représentation
instantanée que
procure la photographie était
inconnue à l’époque.
Ainsi, un grand nombre
d’erreurs se sont
glissées et ont
contribué à la
perception imaginaire
que la population s’est
faite avec le temps et
qui dure encore aujourd’hui.
Source : Martin, Denis. Portraits
des héros de
la Nouvelle-France
: images d’un
culte historique,
Ville de LaSalle, Éditions
Hurtubise, 1988, p.
1-26.
Jeanne Mance
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Jeanne-Mance,
gravure anonyme
parue dans Histoire
des Canadiens Français de
Benjamin Sulte
en 1882 d’après
la gravure de Léopold
Massard.
06M-P266,S4,P78 |
La première représentation
connue de Jeanne Mance
provient de la Vie
de Mademoiselle Mance par
l’abbé Étienne-Michel
Faillon, parue en 1854.
Le graveur Léopold
Massard, qui a réalisé ce
portrait, était
un spécialiste en
illustration de livres
de piété,
mais il agissait plus selon
sa propre imagination que
d’après les
chroniques historiques.
Au dire de l’historien
Gustave Lanctôt,
cette « pieuse fausseté »,
au visage fantaisiste,
est rapidement devenue
le portrait officiel de
la fondatrice de l’Hôtel-Dieu
de Montréal.
Source : Martin, Denis. Portraits
des héros de
la Nouvelle-France
: images d’un
culte historique,
Ville de LaSalle, Éditions
Hurtubise, 1988, p.
48-49.
Mgr François
de Montmorency Laval
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Mgr de Laval,
gravure au burin
de Claude Duflos
parue dans Histoire
des Canadiens-français de
Benjamin Sulte
en 1882
03Q-P1000,S4,D83,PL67-2 |
Le portrait le plus connu
de Mgr de Laval aurait été exécuté entre
1671 et 1685 lors d’un
séjour de l’évêque
en France. Avec son air
digne, arborant une petite
moustache, il se présente à la
postérité tel
que ses contemporains ont
voulu qu’il soit.
Ce portrait a d’ailleurs été approuvé par
le frère Hubert
Houssart, serviteur de
Mgr de Laval durant ses
dernières années,
après le décès
du premier évêque
de Québec en 1708.
Or, un dessin à la
plume, datant de la même époque
que le portrait en question,
le montre avec une barbe
courte et touffue, ce qui
correspond peu à l’image
solennelle qu’on
a voulu laisser de lui.
Source : Martin, Denis. Portraits
des héros de
la Nouvelle-France
: images d’un
culte historique,
Ville de LaSalle, Éditions
Hurtubise, 1988, p.
64-66.
Samuel de Champlain
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Samuel de Champlain,
gravure anonyme
parue dans Histoire
des Canadiens-Français de
Benjamin Sulte
en 1882 d’après
la gravure inspirée
de celle de Balthazar
Moncornet.
06M-P266,S4,P21 |
Le portrait du fondateur
de Québec représente
l’un des faux les
plus caractéristiques.
Il apparaît en 1854
et connaît une large
diffusion quasi instantanée.
En outre, plusieurs historiens
ont clairement démontré qu’il
s’agit d’une
copie modifiée d’un
portrait représentant
Michel Participant d’Emery,
contrôleur général
des finances et conseiller
des rois Louis XIII et
Louis XIV, œuvre de
Balthazar Moncornet. Ayant
une origine quelque peu
embrouillée, ce
portrait de Champlain aurait été commandé par
le chercheur Georges-Barthélémy
Faribault auprès
de Léopold Massard.
Le portait de Champlain
est presque identique à celui
de Particelli à l’exception
qu’on a retiré le
bonnet à ce dernier
et remplacé l’arrière
plan par un paysage imaginaire
de Québec. Encore
aujourd’hui, lorsque
l’on pense à Champlain,
c’est ce visage qui
vient automatiquement à l’esprit.
Cette image erronée
a pris de l’ampleur
avec le dévoilement
de la statue de Champlain
sur la terrasse Dufferin
qui fut inspirée
par ce faux portrait.
Source : Martin, Denis. Portraits
des héros de
la Nouvelle-France
: images d’un
culte historique,
Ville de LaSalle, Éditions
Hurtubise, 1988, p.
92-96.
Louis de Buade
comte de Frontenac
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Frontenac, gravure
anonyme parue dans Histoire
des Canadiens-Français de
Benjamin Sulte
en 1882 d’après
la gravure de Johann
Heinrich Lips.
06M-P266,S4,P64 |
Le portrait représentant
Frontenac sur son lit de
mort a également
connu une diffusion rapide.
Acquis par le photographe
Livernois de Québec,
d’un marchand d’estampes,
ce portrait fut l’objet
de bien des doutes quant à sa
véracité.
Benjamin Sulte lui-même,
qui le publia en 1882, était
du nombre des historiens
qui remettaient son authenticité en
question. En 1893, Ernest
Myrand mit à jour
cette supercherie dans
son ouvrage Sir William
Phipps devant Québec
: Histoire d’un siège.
Il s’agit en fait
du gisant de Jean-Henri
Heidegger un médecin
suisse décédé la
même année
que le bouillant gouverneur
de la Nouvelle-France.
Source : Martin, Denis. Portraits
des héros de
la Nouvelle-France
: images d’un
culte historique,
Ville de LaSalle, Éditions
Hurtubise, 1988, p.
116-118.
Madeleine de Verchères
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Madeleine de
Verchères
/ J.E. Livernois
Photo. Québec.
- [Vers 1695].
03Q-P560,S2,D1,P1212 |
Tous les portraits de l’héroïne
du fort de Verchères
face aux Iroquois en 1692
sont des cas typiques de
création imaginaire.
En effet, malgré son
acte héroïque
alors qu’elle avait
quatorze ans, Madeleine
de Verchères n’a
pas suscité l’intérêt
des artistes de son vivant.
Il n’existe donc
aucune représentation
iconographique réalisée à une époque
qui lui est contemporaine.
Seul l’imagination
a inspiré les artistes
qui ont tenté de
reproduire son visage.
Source : Martin, Denis. Portraits
des héros de
la Nouvelle-France
: images d’un
culte historique,
Ville de LaSalle, Éditions
Hurtubise, 1988, p.
128-129.
Robert Cavelier de La Salle
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Robert Cavelier de la Salle. - 1882.
06M-P266,S4,P20 |
Gravé en 1875 par Charles Albert Waltner, à la demande
de l’historien français Pierre Margry, le portrait de
La Salle serait inspiré d’un ancien portrait de l’explorateur.
Margry explique lui-même qu’il a dû choisir entre
deux gravures celle qui correspondait le mieux à la vraisemblance.
Celle-ci fut agrandie par la photographie et interprétée
par un graveur pour donner un portrait de La Salle tel qu’il
devait être lors de son départ pour le Canada. On sent
ainsi que le portrait de La Salle a été rajeuni par
rapport à celui qui l’a inspiré, source qui a
malheureusement disparu, et qu’il a été idéalisé.
Comme beaucoup d’autres œuvres représentant des
héros de la Nouvelle-France, le portrait de La Salle est avant
tout une œuvre de composition.
Source : Martin, Denis. Portraits
des héros de
la Nouvelle-France
: images d’un
culte historique,
Ville de LaSalle, Éditions
Hurtubise, 1988, p.
112-114. |
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