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Les journaux personnels, témoins
d'une époque (1758-1954)
« Notre tour de France
en automobile » : le journal de voyage d'Anne-Marie
Palardy et de son mari Julien-Édouard-Alfred Dubuc, industriel
de Chicoutimi (du 5 décembre 1909 au 5 février 1910)
(Cote P1,S1,SS8,P1 – Archives nationales du Québec
- Chicoutimi)
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L'invention de l'automobile à la
fin du XIXe siècle par l'allemand Karl Benz a révolutionné non
seulement le secteur des transports, mais aussi la façon de
voyager. En décembre 1909, lorsque Julien-Edouard-Alfred Dubuc
et son épouse Anne-Marie Palardy quittent Paris à bord
d'une Renault de type taxi pour se rendre en pèlerinage à Lourdes
et dans le sud de la France, l'histoire du tourisme automobile
en est à ses premiers balbutiements. Cette « course » de
plus de 4 600 kilomètres qu'entreprennent les Dubuc à travers
la France témoigne non seulement de la rapidité avec
laquelle il est dorénavant possible de se déplacer,
mais surtout de l'accessibilité nouvelle de certains
lieux demeurés jusque là isolés malgré le
développement du chemin de fer.
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Anne-Marie Palardy, épouse
de l'industriel
J.E.A. Dubuc de
Chicoutimi, lors
d'un voyage
en France effectué en
décembre
1909 et janvier
1910.
(Cote: P60,S1,D1,P75) |
C'est sur un ton
très personnel que
madame Palardy entreprend
de livrer dans les moindres
détails ses impressions
sur les lieux qu'elle
visite et les gens qu'elle
rencontre. De Bordeaux
au petit village de Provence,
Anne-Marie Palardy nous
communique avec sensibilité sa
perception de cette France
qu'elle découvre
et redécouvre avec
un plaisir renouvelé de
jour en jour.
Préférant la tranquillité de la campagne, les
Dubuc fréquentent surtout « les petits hôtels
de province [...] sans cérémonie », mais
ils séjournent aussi à quelques reprises dans des endroits
plus chics. Dans ces établissements plus « sélects »,
ils rencontrent des gens du « grand monde », comme le
ministre des Finances de la France ainsi que des comtes et des comtesses,
ce qui ne semble pas vraiment plaire à madame Palardy. Elle
se dit intimidée de converser avec ces gens : « C'est
le grand monde [...] et les mondains raffinés ».
Une discussion avec l'aviateur Louis Blériot lors d'une
des rencontres les plus surprenantes que font les Dubuc au cours
de leur voyage, semble toutefois passionner madame Palardy et son
mari. À cette époque, Louis Blériot vient tout
juste de réaliser l'exploit qui le rendra célèbre à travers
le monde : la première traversée de la Manche en avion.
Dans ce journal, Anne-Marie Palardy nous fait également part
de ses angoisses et de ses tourments. Si l'on n'est guère
surpris de la place qu'occupent la spiritualité et la
religion dans ses écrits, on l'est beaucoup plus par
l'attention qu'elle porte à sa santé et
plus particulièrement à son poids. Madame Palardy étant
toute menue, l'un des objectifs du voyage est de lui faire
prendre du poids et de l'aider à retrouver l'appétit
grâce à l'excellente cuisine française!
Le 12 janvier 1910, elle se félicite enfin : elle pèse
112 livres.
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Julien-Edouard-Alfred
Dubuc à bord
d'une Renault,
en compagnie
de son chauffeur
Pierre, lors
d'un voyage
en France
entre
décembre
1909 et janvier
1910.
(Cote: P60,S1,D1,P78)
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Fondateur de la Compagnie
de Pulpe de Chicoutimi
en 1896, J.E.A. Dubuc
devient, avant la Première
Guerre mondiale, le plus
grand producteur de pulpe
au monde. Il participe à plusieurs
grands projets de développement économique
dans la région
du Saguenay, dont la
fondation des papeteries
de La Baie et Chandler,
et la promotion d'une
liaison ferroviaire entre
Chicoutimi et la Baie
des Ha!Ha! Après
la faillite de son empire,
il se lance en politique
et siège comme
député libéral
de Chicoutimi à la
Chambre des communes
pendant près de
deux décennies
(de 1925 à 1945).
Quant à son épouse,
nous savons très
peu de choses à son
sujet, si ce n'est
qu'elle décède
bien avant son mari,
en 1928, à l'âge
de 58 ans. La résidence
secondaire des Dubuc
la Villa Marie a d'ailleurs été baptisée
en son honneur. Située
au Portage des Roches,
en bordure de la baie
de Moncouche, sur le
lac Kénogami,
cette villa est devenue
célèbre
par les gens qui l'ont
fréquentée
(Félix-Antoine
Savard, notamment).
Présenté sous forme de lettres à ses enfants
et sur le ton de la confidence, le journal d'Anne-Marie Palardy
saura éveiller l'intérêt de tous ceux qui
sont attirés par cette période glorieuse du développement
des transports et des communications, par les débuts du tourisme
automobile, mais aussi par l'esprit de cette Belle Époque
et l'histoire de la bourgeoisie canadienne-française.
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