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Page tirée du jounal de Henry Juncken |
D’origine allemande, Henry Juncken est né en 1735
à Durlach, dans le duché de Bade-Wurtemberg. En 1753,
à l’âge de 18 ans, il émigre en Amérique
et s’installe à Philadelphie, où il épouse
une veuve du nom d’Anna Barbara. Prenant le parti des Loyalistes
durant la guerre de l'Indépendance, il est reconnu coupable
de haute trahison et emprisonné. Le gouvernement américain
saisit alors ses biens, sa maison et sa terre et les vend à
l’encan. Juncken se réfugie ensuite à Londres,
d’où il décide de venir s'installer à
Québec afin de profiter des avantages qu’offre le gouvernement
britannique au Canada. Arrivé en septembre 1787, il doit
à nouveau fonder un commerce, s’adapter à un
pays, établir un réseau de relations, bref il doit
refaire sa vie à l’âge de 52 ans.
Au moment de la rédaction de ce journal, Henry Juncken
vient à peine de s’installer à Québec.
Le regard qu’il pose sur la société qui l’entoure
est donc celui d’un homme curieux qui découvre une
réalité nouvelle. Par le compte rendu de ses promenades
dans les rues de Québec et ses observations météorologiques,
on comprend que Juncken cherche à se familiariser avec la
géographie de sa nouvelle ville et ce climat rigoureux dont
dépend largement l’activité commerciale. Le
détail de ses nombreuses visites à des marchands et
à des personnages importants de la ville nous permet aussi
de retracer le réseau social et d’affaires qu’il
tente d’établir.
À travers les pages de son journal, nous pouvons voir aussi
que Juncken est un homme profondément religieux et compatissant
envers sensible à la misère humaine. En effet, il
n’hésite pas à rendre visite à un condamné
à mort et à lui apporter de la nourriture, ou encore
à secourir la famille d’un alcoolique. De plus, il
participe aux activités d’une société
charitable, l’Amicable Society, dont il est le premier président.
Par contre, comme le souligne Marcelle Cinq-Mars qui a consacré
son mémoire de maîtrise à l’étude
du journal de Juncken, cette bonté envers les plus démunis
fait peut-être partie de sa stratégie d’intégration
sociale : en se montrant généreux et dévoué,
il cherche à s’attirer une certaine reconnaissance
des membres de l’élite locale.
Les sentiments de Juncken envers les Canadiens français
– les French Inhabitants, comme il les appelle sont
cependant beaucoup moins aimables. En effet, ces derniers lui déplaisent
énormément et il les trouve « peu serviables
». Selon lui, leur plus grand défaut se résume
surtout au fait d’être catholiques romains. Toutefois,
Juncken sait reconnaître chez certains d’entre eux de
très grandes qualités, surtout en matière d’érudition.
Ayant un grand intérêt pour les sciences et la culture,
il se dit impressionné par le savoir du curé Tremain
de Charlesbourg et par la culture du maître d’école
de Neuville, un homme de lettres qu’il juge d’ailleurs
bien trop qualifié pour ce poste. Finalement, devant les
rigueurs de l’hiver, il n’hésite pas à
reconnaître aux Canadiens français des vertus d’endurance
et de courage.
Attentif au nouveau monde qu’il découvre, Henry Juncken
nous livre ses impressions sur cette société à
laquelle il veut s’intégrer. Son journal nous permet
de voir les stratégies qu’il utilise pour établir
son réseau de relations mais surtout, il nous livre le regard
d’un étranger sur la société canadienne-
française de la fin du XVIIIe siècle. Ce
regard peut nous aider à comprendre les tensions qui ont
pu exister entre les descendants des Français en Amérique
du Nord et les nouveaux arrivants britanniques.
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