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Page tirée du journal de Jacqueline
Noël |
C'est le 28 mai 1934 que naissent, sur une ferme de la petite communauté
franco-ontarienne de Corbeil, à l'est du Lac Nipissing, cinq petites
filles qui deviendront célèbres à travers le monde. Très rapidement,
une équipe médicale dirigée par le Dr Alan Roy Dafoe,
s'organise et s'occupe de la santé précaire des petites Dionne.
En 1935, l'équipe du Dr William Blatz crée un environnement
contrôlé à la pouponnière afin de tester ses théories scientifiques
en éducation de la petite enfance. L'infirmière en chef de l'Hôpital
Dafoe, de Callander (Ontario), madame Jacqueline Noël est alors
engagée, de février 1936 à février 1938, comme éducatrice des quintuplées
Dionne.
Née à Saint-Ferdinand d'Halifax le 18 novembre 1901, Jacqueline
Noël est la fille du docteur Léon-Octave Noël, surintendant médical
de l'Hôpital des aliénés de Saint-Ferdinand d'Halifax, et d'Attala
Collet. Reçue infirmière de l'Hôpital de Verdun, elle poursuit,
en 1929, une formation en obstétrique à l'Hôpital Royal Victoria
de Montréal. En 1931, elle reçoit un diplôme d'infirmière-hygiéniste
de l'Université de Montréal et après trois ans de travail dans le
« Victorian Order of Nurses » à Windsor (Ontario), elle suit des
cours avancés de soins infirmiers en santé publique à l'Université
de Toronto où elle termine des études en psychologie.
Le journal de Jacqueline Noël rend compte du quotidien et de l'éducation
reçue par les quintuplées Dionne dans les premières années de leur
vie. Il permet également d'apprécier le dévouement exceptionnel
de cette femme pour ces enfants. Un dévouement qui a valu à Jacqueline
Noël d'être particulièrement appréciée par Elzire et Oliva Dionne
qui firent d'elle la marraine de l'avant-dernier de leurs enfants.
En outre, elle a également défendu avec ardeur les intérêts des
enfants, même si cela devait lui coûter son poste.
C'est à la fin du mois de février 1938 que Jacqueline Noël et l'enseignante
des jumelles, Claire Tremblay, sont congédiées par le Dr Blatz.
Celui-ci leur reproche de ne pas vouloir enseigner suffisamment
l'anglais aux jumelles. Or, Tremblay et Noël croient que les jumelles
doivent d'abord maîtriser les rudiments du français avant d'apprendre
l'anglais. Elles s'opposent également aux méthodes éducatives du
Dr Blatz telles qu'elles sont appliquées à la pouponnière, notamment
en ce qui a trait à l'aménagement d'une aire d'observation pour
le public autour du terrain de jeu des enfants qui, selon elles,
perturbe le développement normal des quintuplées.
Il y a quelques années, le témoignage touchant des jumelles Dionne
a révélé au grand public les blessures d'une enfance exposée aux
regards, mais surtout vécue dans un monde artificiel et isolé. Expérience
unique dans l'histoire des théories éducatives, l'éducation des
jumelles Dionne n'en demeure pas moins un drame humain dont il faut
se rappeler. Le journal de Jacqueline Noël saura sans aucun doute
apporter de nouveaux éléments à la compréhension de cette histoire
et éveiller la curiosité; mais surtout il permettra de révéler la
valeur et le dévouement d'une femme pour ces enfants.
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