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Les journaux personnels, témoins d’une époque (1758-1954)

Le journal personnel de Jacqueline Noël, éducatrice des jumelles Dionne
(Cote P574,S3,SS1 – Centre d’archives de Montréal)
 
Page tirée du journal de Jacqueline Noël

C'est le 28 mai 1934 que naissent, sur une ferme de la petite communauté franco-ontarienne de Corbeil, à l'est du Lac Nipissing, cinq petites filles qui deviendront célèbres à travers le monde. Très rapidement, une équipe médicale dirigée par le Dr Alan Roy Dafoe, s'organise et s'occupe de la santé précaire des petites Dionne. En 1935, l'équipe du Dr William Blatz crée un environnement contrôlé à la pouponnière afin de tester ses théories scientifiques en éducation de la petite enfance. L'infirmière en chef de l'Hôpital Dafoe, de Callander (Ontario), madame Jacqueline Noël est alors engagée, de février 1936 à février 1938, comme éducatrice des quintuplées Dionne.

Née à Saint-Ferdinand d'Halifax le 18 novembre 1901, Jacqueline Noël est la fille du docteur Léon-Octave Noël, surintendant médical de l'Hôpital des aliénés de Saint-Ferdinand d'Halifax, et d'Attala Collet. Reçue infirmière de l'Hôpital de Verdun, elle poursuit, en 1929, une formation en obstétrique à l'Hôpital Royal Victoria de Montréal. En 1931, elle reçoit un diplôme d'infirmière-hygiéniste de l'Université de Montréal et après trois ans de travail dans le « Victorian Order of Nurses » à Windsor (Ontario), elle suit des cours avancés de soins infirmiers en santé publique à l'Université de Toronto où elle termine des études en psychologie.

Le journal de Jacqueline Noël rend compte du quotidien et de l'éducation reçue par les quintuplées Dionne dans les premières années de leur vie. Il permet également d'apprécier le dévouement exceptionnel de cette femme pour ces enfants. Un dévouement qui a valu à Jacqueline Noël d'être particulièrement appréciée par Elzire et Oliva Dionne qui firent d'elle la marraine de l'avant-dernier de leurs enfants. En outre, elle a également défendu avec ardeur les intérêts des enfants, même si cela devait lui coûter son poste.

C'est à la fin du mois de février 1938 que Jacqueline Noël et l'enseignante des jumelles, Claire Tremblay, sont congédiées par le Dr Blatz. Celui-ci leur reproche de ne pas vouloir enseigner suffisamment l'anglais aux jumelles. Or, Tremblay et Noël croient que les jumelles doivent d'abord maîtriser les rudiments du français avant d'apprendre l'anglais. Elles s'opposent également aux méthodes éducatives du Dr Blatz telles qu'elles sont appliquées à la pouponnière, notamment en ce qui a trait à l'aménagement d'une aire d'observation pour le public autour du terrain de jeu des enfants qui, selon elles, perturbe le développement normal des quintuplées.

Il y a quelques années, le témoignage touchant des jumelles Dionne a révélé au grand public les blessures d'une enfance exposée aux regards, mais surtout vécue dans un monde artificiel et isolé. Expérience unique dans l'histoire des théories éducatives, l'éducation des jumelles Dionne n'en demeure pas moins un drame humain dont il faut se rappeler. Le journal de Jacqueline Noël saura sans aucun doute apporter de nouveaux éléments à la compréhension de cette histoire et éveiller la curiosité; mais surtout il permettra de révéler la valeur et le dévouement d'une femme pour ces enfants.