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Les journaux personnels, témoins
d’une époque (1758-1954)
« Journal de mon voyage
en Europe », par Antoine Dubuc, fils de l’industriel
J.E.A. Dubuc de Chicoutimi (22 juin 1912 au 6 septembre 1912)
(Cote P1,S2,SS2 Archives nationales du Québec – Chicoutimi)
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Âgé d’à peine 16 ans, Antoine Dubuc entreprend
en compagnie de son frère Vincent et d’un précepteur
un voyage de plus de deux mois à travers l’Europe.
Nous ne sommes que quelques semaines après la catastrophe
du Titanic et, à l’époque, voyager à
l’étranger est un luxe et un privilège que seuls
les membres de la bourgeoisie ont les moyens de s’offrir.
Or, Antoine est le fils de l’important industriel de Chicoutimi,
Julien-Edouard-Alfred Dubuc, à qui l’on doit la Compagnie
de pulpe et de pouvoir d’eau du Saguenay et la fondation
de la ville de Port-Alfred. Notons également que les parents
d’Antoine ont l’habitude de faire des voyages en Europe,
où ils se rendent presque tous les ans (voir le journal de
voyage en Europe de sa mère, Anne-Marie Palardy - P1,S2,SS2).
En offrant ce voyage à ses fils, on peut penser que monsieur
Dubuc accordait de l’importance au célèbre proverbe
« Les voyages forment la jeunesse ». Le journal d’Antoine
témoigne d’ailleurs du côté formateur
de son séjour. Il y consigne des renseignements d’ordre
historique et architectural très précis sur tous les
lieux, monuments, musées, galeries d’art et églises
qu’il visite. Au fil de ses découvertes, il note ses
impressions sur les lieux et les gens qu’il rencontre. Il
prend également plaisir à faire le compte rendu d’une
représentation de la Comédie française
à laquelle il assiste, de même que d’une soirée
à l’Opéra à entendre Faust.
De la France à l’Allemagne en passant par l’Italie,
la Suisse et la Belgique, l’Europe de la Belle Époque
apparaît dans toute sa splendeur culturelle sous la plume
du jeune Antoine Dubuc.
L’un des moments forts de ce voyage est sans aucun doute
le séjour à Rome et la rencontre avec le pape Pie
X. Le 15 juillet 1912, après avoir assisté à
la messe au Collège canadien où ils sont logés,
Antoine et son frère Vincent se rendent au Vatican, où
ils sont introduits auprès du pape en compagnie de 50 autres
personnes. Cette rencontre fait grande impression sur le jeune homme
et le marque profondément. Dans son journal, il écrit
:
« […] Tous nous tombons à genoux à la
vue du vieillard tout de blanc vêtu. Le vicaire de Jésus-Christ
l’auguste prisonnier du Vatican était près de
nous. Nous étions en cercle et il en a fait le tour passant
une main sur notre tête et nous donnant l’autre à
baiser. Quelques uns Quelques-uns lui ont parlé; mais moi
je n’avais rien à dire. Je me contentais de baiser
son anneau pendant qu’il posait son autre main sur mon front.
[…] »
Quelques années plus tard, Antoine Dubuc devient l’un
des principaux collaborateurs de son père et un acteur important
du secteur de la téléphonie au Saguenay-Lac-Saint-Jean
et sur la Côte-Nord. Il décède en février
1989 en laissant un héritage culturel considérable.
Son journal présente un intérêt certain pour
ceux qui se passionnent pour l’histoire de la culture, de
la bourgeoisie et du tourisme ainsi que pour les récits de
voyage.
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