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Avant le début du XIXe siècle, il n’y a pas au Québec de véritable système d’éducation organisé, bien que l’Église ait mis en place quelques établissements d’enseignement régis par des communautés religieuses. À l’époque de la Nouvelle-France, l’école des Ursulines de Québec et celle de la Congrégation Notre-Dame veillent à l’éducation primaire des jeunes filles, tandis que les Jésuites, les prêtres du Séminaire de Québec, les Récollets et, plus tard, les Sulpiciens (1767) proposent aux garçons de poursuivre des études classiques. Les autorités coloniales françaises n’interviennent jamais directement dans l’éducation, sauf peut-être pour accorder des subventions importantes et pour céder des propriétés foncières aux communautés religieuses enseignantes. La conquête n’a pas d’effets immédiats sur l’éducation. Les écoles continuent de fonctionner mais certains établissements, comme le Collège de Québec, sont pratiquement détruits au cours de la Guerre de Sept Ans. L’interdiction imposée aux Récollets et aux Jésuites de faire du recrutement dans la colonie et en France, jointe à l’absence de subventions (subsides royaux) de la part des autorités coloniales, rend la situation des écoles plutôt précaire et ne fait qu’accroître le taux d’analphabétisme (à la fin du XVIIIe siècle, seulement un habitant sur douze sait lire et écrire). À l’exemple de la Nouvelle-Angleterre, où la moitié de la population est alphabétisée, les autorités britanniques veulent trouver des moyens de populariser l’instruction. En 1801, une première loi est adoptée. L’Acte pour l’établissement d’écoles gratuites et l’avancement des sciences dans cette Province prévoit la création d’écoles primaires qui relèvent du Bureau de l’Institution royale, une forme de commission permanente de l’éducation sous l’autorité du gouverneur britannique. L’opposition du clergé catholique, jointe au fait que la plupart des écoles royales créées entre 1801 et 1830 se trouvent en milieu majoritairement anglophone, explique sans aucun doute le peu de succès que connaissent ces institutions auprès des francophones. La création en 1824 des « écoles de fabrique », des écoles confessionnelles rattachées aux paroisses, n’a guère plus de succès. Comme elles ne sont pas subventionnées par l’État et comme les paroisses sont souvent très pauvres, seulement 60 écoles de fabrique verront le jour entre 1824 et 1830. En 1829, la Loi des écoles de syndics prévoit l’élection de commissaires (ou syndics) chargés de l’administration des écoles primaires dans les paroisses catholiques et protestantes. Ce troisième réseau scolaire, au sein duquel le gouvernement subventionne la construction des écoles et paie le salaire des maîtres, obtient un succès instantané. Alors que l’on recensait 325 écoles pour 11 679 écoliers au Bas-Canada en 1828, on y compte en 1831, 1 216 écoles pour 41 821 enfants. Toutefois, en 1836, le Conseil législatif ayant refusé de reconduire la Loi des écoles de syndics, ce système scolaire est aboli, ce qui provoque la fermeture de plusieurs écoles faute de subventions gouvernementales. Le début des années 1840 est marqué par différentes mesures gouvernementales visant à encourager l’éducation à l’échelle du Canada-Uni. Le 20 juillet 1841, la Chambre d'assemblée adopte un projet de loi qui permet l’établissement d’un nouveau réseau d'écoles dirigées par des commissaires élus et subordonnés au conseil municipal. Mais c’est en 1845 qu’est prise l’une des plus importantes mesures de toute l’histoire du système scolaire québécois : la création des commissions scolaires, des organismes qui ont la particularité d’être indépendants du conseil municipal et de relever directement du surintendant de l’Instruction publique. L’année suivante, une loi vient cautionner le principe de la confessionnalité des écoles si cher à l’Église catholique. Quant aux années 1850, elles sont entre autres marquées par le rétablissement des écoles normales pour la formation des enseignants et par la fondation de la première université francophone en Amérique, l’Université Laval. En 1868, le gouvernement de la Province de Québec crée le ministère de l’Instruction publique. Cet ancêtre du ministère de l’Éducation n’existera toutefois que 8 ans puisqu’en 1875, le premier ministre Boucher l’abolit sous prétexte que l’État n’a ni le temps ni la compétence nécessaire pour s’occuper d’éducation. Les véritables pouvoirs décisionnels reviennent donc au Conseil de l’instruction publique créé par une loi en 1856 puis scindé en deux comités confessionnels (l’un catholique, l’autre protestant) en 1869. L’Église, qui réussit à faire nommer au sein du comité catholique tous les évêques de la province, prend rapidement la direction du système scolaire québécois; elle ne perdra cette emprise qu’en 1964 avec la création du ministère de l’Éducation. Le début du XXe siècle est marqué par la fondation de plusieurs collèges classiques, de High Schools ainsi que d’écoles supérieures et techniques. En 1943, le Québec adopte une loi qui rend la fréquentation scolaire obligatoire pour les enfants de 6 à 14 ans. Comparativement à la France où une loi semblable existe depuis 1882, le Québec fait figure de retardataire. La création d’un ministère de la Jeunesse et du Bien-être social et le rattachement des écoles de métiers et des instituts techniques à celui-ci en 1946 permet néanmoins au gouvernement québécois de reprendre en main certains secteurs de l’éducation. Toutefois, jusqu’à la réforme scolaire des années 1960, le système d’éducation québécois demeure sousfinancé, peu démocratique, élitiste et sexiste. Avec l’arrivée au pouvoir des Libéraux de Jean Lesage en 1960, le gouvernement québécois entreprend de réformer en profondeur le système d’éducation afin d’en démocratiser l’accès. Formée en 1961, la Commission royale d’enquête sur l’enseignement, ou Commission Parent, recommande l’établissement d’un système scolaire unifié, intégré et public qui couvre tous les niveaux depuis la maternelle jusqu’à l’université et qui soit placé sous l’autorité d’un véritable ministre de l’Éducation. C’est ainsi que le gouvernement adopte une série de lois qui conduisent à la création du ministère de l’Éducation (1964), de commissions scolaires régionales et d’un réseau d'écoles secondaires publiques (1965). Finalement, les années 1967 et 1968 verront respectivement la naissance des cégeps et des polyvalentes. Encore largement tributaire des réformes de cette époque, notre système d’éducation fait aujourd’hui l’objet de divers questionnements, pour ne pas dire de remises en question, compte tenu des transformations sociales, économiques et culturelles qui ont marqué la société québécoise au cours des quarante dernières années. |
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