Art et culture au Québec, 1940-1980
Partie 1
Le Québec est profondément attaché à sa culture, symbole même de son identité. Une culture riche et diversifiée qui prend racine dans l’histoire et qui demeure fortement influencée par les cultures française, britannique et amérindienne. Une culture qui par ses expressions artistiques nous permet également de suivre les transformations majeures qu’a connues le Québec depuis la fin des années 1930; une culture et ses arts par lesquels s’est progressivement affirmée la modernisation de notre société.
C’est à partir des années 1930 que les premières contestations d’un traditionalisme rigide et inadapté aux nouvelles réalités de la société québécoise se font jour dans les milieux artistiques et culturels. À la veille de la crise économique de 1929, le Québec se présente sous les traits d’une société urbaine et industrielle déjà marquée par la culture de consommation (radio, cinéma, etc.) et l’influence de la culture américaine. C’est à cette période que paraît Les demi-civilisés de Jean-Charles Harvey, qui sera mis à l’index, mais aussi des romans et des films qui connaîtront un énorme succès et qui reprennent essentiellement des formes et des thèmes anciens (comme le retour à la terre) tels que Le Survenant de Germaine Guèvremont, Un homme et son péché de Claude-Henri Grignon ou Maria Chapdelaine, porté à l’écran par Duvivier en 1934. Au pied de la pente douce de Roger Lemelin et Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy feront quant à eux entrer la ville dans la littérature, au même titre qu’Adrien Hébert et Sam Borenstein introduiront ce thème dans la peinture. Enfin, les années 1930 et le début des années 1940 sont aussi sous le signe de la peinture d’Alfred Pellan, chef de file de l’avant-garde, et de l’influence grandissante dans le milieu de Paul-Émile Borduas.
La Deuxième Guerre mondiale et les années 1950 sont marquées par le renforcement de l’industrialisation, le développement des communications, l’accès à de nouvelles technologies, mais aussi par une formidable ouverture sur le monde. En fait, la littérature et les arts des années 1945-1960 ne correspondent guère à cette image de « grande noirceur » par laquelle on définit encore le Québec de Duplessis. Des œuvres audacieuses et de très grande qualité voient le jour. Mentionnons Les Plouffe de Roger Lemelin (1948), les romans d’Anne Hébert et la poésie de Gaston Miron.
Mais plus que n’importe quel autre domaine, la peinture est sans doute celui par lequel la modernité s’affirmera avec le plus de force. En 1948, deux groupes de peintres publient des manifestes, soit Prisme d’Yeux signé par une quinzaine d’artistes rassemblés autour de Pellan et Refus global du groupe de Borduas. Deux grands courants s’en détacheront : la non-figuration (se situant dans la lignée de l’automatisme) avec Marcelle Ferron et Jean-Paul Riopelle, et le figuratif incarné par l’œuvre de peintres très différents tels Jean-Paul Lemieux, Stanley Cosgrove ou Albert Rousseau. Les années 1945 à 1953, qui correspondent à l’âge d’or de la popularité du cinéma au Québec (les gens allant en moyenne une fois par mois au cinéma), voient également la naissance d’une cinématographie nationale qui reprend essentiellement les radioromans et les pièces de théâtre à succès de l’époque tels que Un homme et son péché (1948), Le curé du village (1949), Séraphin (1949), La petite Aurore, l’enfant martyre (1951) et Ti-Coq (1952). Par contre, l’arrivée de la télévision en 1952 et sa généralisation rapide viendront porter un coup dur au cinéma.
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