L'Osstidcho - Les bandes audio retrouvées.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Les bandes magnétiques

Yvon Deschamps, Louise Forestier, Mouffe et Robert Charlebois sur scène au Quat'Sous.BAnQ possède deux enregistrements de L'Osstidcho. Le premier a été réalisé au Théâtre de Quat'Sous le 20 juin 1968 et le second à la Comédie-Canadienne entre le 2 et le 8 septembre de la même année. Pendant 35 ans, on a tenu pour acquis qu'il ne restait aucune trace de ce spectacle légendaire, à l'exception de quelques photographies et d'une courte entrevue réalisée dans le cadre de l'émission Aujourd'hui pour la télévision de Radio-Canada le 27 juin 1968.

Le 8 février 2003, Le Devoir révélait cependant l'existence d'un enregistrement audio d'une des représentations du spectacle à la Comédie-Canadienne. Quelques années plus tard, à la suite de l'acquisition du fonds d'archives d'Yvon Deschamps, BAnQ a découvert un second enregistrement, réalisé au Théâtre de Quat'Sous.

Dans quel contexte ces bandes ont-elles été réalisées et quelles sont leurs particularités?

Théâtre de Quat'Sous – 20 juin 1968

La date de cet enregistrement est relativement facile à déterminer puisqu'on mentionne, sur la bande, qu'il s'agit de la dernière représentation du spectacle et que certaines personnes l'ont vu à plusieurs reprises. Louise Forestier ajoute qu'elle l'a vu 28 fois, ce qui correspond au nombre de représentations offertes entre le 28 mai et le 20 juin 1968, date de la dernière représentation de la première mouture du spectacle.

Photographie des bandes magnétiques de l'enregistrement de L''Osstidcho du 20 juin 1968.À l'origine, cet enregistrement était constitué de cinq bobines magnétiques d'un quart de pouce. La dernière bobine est manquante mais il subsiste quatre rubans couvrant la première heure du spectacle.

Au début des bandes 2, 3 et 4, on remarque une répétition des 30 dernières secondes de la bande précédente. Précisons tout de suite que ces trois répétitions ont été retirées lors du transfert numérique effectué en 2010 afin de faciliter l'écoute des bandes. Toutefois, l'intégralité des bandes originales, conservées à BAnQ Vieux-Montréal, a été respectée.

Deux hypothèses pourraient permettre d'expliquer ces répétitions. D'après la première hypothèse, ces bandes pourraient ne pas constituer l'enregistrement original. La captation aurait été réalisée avec deux bobines de 26,67 cm de diamètre, un format professionnel qui permettait d'obtenir une meilleure qualité d'enregistrement, puis transférée sur des bobines de 17,8 cm de diamètre, qui convenaient aux appareils de lecture destinés au grand public à l'époque. Afin d'assurer la préservation de la totalité de l'enregistrement du spectacle, on aurait décidé, au moment du transfert, d'amorcer l'enregistrement des bobines 2, 3 et 4 avec les 15 à 30 dernières secondes de la bobine précédente.

D'après la seconde hypothèse, on a peut-être utilisé deux magnétophones afin d'obtenir une captation intégrale. La personne qui a réalisé l'enregistrement aurait ainsi enclenché le deuxième appareil au moment où il ne restait plus qu'une trentaine de secondes sur la bande magnétique de l'appareil en marche. Puis, vers la fin de la deuxième bobine, elle aurait de nouveau enclenché le premier appareil avec une troisième bobine, et ainsi de suite. Ceci expliquerait donc les répétitions d'une bande à l'autre. Selon cette hypothèse, ces bandes constitueraient donc la matrice originale : il ne s'agirait pas d'une copie.

À l'heure actuelle, il est toutefois impossible de déterminer laquelle de ces deux hypothèses est la plus plausible.

Publicité de L'Osstidcho, renommé … de chaux pour satisfaire aux exigences morales de l'époque, publiée dans La Presse le 25 mai 1968 pour les représentations au Théâtre de Quat'Sous.Fait intéressant, on note aussi, sur la bobine 3, un silence d'environ six secondes pendant le monologue Les unions, qu'ossa donne? d'Yvon Deschamps. Mais ce silence ne renforce pas la première hypothèse, celle des deux bobines de plus grand format et du changement de bobines. En effet, la comparaison du contenu de cette bande avec le texte publié du monologue et avec l'enregistrement réalisé en 1969 mène nécessairement à écarter cette hypothèse puisqu'il n'y a aucune perte de contenu : le texte du monologue et la musique en arrière-plan ont été captés dans leur intégralité.

Ce silence pourrait conforter l'hypothèse selon laquelle il ne s'agirait pas des bandes maîtresses mais bien d'une copie. Une erreur commise au cours du transfert pourrait donc être à l'origine de ce silence de six secondes[1]. Mais le mystère reste entier pour le moment.

La clarté du son porte également à croire que le magnétophone était directement branché sur la console de sonorisation. Une écoute attentive des bandes permet de constater que l'enregistrement a parfois été interrompu : certains enchaînements sont abrupts, des chansons débutent au beau milieu de leur introduction musicale et il y a même des fondus en ouverture (fade-in) et en fermeture (fade-out). Ces éléments permettent de penser qu'un technicien contrôlait l'enregistrement à l'aide de la touche « pause » ou au moyen des curseurs de la console.

Comédie-Canadienne – Du 2 au 8 septembre 1968 [2]

Photographie des bandes magnétiques de l'enregistrement de L'OsstidchoKing Size réalisé à la Comédie-Canadienne entre le 2 et le 8 septembre 1968.Printemps 1968. Un garçon de 14 ans, Alain Petel, reçoit une consigne sans appel : interdiction absolue d'assister à L'Osstidcho. Le langage utilisé par Robert Charlebois lors d'une émission de télévision a en effet scandalisé un parent du jeune homme, chanoine de son état. Charlebois, à qui on a demandé de ne pas prononcer ce titre en ondes, a choisi de le qualifier de « tabarnak de spectacle ».

Alain Petel est donc bien déçu de ne pas pouvoir y assister. Son père, Pierre Petel, cinéaste et chef du Service des variétés à Radio-Canada, décide toutefois de lui faire une surprise en lui remettant un enregistrement sonore de L'Osstidcho.

Il est aujourd'hui impossible de déterminer qui a installé le magnétophone et un micro sur pied devant l'une des colonnes de haut-parleurs dans la salle : Pierre Petel lui-même ou, à sa demande, l'un des techniciens du spectacle. Mais une chose est sûre : le père a ramené les bandes à son fils le soir même.

Alain Petel les écoute à répétition pendant quelque temps, puis son père les remise au grenier, où elles demeurent oubliées jusqu'à son décès, au printemps 1999. Alain Petel entreprend alors de dresser l'inventaire du vaste lot d'archives de son père et découvre un contenant portant la mention « J. F. Ledoux », référence à la chanson Joe Finger Ledoux interprétée lors de L'Osstidcho, ce qui éveille immédiatement chez lui le souvenir de cet enregistrement mythique.

Première page de la bande dessinée sur L'Osstidcho, extrait du Magazine Macleande novembre 1968.Après avoir fait nettoyer puis transférer les bandes magnétiques originales sur des cassettes professionnelles DAT, Alain Petel fait parvenir ces cassettes à Sylvain Cormier, journaliste et critique musical au Devoir, qui annonce cette découverte étonnante à la population québécoise en février 2003 après avoir procédé à l'analyse des bandes sonores en compagnie de Robert Thérien, spécialiste de la musique populaire québécoise.

La détermination de la date du spectacle enregistré par Pierre Petel se fait aisément puisqu'on entend, au début de la seconde partie, le célèbre cri du cœur : « Pierre Elliott Trudeau n'a rien à voir avec L'Osstidcho King Size! » Il s'agit donc de la seconde mouture du spectacle, présentée à la Comédie-Canadienne du 2 au 8 septembre 1968.

À l'époque, quatre bobines de 13 centimètres de diamètre faisant de 20 à 25 minutes chacune ont été enregistrées. La troisième bobine a malheureusement été perdue depuis : une partie de la représentation est donc manquante. Il demeure cependant trois bobines qui forment un corpus représentant un total de 70 minutes d'écoute.

En 2009, Alain Petel a fait don de ces bandes à BAnQ.

Extrait d'un discours de Martin Luther King

L'avant-dernier numéro du spectacle présenté à la Comédie-Canadienne est constitué d'un extrait sonore des 45 dernières secondes du célèbre discours « I have a dream » prononcé par Martin Luther King le 28 août 1963 devant le Lincoln Memorial, à Washington. Il est difficile de déterminer quelle mise en scène accompagnait cet extrait lors du spectacle, mais on notera avec intérêt que le dernier mot de la conclusion de ce discours, « Free at last! Free at last! Thank God Almighty, we are free at last! », est couvert par un retentissant coup de feu évoquant l'assassinat du pasteur le 4 avril 1968.

En raison de questions liées aux droits d'auteur, BAnQ ne peut pas diffuser cet extrait en ligne. Il est cependant possible d‘écouter la bande complète du spectacle, y compris cet extrait, en s'adressant au personnel de la section Musique et films de la Grande Bibliothèque.


[1]. Ce silence a été retiré à la suite du transfert numérique afin de faciliter l'écoute.

[2]. Pour de plus amples informations sur la saga entourant la réalisation et la découverte de cet enregistrement, on peut lire en ligne deux articles de Sylvain Cormier, critique musical au Devoir :

Tous les efforts ont été faits par BAnQ pour retrouver les détenteurs de droits des documents reproduits sur son portail Internet. Les personnes possédant d’autres renseignements à ce propos sont priées de communiquer avec la Direction des affaires juridiques de BAnQ.

Publicité de "L'Osstidcho", renommé "… de chaux" pour satisfaire aux exigences morales de l'époque.
Publiée dans La Presse le 25 mai 1968 pour les représentations au Théâtre de Quat'Sous
>> Version texte


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