L'Osstidcho - Les bandes audio retrouvées.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Les acteurs

Yvon Deschamps

Auteur, comédien, monologuiste, animateur et producteur.
Montréal, 31 juillet 1935.

Yvon Deschamps devant une toile de Bernard Buffet.Natif du quartier populaire de Saint-Henri à Montréal, Yvon Deschamps quitte l'école assez tôt et occupe divers emplois, dont celui de commissionnaires à Radio-Canada au début des années 1950. Fasciné par le théâtre, il suit des cours avec Georges Groulx, François Rozet et Paul Buissonneau, ce dernier l'engageant en 1957 au théâtre ambulant La roulotte de la Ville de Montréal.

Cette année-là, il tient le rôle de Pylade dans Andromaque au Théâtre universitaire canadien. L'année suivante, il joue dans Orion le tueur  et La bande à Bonneau avec Paul Buissionneau au Festival d'art dramatique, et dans Les femmes savantes de Molière dans une mise en scène de Paul Hébert au Théâtre universitaire canadien. Il quitte son emploi de commis à Radio-Canada en 1959 pour tenir un petit rôle dans la télésérie The big search (CBC).

En 1960, il fait quelques apparitions dans l'émission pour enfants Piccolo (SRC-TV) qu'anime Paul Buissonneau. Yvon Deschamps joue dans Malbrough s'en va en guerre au Théâtre de la Poudrière (sur l'île Saint-Hélène), Le manteau de Galilée dans une mise en scène de Paul Buissonneau au Théâtre Orphéum, et dans La femme douce de Dostoïevski, à l'Egrégor. L'année suivante, il joue notamment dans Les trois coups de minuit d'André Obey au Gésù.

Il épouse la chanteuse Mireille Lachance qui anime à la télévision l'émission Cri-Cri avec le pianiste André Gagnon. C'est ainsi qu'il devient un ami de Claude Léveillée qui l'engage comme batteur dans ses spectacles dans les boîtes à chansons. Yvon Deschamps continue de se produire au théâtre, notamment dans Chambre 110 de Jacques Bobet et de L'ABC de notre vie de Jean Tardieu en 1962 et dans la reprise de Le manteau de Galilée en 1963. Cette année-là, il apparaît régulièrement dans la série pour enfants La boîte à surprises (SRC-TV) et participe à la revue musicale Le kid s'en va-t'en guerre de Gilles Richer et Bernard Sicotte.

Avec Claude Léveillée, Paul Buissonneau et Jean-Louis Millette, Yvon Deschamps inaugure, en 1964, le Théâtre de Quat’Sous à Montréal. Au cours de l'été, il joue dans les pièces Le cirque aux illusions et La jument du roi au Théâtre de Répentigny. À l'automne, il est de la distribution de Les gueux au paradis au Rideau-Vert. Jean-Claude Lord lui propose un petit rôle dans son film Délivrez-nous du mal (qui paraîtra en 1966), basé sur un roman de Claude Jasmin.

Yvon Deschamps impliqué dans la campagne référendaire de 1980 pour le camp du Oui.Yvon Deschamps ouvre dans le Vieux-Montréal le restaurant Le Fournil. En 1965, il joue aux côtés de Margot Campbell et Gabriel Gascon dans la comédie musicale Les Fantastiks au Théâtre du Nouveau-Monde. L'année suivante, il ferme Le Fournil et ouvre un deuxième restaurant en association avec Clémence DesRochers. Ils y aménagent une petite boîte à chansons qu'ils nomment La Boîte à Clémence où ils montent avec Gilbert Chénier  les revues Le monde sont drôle et Sois toi-même. C'est dans cette revue, dont la première a lieu le 15 novembre 1967 à la Boîte à Clémence, qu'apparaît pour la première fois le personnage de l'ouvrier exploité et du « bon boss ». La Boîte à Clémence accueille à l'été 1967 la revue Terre des bums avec Robert Charlebois, Mouffe et Jean-Guy Moreau.

Suite à la faillite de son restaurant le 15 février 1968, Yvon Deschamps devient homme à tout faire au Théâtre de Quat’Sous et est chargé par son ami Buissonneau de trouver « quelque chose » pour terminer la saison. Il s'en faut de peu pour que ce « quelque chose » soit Les Belles-sœurs de Michel Tremblay. Mais les coûts de production d’une pièce avec 15 personnages sont trop onéreux pour le Théâtre de Quat’Sous déjà fortement endetté. Deschamps a retrouvé depuis quelques semaines Louise Forestier et Robert Charlebois qu’il avait connus à l’École nationale de théâtre. Il leur propose de monter une revue pour clore la saison du Théâtre de Quat’Sous.

Charlebois n’est pas chaud à l’idée et exige d’être accompagné par les musiciens du Jazz libre du Québec avec lesquels il travaille depuis quelques mois. L'élaboration de la revue est laborieuse et le soir de la première approche rapidement. Deschamps n’arrive pas à insuffler un peu de structure au spectacle. Il appelle à la rescousse Paul Buissonneau qui tente d’en faire une revue musicale qui s’intitulerait « Les parapluies de Sherbrooke », parodie des « Parapluies de Cherbourg ». Mais il se heurte à la résistance de Charlebois qui voulait que tout le spectacle soit sous le signe de l’improvisation et du « happening ». Exaspéré, Paul Buissonneau abandonne : « Arrangez-vous avec, votre hostie de show!!! »

Provocateur, Robert Charlebois décide que l'évènement s'appellera L'Osstidcho. Dans la publicité des journaux, on fera référence, pour éviter la censure, à « ... de chaux ». Deschamps est convaincu que ce bateau déjà à la dérive s’en va vers le désastre. Il réussit à convaincre les autres de créer de petites saynètes entre les chansons. Il avait prévu adapter le sketch à 4 personnages qu’il avait conçu et présenté l’année précédente avec Clémence Desrochers et Gilbert Chénier. Mais Charlebois écrit plutôt une pièce musicale d’enchainement (Dans les manufactures) et recommande à Deschamps de transformer le tout en monologue. Deschamps n’avait jamais prévu devenir monologuiste.

Le soir de la première, le 28 mai 1968, il prévient les autres qu’ils vont au-devant d’une douche froide d’humilité. Lui, poussé par la panique et l’adrénaline, improvise ce monologue qui n’avait jamais été écrit. Ce qui ne durait que 5 minutes les premiers soirs durera 20 minutes un mois plus tard et sera un des points forts de ce spectacle anticonformiste qui soulève de vivres réactions. Certains sont révoltés par les attitudes et le langage utilisé sur scène et comparent le spectacle à une « médiocre revue de collège ». D'autres sont dithyrambiques, y voyant une explosion de nouveautés et d'imagination. Les monologues La violence et surtout Les unions qu'osssa donne? de Deschamps font cependant l'unanimité.

Gilles Vigneault, Félix Leclerc et Yvon Deschamps lors d’une séance photo pour le journal Le Jour.Le producteur Guy Latraverse entre dans le décor et décide de produire le spectacle du 2 au 8 septembre à la Comédie-Canadienne sous le titre L'Osstidcho King Size. Le spectacle connait un regain de popularité avec le succès de la chanson Lindberg de Charlebois et est repris pour trois soirs à la Place des Arts en janvier 1969 sous le titre L'Osstidcho meurt.

Au même moment, Deschamps lance son premier album comprenant les monologues Les unions, qu'ossa donne?, Pépère, Nigger Black et La St-Jean. Cet album remportera le trophée du meilleur disque humoristique au Festival du disque de 1969. Après un spectacle en février 1969 à la Place des Nations de Montréal avec Louise Forestier, Deschamps entreprend une tournée avec la chanteuse et présente avec elle, Pauline Julien et Gilbert Chénier la revue musicale Moi, ma moman m'aime en octobre.

En décembre, il joue aux côtés de Judi Richards (qui deviendra sa femme), Gilbert Chénier et Louise Forestier dans une autre revue musicale, Attends ta délivrance et lance son deuxième album qui comprend les monologues L'argent et Le bonheur. L'humoriste totalise 310 présences sur scène cette année-là. Il écrit d'autres monologues à succès : Le fœtus, Dans ma cour, Le p'tit Jésus. Les satires sociales de Deschamps ont un impact phénoménal. Il donne plus de 180 spectacles en 1971, dont cinq semaines à guichets fermés à la salle Maisonneuve de la Place des Arts avec On va s'en sortir. Au cinéma il tient un petit rôle dans le film Deux femmes en or (1970) de Claude Fournier, puis partage la vedette avec Dominique Michel dans Tiens-toi bien après les oreilles à papa (1971) de Jean Bissonnette. En 1972, il écrit le scénario et tient le rôle principal dans Le p’tit vient vite de Louis-Georges Carrier. Deschamps est nommé personnalité de l'année dans le domaine artistique au Gala des Artistes en 1972.

Accompagné pendant plusieurs années par le groupe Vos Voisins dirigé par le pianiste et arrangeur Jacques Perron, Yvon Deschamps réserve toujours dans ses spectacles une large place à la musique, créant plusieurs chansons, dont Aimons-nous, Les fesses, C'est ben normal et J'en peux plus. Artiste socialement et politiquement engagé, il participe à de nombreuses manifestations en faveur des déshérités et milite activement pour l'indépendance du Québec.

En 1974, Yvon Deschamps effectue, de janvier à mai, une tournée de plus de 150 spectacles au Québec, présentant La libération de la femme. Après deux semaines de spectacles au Patriote en août, il renoue avec le théâtre, présentant plus de cent fois aux côtés de Jean-Louis Roux la pièce L'ouvre-boîte de Victor Lanoux à Montréal (TNM), Québec (Trident), Sherbrooke et quelques autres villes au Québec. Favori des foules, il participe au spectacle de la Fête nationale de 1975 avec Gilles Vigneault et Louise Forestier puis entreprend une tournée de neuf mois qui le mène aux quatre coins du Québec.

Yvon Deschamps.L'humoriste tient l'affiche de la salle Maisonneuve de la Place des Arts du 15 octobre 1975 au 6 janvier 1976 puis y revient du 10 au 23 février, attirant plus de 114 000 spectateurs à Montréal seulement. En juin, il participe de nouveau au grand spectacle de la Fête nationale avec Robert Charlebois, Jean-Pierre Ferland, Claude Léveillée et Gilles Vigneault. L'album Une fois cinq qui en témoigne remporte un prix de l'Académie Charles-Cros en 1977. Il joue un des rôles principaux dans le film Le soleil se lève en retard d’André Brassard. Après avoir repris L’ouvre-boîte de juillet à septembre 1976 à Montréal et jusqu’en décembre en province, Yvon Deschamps est invité à trois reprises à l’émission de Peter Zwoskie sur le réseau de la CBC et enregistre quelques-uns de ses monologues en anglais.

Revenu d'une tournée en Californie, il participe, en mars 1977, à l’émission Let’s Save Canada Hour (CBC). D’août à octobre, il présente en province son nouveau spectacle qui comprend les monologues La violence, La fierté d’être Québécois et J’veux être un homme. Précédent dans l’histoire du spectacle québécois, il tient l’affiche pendant seize semaines à la salle Maisonneuve de la Place des Arts, d’octobre 1977 à janvier 1978.

Plusieurs projets et évènements occupent les prochaines années. Yvon Deschamps lorgne vers une possible carrière américaine, mais ne peut se décider à tout laisser pour s'y consacrer. Il met sur pied une fondation qui entre en opération le 14 février 1981. Il s'implique pour le camp du « Oui » dans le référendum québécois de mai 1980. Professionnellement, il présente 174 fois son nouveau spectacle qui déroute quelque peu ses admirateurs. Les monologues sur la paternité et surtout la manipulation provoquent des réactions mitigées.

Un projet de film avec Jean Lapointe ne se concrétisera finalement pas. Deschamps se lance dans l'aventure de l'Hôtel National à Saint-Jean-d'Iberville. Pour faire plaisir à son ami Guy Latraverse, il anime les premiers galas de l'ADISQ, maîtrisant magnifiquement ce nouveau rôle. Pour son prochain spectacle, il décide de jouer à fond le registre de la comédie, incorporant encore plus de musique qu'à l'habitude. Plus de 150 000 personnes voient C'est tout seul qu'on est le plus nombreux à la salle Maisonneuve de la Place des Arts, battant un record détenu jusque-là par... Yvon Deschamps. Guy Latraverse croit à la possibilité d'une carrière pour Deschamps en France. Mais le principal intéressé n'est pas aussi chaud à l'idée, bien qu'il accepte de donner dix spectacles au Théâtre de la Ville à Paris au début de 1983. Ni bide ni triomphe. Il faudrait beaucoup plus de temps et d'efforts et Deschamps, à l'orée de la cinquantaine, n'a pas vraiment le désir de conquérir de nouveaux marchés. Au retour, pour faire plaisir à son ami Jean-Louis Roux, il accepte de jouer au TNM dans Tapage nocturne avec Linda Sorgini. Mais le cœur n'y est pas et sa performance s'en ressent. Il admettra que ce fut une erreur et fait une croix sur le théâtre.

Une nouvelle tentative en France lors de la Fête de l'Humanité ne le convainc toujours pas. Il lorgne vers une quotidienne à la télévision, mais les négociations avec la SRC achoppent. Comme il n'a plus rien au programme, il monte en urgence Voyage dans le temps, une rétrospective de ses plus célèbres monologues dans une mise en scène d'André Brassard. Débuté à l'automne 1983, le spectacle se termine en juin 1984 à Montréal après 110 représentations et un nombre importants de petites villes qu'il n'avait pas visitées depuis longtemps. Mais la critique montréalaise est dure. Deschamps se sent vidé et a de plus en plus de mal à supporter sa vie de saltimbanque. Les deux dernières années ont été, de son propre aveu, les plus difficiles de sa vie professionnelle.

Yvon Deschamps.En 1985, Samedi de rire apparaît finalement à l'écran de la SRC. Habitué à travailler seul, l'humoriste se retrouve entouré d'une imposante équipe de scripteurs et évolue avec une équipe de comédiens, dont Normand Chouinard, Pauline Martin, Normand Brathwaite et Michèle Deslauriers, sans compter de nombreux invités chaque semaine. La critique est en dents de scie, mais l'émission s'ajuste au fil de la deuxième année et se forge un style qui ne ressemble à rien de ce qui s'était fait auparavant ici. L'émission se poursuivra jusqu'au printemps de 1989, conservant des cotes d'écoute plus que favorables. À l'automne, Latraverse et Deschamps produisent Samedi P.M., mettant en vedette Pauline Martin, et CTYVON, une émission de comédies de situation qui a pour cadre une petite station de radio en province. Cette quotidienne est assez mal reçue par la critique et est finalement retirée de l'horaire après 110 émissions. Blessé, Deschamps cesse la majorité de ses activités professionnelles pour s'occuper de sa famille. Il continue d'écrire, mais ne sent aucune envie de remonter sur scène.

Pour marquer la sortie de l’intégrale de ses monologues sur disques audionumériques, Yvon Deschamps se laisse convaincre de donner, au Spectrum de Montréal, une prestation qui est présentée à la télévision le 30 octobre 1992. La réponse du public et de la critique est si enthousiaste qu’il présente U.S. qu’on s’en va à Montréal et en province tout au long de 1992 et 1993 et reçoit le Félix du spectacle humoristique de l’année en 1993. Yvon Deschamps participe régulièrement, comme animateur ou monologuiste, au Festival Juste pour rire, en plus d’animer avec brio, de 1992 à 1994, le Gala de l’ADISQ.

À l'aube de l'an 2000, il décide de présenter de nouveaux monologues dans une salle qu'il a fait aménager dans le Manoir Rouville-Campbell de Belœil dont il s'est porté acquéreur en 1996. Intitulé Comment ça, 2000?!!, le spectacle connait un tel succès que Deschamps le présente plus de 400 fois au Québec pendant plus de deux ans et demi, devant 350 000 spectateurs. À l'été 2004, il présente au Manoir Rouville-Campbell une série de spectacles avec sa femme Judi Richards. Le 22 novembre 2004, il lance le premier d'une série de trois DVD présentant en images et en son les faits marquants de sa carrière. Le premier DVD atteint le cap des 100 000 exemplaires vendus en quelques mois. Les deux DVD qui suivent connaissent également beaucoup de succès. En 2005 et 2006, l'humoriste et sa femme présentent Judy et Yvon font une scène dans plusieurs villes du Québec. Ce spectacle remporte le Félix du spectacle Humour de l'année au gala de l'ADISQ 2006. À l'automne 2006, Yvon Deschamps vend le Manoir Rouville-Campbell. Il continue de présenter des spectacles avec sa femme. Il présente son dernier monologue en public au Festival Juste pour rire à l’été 2007.

Très impliqué socialement, Yvon Deschamps a mis sur pied la Fondation Yvon-Deschamps et s’occupe activement d’organismes humanitaires, dont OXFAM et Le Chaînon. Avec d’autres humoristes, il s’est impliqué, en 1994, dans la survie du musée Juste pour rire.

Prix et récompenses

En 1987, l’ADISQ lui remet son Félix-témoignage pour souligner l’apport important de son œuvre au monde du spectacle québécois. Il a été nommé Chevalier de l'Ordre national du Québec en juin 2001. Il a reçu en 2011 le Prix du gouverneur général du Canada pour les Arts du spectacle.

 

Robert Thérien
8 juin 2012


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