L'Osstidcho - Les bandes audio retrouvées.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Les acteurs

Paul Buissonneau

Interprète, comédien, metteur en scène et administrateur.
Paris, 24 décembre 1926.

Paul Buissonneau fumant.Bien qu’on le pousse vers un « vrai » métier, Paul Buissonneau s’intéresse très jeune au monde du spectacle. Il rencontre René Lamoureux qui l’initie aux arts et l’introduit auprès de Léon Chancerel, un homme de théâtre déjà connu en France. Buissonneau fait un peu de théâtre tout en travaillant en atelier. C’est comme régisseur et homme à tout faire qu’il entreprend sa première tournée en France, celle qui fera de lui un professionnel. En 1946, Chancerel, qui était connu également à la radio, lui demande de jouer le rôle du Christ dans un feuilleton radiophonique. Et un miracle va se produire.

René Lamoureux s’occupe depuis 1942 d’un groupe de chanteurs qui s’appelaient au départ Les Compagnons de la musique. Ils sont devenus depuis mars 1946 les Compagnons de la chanson. Leur carrière est en pleine ascension et l’un des neuf membres vient de quitter inopinément le groupe. Un peu grâce à Lamoureux, Buissonneau est engagé! Il demeurera 4 ans avec le groupe, quatre années marquées par les premiers grands succès avec Édith Piaf (Les trois cloches). Il fait ses premières tournées en Europe et à la fin de 1947, sa première visite en Amérique à New York, Miami et Boston avec Édith Piaf. Paul se lie d’amitié avec Fred Mella, le soliste du groupe. En septembre 1948, les Compagnons et Piaf se retrouvent en Amérique francophone, à Montréal, au Monument national. C’est là qu’il rencontre une première fois Françoise Charbonneau qui deviendra sa femme. Son copain Fred est ébloui par une comédienne locale, Suzanne Avon qui deviendra son épouse. Quelques aller-retour, des frictions au sein des Compagnons et Buissonneau quitte officiellement le 17 août 1950 et revient au Québec avec sa femme. Il y prendra une part active au développement du théâtre amateur et professionnel par sa double activité de fonctionnaire municipal (1952-1984) et de directeur artistique du Théâtre de Quat’Sous (1965-1984).

Alors que Buissonneau se morfond comme vendeur de disques chez Archambault, Claude Robillard, surintendant général des parcs de la ville de Montréal, l'invite à mettre sur pied la Roulotte. Cette scène ambulante qui circule l’été dans les parcs de la ville initiera gratuitement au théâtre des générations d'enfants et servira d'école à un grand nombre de jeunes artistes, dont Yvon Deschamps, Claude Léveillée, Robert Charlebois, Jean-Louis Millette, Jean Perreault et François Barbeau. Comme moniteur à la ville, Buissonneau rassemble et anime dès 1955 une troupe d'amateurs qu’il appelle le Théâtre de Quat’Sous. Avec elle, il connaîtra ses premiers succès de metteur en scène au Festival national d'art dramatique proposant des pièces où son imagination et sa fantaisie font merveille : Orion le tueur (1956) de Jean-Pierre Grenier et Maurice Fombeure et La tour Eiffel qui tue (1957) de Guillaume Hanoteau. Pour élargir les services de la ville aux amateurs, il crée L'Atelier (1958) et y présente des ateliers pour les étudiants. Il inaugure également, au Centre dramatique, des cours d'initiation au mime et à l'expression corporelle (1959), techniques qu'il a lui-même pratiquées à Paris avec des disciples de Chancerel. En 1981, il participe à l'implantation des Maisons de la culture.

En 1964, il acquiert avec Claude Léveillée, Yvon Deschamps et Jean-Louis Millette une ancienne synagogue de la rue Des Pins qu’ils transforment en un joli théâtre de 160 places, inauguré en 1965 et dont il assume la direction artistique. Après quelques années d'une programmation française contemporaine, fantaisiste et légère, le directeur artistique du Théâtre de Quat’Sous ouvre sa scène au théâtre québécois, alors en pleine effervescence chez la jeune génération.

Paul Buissonneau, directeur du Théâtre de Quat'Sous.Au printemps de 1968, il accueille son ami Yvon Deschamps complètement ruiné après une faillite et lui demande de s’occuper de trouver « quelque chose » pour la dernière présentation de la saison 1967-68 du Théâtre de Quat’Sous. Michel Tremblay et André Brassard leur proposent Les Belles-soeurs, mais les coûts de production d’une pièce avec 15 comédiennes dépassent les budgets du Théâtre déjà fortement endetté. En désespoir de cause, Deschamps propose une revue avec Louise Forestier et Robert Charlebois qu’il connaissait depuis l’École nationale de théâtre.

Charlebois n’est pas chaud à l’idée et exige qu’on le laisse travailler avec les musiciens du Jazz libre du Québec. Il ne reste que quelques semaines avant la première. Charlebois et Forestier ont de nouvelles chansons accrocheuses, mais avec un style inhabituel au Québec, faisant une large part au « joual » (langage populaire). Deschamps avait déjà écrit des textes de sketches pour des revues qu’il avait faites avec Clémence Desrochers l’année précédente. Il y avait créé en essence le personnage de l’ouvrier exploité et du bon boss. Il écrit des textes d’enchainement entre les chansons, mais rien ne fonctionne.

Buissonneau est appelé à la rescousse. Il tente d’insuffler un peu de rigueur dans ce groupe anarchique, mais se heurte à Charlebois qui veut aller dans le sens de l’improvisation et du « happening ». La tension monte et Buissonneau abandonne : « Arrangez-vous avec, votre hostie d’show!!! ». Un peu paniquée, la troupe tente quand même d’écrire de petits sketches d’enchainement entre les chansons. La scène du « bon boss » dans laquelle Deschamps espérait intégrer les trois autres se transforme finalement en monologue de Deschamps trois jours avant la première. Ce qui aurait pu être un « four » monumental finit par fonctionner au-delà des espoirs les plus fous.

Les réactions sont très partagées. Ceux qui s’en tiennent au contenu trouvent que c’est une « médiocre revue de collège ». D’autres sont subjugués par la forme nouvelle et créatrice, une sorte de libération des structures habituelles. La revue tient l’affiche pendant un mois et attire l’attention sur le Théâtre de Quat’Sous.

Après l'Osstidcho, les créations collectives s'y succèdent. Les spectateurs y découvrent avec ferveur, dans des mises en scène d'André Brassard, plusieurs pièces de Michel Tremblay, dont À toi pour toujours, ta Marie-Lou. Michel Garneau, Marc Drouin, Normand Chaurette , René-Daniel Dubois, alors à leurs débuts, y sont accueillis de même que nombre de jeunes troupes, dont Omnibus et le Théâtre Ubu.

Parmi les mises en scène les plus remarquées de Buissonneau, il faut signaler Faut jeter la vieille (Théâtre du Nouveau Monde, 1969) de Dario Fo, adaptation de Buissonneau et Jean-Louis Roux, La crique (Théâtre de Quat’Sous, 1978) de Guy Foissy, L'oiseau Vert de Gozzi (TNM, 1998) et Les Chaises (Théâtre du Rideau Vert, 2000) de Ionesco.

Buissonneau signe aussi des mises en scène d'opéra à la télévision de Radio-Canada. L'une d'elles, Le barbier de Séville, opéra de Rossini, réalisation de Pierre Morin, lui vaut, en 1965, un Emmy Award de New York. Pour les enfants, il crée et interprète, pendant près de 20 ans, le merveilleux personnage de Picolo de La Boîte à surprises (1954).

En 1984, il abandonne la direction artistique du Théâtre de Quat’Sous de même que son poste de fonctionnaire à la ville. Il reçoit, en 1976, le prix Victor Morin pour sa contribution au théâtre et en 1998, le prix du Gouverneur général du Canada. En 1991, il publie Les comptes de ma mémoire.

En 1998, il reçoit le prix du gouverneur général pour les arts de la scène. En 2001, il reçoit le Prix Denise-Pelletier, accordé par le gouvernement du Québec à un artiste pour l'ensemble de son oeuvre et de sa carrière dans le domaine des arts de la scène. L’École nationale de théâtre lui décerne, en 2009, le Prix Gascon-Thomas, institué en 1990 à la mémoire de Jean Gascon et de Powys Thomas, deux fondateurs de l'École nationale de théâtre. Ce prix récompense chaque année un artiste des deux langues officielles pour sa contribution exceptionnelle au développement du théâtre au Canada.

La Ville de Montréal a installé une murale (œuvre de Laurent Gascon) en hommage à Paul Buissonneau à l’angle des rues Beaudry et Ontario à Montréal. La Ville a également institué un Prix Paul-Buissonneau qui vise à souligner la contribution remarquable d’un individu, d’une troupe amateur ou d’un organisme au développement du théâtre amateur montréalais. La salle de spectacle du Centre culturel Calixa-Lavallée (dans le parc Lafontaine à Montréal) porte le nom de Paul Buissonneau.

 

Robert Thérien
8 juin 2012


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