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Les premières photographies aériennes du Québec

E21 Ministère des Terres et Forêts, série Compagnie aérienne franco-canadienne (E21, S110, SS1, SSS1)


HautQuelques jalons de l'histoire de la photographie aérienne

Fruit d'une longue évolution, la photographie aérienne a servi, depuis ses débuts, une foule de disciplines scientifiques telles l'archéologie, la cartographie et la géographie. Elle a également joué un rôle fondamental dans le renseignement militaire depuis la Première Guerre mondiale. Au Québec et au Canada, elle a contribué tout particulièrement à l'élaboration d'inventaires des ressources naturelles, tels les relevés forestiers qui seront réalisés dès les années 1920.

Forêts et cotes gaspésiennes

Forêts et cotes gaspésiennes /
BAnQ Québec, Fonds Ministère des Terres et Forêts 
(E21,S110,SS1,SSS1,PP1-8)

L'histoire de la photographie aérienne débute en France en 1858. L'un des plus célèbres portraitistes de l'époque romantique, le photographe Nadar, Gaspard Félix Tournachon de son vrai nom (il fut également caricaturiste, journaliste, dessinateur et aéropostier), réalise la première photographie aérienne de l'histoire, à l'aide d'un ballon captif à 80 mètres du sol. C'est un cliché du Petit Bicêtre, au sud de Paris. L'exploit de celui qui inspirera le personnage du savant-aventurier Michel Ardan (De la terre à la lune et Autour de la lune) de Jules Verne est suivi de près par celui de l'Américain James Wallace Black qui photographie la ville de Boston à une altitude de plus de 400 mètres à l'aide d'un ballon et d'un appareil de sa conception. En 1888, Arthur Batut prend la première photographie sous un cerf-volant, une technique que perfectionne par la suite Émile Wenz en introduisant notamment le déclenchement par fil. Par contre, il faudra attendre la Première Guerre mondiale, avec le développement de l'aviation et les besoins en renseignements militaires, pour que la photographie aérienne prenne réellement son essor.

Ville de Québec et sa haute-ville - Château Frontenac - l'hôtel du Parlement

Château Frontenac - l'hôtel du Parlement, [Vers 1927] 
BAnQ Québec, Fonds Ministère des Terres et Forêts
(E21,S110,SS1,SSS1,PK126)

Au Canada, c'est à partir des années 1920 que le gouvernement fédéral utilise la photographie aérienne pour cartographier le territoire et réaliser des inventaires forestiers. C'est grâce au don de quelques hydravions (Vickers Viking) par la Grande-Bretagne, mais surtout aux techniques développées par l'arpenteur général Edouard-Gaston Deville depuis les années 1880, que le gouvernement pourra effectuer des missions d'arpentage et de cartographie d'un bout à l'autre du Canada. Convaincu que la photographie pouvait faciliter les levés en terrain accidenté, Deville avait développé, pour l'arpentage des Rocheuses en 1886, un appareil photo de terrain, léger et robuste, pour la prise d'images en haute altitude. Il mit au point ce que l'on appela la technique de phototopographie ou photogrammétrie qui consistait à prendre des images des sommets en mesurant chaque image par rapport à la station d'arpentage, puis à établir, à partir de ces données, des cartes géographiques. Cette technique fut diffusée dans le monde entier et, dans les années 1920, une copie de son appareil servit même à cartographier le versant nord de l'Everest. Soulignons que pendant 30 ans, le gouvernement canadien utilisera l'appareil d'Edouard Deville à bord de ses aéronefs et que de son vivant (il est décédé en 1924), les arpenteurs canadiens ont eu recours à sa technique pour cartographier pas moins de 83 678 km². À la fin des années 1920, cette technique sera également utilisée par la Compagnie aérienne franco-canadienne et le comte Jacques de Lesseps afin de cartographier la Gaspésie.

 

HautLe comte Jacques de Lesseps : les débuts de la photographie aérienne au Québec

Ministère des Terres et Forêts, série  CAFC

Presqu'Île de Forillon, comté Gaspé-Est, [Vers 1927] 
BAnQ Québec, Fonds Ministère des Terres et Forêts
(E21,S110,SS1,SSS1,PP1-35)

Le comte Jacques de Lesseps est sans doute l'un des personnages les plus passionnants de l'histoire mondiale de l'aviation. Fils cadet du vicomte Ferdinand de Lesseps (célèbre diplomate français à l'origine de la construction du canal de Suez, de 1859 à 1869, et du canal de Panama) et élève de Louis Blériot, il figure au nombre des pionniers tels les frères Wright et Roland Garros.

En effet, trois mois à peine après avoir appris à piloter, il devient le premier pilote à voler et à atterrir de nuit (décembre 1909) et 10 mois après l'exploit de Blériot, il est le deuxième à réussir une traversée de la Manche (mai 1910). D'ailleurs, lors de la Première Guerre mondiale, le comte de Lesseps est un précurseur des vols de nuit et livre les premiers combats nocturnes contre les zeppelins qui attaquent Paris. Au total, Lesseps réalise 95 missions de bombardement de nuit, en plus des vols photographiques et de reconnaissance. Héros de guerre, Lesseps reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur, huit citations de bravoure, ainsi que la Distinguished Service Cross américaine.

Au Québec, Lesseps va jouer un rôle majeur dans le développement de l'aviation commerciale et de la photographie aérienne. Dès 1910, il se fait connaître auprès du public québécois. Vedette invitée du deuxième rassemblement aérien mondial qui se tient à Montréal à la fin de juin 1910, le comte de Lesseps en met plein la vue aux Montréalais. Les journaux vantent ses prouesses et sa pleine maîtrise de son appareil : « il fait frissonner et haleter les foules par ses plongeons périlleux et […] remet son oiseau mécanique en position horizontale et atterrit avec la grâce, la légèreté d'un pigeon » (La Presse, 27 juin 1910). À bord du Scarabée, le monoplan avec lequel il a traversé la Manche, il survole Montréal et réalise en 49 minutes un vol de 58 km.  Les Mohawks de Kahnawake, qui l'ont vu voler, l'invitent même à une cérémonie et l'honorent du nom de Tehanerahontsowaner, « le chef aux grandes ailes ». Lesseps se signale ensuite aux spectacles aériens de Toronto (juillet 1910) et de New York (octobre 1910) où il devient le premier homme à survoler la statue de la Liberté, statue que son père, Ferdinand de Lesseps, avait remise au président Cleveland en 1886, au nom du gouvernement français.

Après la guerre, Lesseps travaille avec la Compagnie aérienne française (CAF) au développement de la technique de la photographie aérienne. Spécialisée dans la photogrammétrie, la CAF est choisie en 1926 par le ministre des Terres et Forêts de la Province de Québec pour réaliser le levé général du territoire de la Gaspésie. Ayant pour objectif de dresser l'inventaire des forêts gaspésiennes, le gouvernement du Québec cherche alors un moyen plus efficace que les relevés topographiques, longs et difficiles à réaliser dans une Gaspésie immense et très accidentée. Selon l'entente avec la CAF, celle-ci doit réaliser des photographies aériennes obliques et panoramiques et dresser une carte générale du territoire à l'échelle de 40 chaînes au pouce.

Chef pilote et directeur d'exploitation, Lesseps établit une hydrobase principale à Gaspé et une seconde à Val-Brillant, sur les rives du lac Matapédia. Ses missions photographiques, qui se déroulent pendant les étés 1926 et 1927, serviront à la cartographie du territoire gaspésien, mais aussi à produire des cartes postales (grâce à ses images réalisées en basse altitude, près de 800 cartes postales de villages gaspésiens seront imprimées à Paris). L'efficacité de Lesseps (plus de 200 heures de vol) permettra à la CAF de couvrir, en 1926, une superficie de 9 800 km². En 1927, ce sera plus de 15 000 km². Au total, jusqu'en 1931, la Compagnie aérienne aura photographié plus de 80 000 km² de territoire.

Malheureusement, les missions photographiques de Lesseps ne sont pas seulement marquées du sceau du succès. Le gouvernement fédéral, qui revendique la compétence exclusive en aéronautique, s'oppose à ce que le Québec ait recours à une compagnie étrangère. Ottawa demande à la CAF de créer une filiale canadienne, mais surtout d'avoir recours à des pilotes et à des ingénieurs qui sont sujets britanniques. La CAF crée la Compagnie aérienne franco-canadienne (CAFC) en 1926 et demande des certificats temporaires pour ses pilotes en insistant sur la réputation internationale de son chef pilote; mais Ottawa demeure intraitable sur ce point. À l'automne 1926, l'affaire dégénère en véritable conflit constitutionnel et les journaux se mêlent du dossier. Le Daily Star tente même à plusieurs reprises de discréditer Lesseps afin de faire fléchir le gouvernement québécois sur cette question.

En 1927, cette affaire connaît un dénouement tragique. Convoqué à Val-Brillant par le ministre des Terres et Forêts, Lesseps, qui tient à défendre son honneur, décolle le 18 octobre de Gaspé malgré des conditions climatiques défavorables. Quelques heures plus tard, on entend l'avion au-dessus de Val-Brillant, mais la brume l'empêche d'atterrir. On fait alors sonner les cloches de l'église et on braque vers le ciel les projecteurs de la compagnie de chemin de fer pendant toute la nuit. Le comte ne se posera jamais. Trois jours plus tard, on retrouve son appareil presque intact près de Matane, mais sans trace du pilote ni de son mécanicien. Ce n'est qu'un mois plus tard, sur une plage de la côte ouest de Terre-Neuve, qu'est retrouvé le corps de Lesseps. En 1932, une sculpture fut érigée en son honneur à Gaspé par diverses personnalités publiques et proches amis, tel Olivar Asselin. Premier homme à admirer la Gaspésie du haut des airs, Lesseps était fasciné par les charmes de la péninsule et c'est d'ailleurs selon ses vœux que « l'homme aux grandes ailes » fut enterré à Gaspé, le 14 décembre 1927.

 

Haut À propos de la Compagnie aérienne franco-canadienne et ses photographies

Filiale de la CAF, la Compagnie aérienne franco-canadienne (CAFC), ayant son siège social à Montréal, a été constituée en corporation par lettres patentes le 3 juillet 1926 pour « exploiter toutes les applications actuelles et future de la navigation aérienne, notamment, la photographie aérienne sous toutes formes, le transport (particulier ou en commun) des personnes et des marchandises. » (Lettres patentes ou chartes de compagnies incorporées, Libro 117, folio 34; Fonds Secrétariat de la Province, BAnQ Québec) La dissolution de la compagnie fut effective le 5 mai 1967.

 

La série de photographies de la Compagnie aérienne franco-canadienne comprend 1100 photographies aériennes réalisées entre 1926 et 1928. Il s'agit des toutes premières photographies aériennes du Québec. On y trouve principalement des photos de la péninsule gaspésienne, mais également plusieurs images des villes de Québec et de Montréal et quelques-unes de l'île d'Orléans. Ces photographies aériennes, prises assez souvent à très basse altitude, sont remarquables et d'une incroyable beauté.

 

Pour en savoir plus :

AMAR, Pierre-Jean, Histoire de la photographie, Paris, Presses universitaires de France, 1997, 128 p. Collection « Que sais-je? », 3142.

BÉLANGER, Jules, « Du nouveau au sujet de Jacques de Lesseps », Gaspésie,  vol. XXX, no 1, (mars 1991), p. 6-13.

« Bref historique de la photographie aérienne au Canada », site du Gouvernement du Canada, Ressources naturelles Canada, 2004, [En ligne], http://airphotos.nrcan.gc.ca/hist_f.php (Page consultée le 1er mars 2006).

FALLU, Jean-Marie, « L'homme qui venait du ciel », Géographica, site du magazine L'actualité, [En ligne], http://www.lactualite.com/geographica/article.jsp?content=20000201_140011_3011(Page consultée le 1er mars 2006).

GERVAIS, Thierry, « Un basculement du regard. Les débuts de la photographie aérienne, 1855-1914 », Études photographiques, 9 (mai 2001).

JARRELL, Richard A., « Deville, Edouard », Dictionnaire biographique du Canada en ligne, Université Laval / Toronto University, 2004, site de Bibliothèque et Archives Canada, http://www.biographi.ca/FR/ShowBio.asp?BioId=41942&query=deville (Page consultée le 1er mars 2006).

PÉRIO, Émile, Jacques de Lesseps, la noblesse du vol. Une épopée aérienne franco-canadienne, Paris, Athanor, 1990, 220 p.

« Pionnier : Edouard-Gaston Deville (1849-1924) », site du Gouvernement du Canada, Ressources naturelles Canada, 2005, [En ligne], http://www.nrcan-rncan.gc.ca/inter/trailblazers/deville_f.html (Page consultée le 1er mars 2006).

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