Allocution de Guy Berthiaume, président-directeur général de BAnQ, devant le Cercle canadien de Montréal

La Grande Bibliothèque : le coeur de la ville créative

Distingués membres de la Table d'honneur,
Mesdames et Messieurs,

Je tiens tout d'abord à remercier le Cercle canadien de Montréal et son président, monsieur John Godber, de m'avoir invité ce midi.

Ce n'est pas tous les jours qu'un dirigeant d'organisme culturel a le privilège de parler devant la communauté d'affaires de Montréal. Et c'est pourquoi j'apprécie pleinement l'invitation qui m'a été faite de partager avec vous les réalisations et les enjeux de la Grande Bibliothèque.

La Grande Bibliothèque fait partie d'une institution plus grande, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), qui a été formée par des fusions successives qui lui ont conféré les trois mandats qui composent sa mission.

Premièrement, BAnQ comprend la Grande Bibliothèque, qui a été créée en 1998 et qui a ouvert ses portes en 2005.  L'objectif était de doter le Québec d'une grande bibliothèque publique, répondant aux exigences les plus élevées en termes de services aux citoyens.

Puis, en 2001, avant même que la Grande Bibliothèque n'ouvre ses portes, elle a été fusionnée à la Bibliothèque nationale du Québec, qui, elle, avait été créée en 1967.

La Bibliothèque nationale est responsable du dépôt légal et elle a la vocation de rassembler, de conserver et de diffuser tout ce qui se publie au Québec, que ce soit les livres, les journaux, les revues, les CD de musique, les films, les affiches, les cartes postales ou les estampes d'artistes. On y retrouve une collection de plus de trois millions de documents, ce qui fait de BAnQ à la fois la gardienne des trésors patrimoniaux et la détentrice de la mémoire éditoriale du Québec.

Le réseau des archives nationales, qui conserve près de 60 kilomètres linéaires de documents, a été fusionné à la nouvelle Bibliothèque nationale, le 31 janvier 2006. Le réseau des centres d'archives est présent dans 10 villes du Québec – Gaspé, Gatineau, Montréal, Québec, Rimouski, Rouyn-Noranda, Saguenay, Sept-Îles, Sherbrooke et Trois-Rivières – et c'est un instrument unique de préservation de notre mémoire collective.

Et pour compléter le portrait de famille, j'ajoute que nos services virtuels, qui sont disponibles jour et nuit, reçoivent plus de 5 millions de visites par année.

Depuis l'ouverture de la Grande Bibliothèque, en mai 2005, ce sont plus de 23 millions de visiteurs qui ont franchi ses portes, soit près de 10 000 personnes par jour. Cet achalandage fait d'elle la bibliothèque la plus fréquentée en Amérique du Nord, de même que la plus fréquentée de la Francophonie et, bien sûr, la destination culturelle la plus visitée à Montréal.

Pour vous donner une idée de ce que représentent 2,67 millions de visiteurs annuellement, je vous rappelle : que le Centre Bell – hockey et spectacles – est fréquenté par 1,85 million de spectateurs par année, que l'Espace pour la vie (Biodôme + Insectarium + Jardin botanique + Planétarium) reçoit 1,7 million de visiteurs annuellement et que tous les musées d'art du Québec combinés ont 1,5 million de visiteurs chaque année.

J'ai intitulé mon allocution de ce midi La Grande Bibliothèque : le cœur de la ville créative. En homme de lettres, permettez-moi de vous expliquer pourquoi j'ai choisi chacun de ces mots.

Tout d'abord, dans l'expression « cœur de la ville », j'utilise le mot cœur dans son sens géographique.

Parce que la première raison du succès de la Grande Bibliothèque, comme on dit dans le domaine de l'immobilier, c'est son emplacement : location, location, location!

Rappelons-nous qu'au moment où l'on discutait de son futur emplacement, deux écoles de pensée s'affrontaient :

  • d'une part, ceux qui souhaitaient voir la bibliothèque intégrer le quartier de la Place des Arts, le Lincoln Centre de Montréal, où logent l'opéra, l'orchestre symphonique, le Musée d'art contemporain et plusieurs troupes de théâtre;
  • d'autre part, ceux qui souhaitaient que l'édifice soit construit dans le Quartier latin, sur la plaque tournante du métro, là où trois des quatre lignes du métro se croisent et où transitent quotidiennement plus de 500 000 personnes.

Heureusement, ce sont ces derniers qui ont eu raison.

Non seulement la Grande Bibliothèque est bâtie sur la station Berri-UQAM, mais elle y est reliée par un accès direct qui permet à ses usagers de passer du métro à la bibliothèque sans avoir à passer par l'extérieur. Cet emplacement stratégique qui sert si bien ses usagers a également permis à la Grande Bibliothèque de devenir une attraction touristique importante de notre métropole et de créer un achalandage qui, d'un point de vue économique, sert bien les commerces d'un quartier qui en a grand besoin.

Et, au-delà de cet aspect géographique, la localisation de la Grande Bibliothèque au cœur de la ville lance un signal fort d'ouverture à l'ensemble de la communauté : toutes les couches de la société s'y sentent chez elles.

Peu importe que nos clients soient jeunes ou vieux, Québécois d'origine ou nouveaux arrivants, qu'ils soient francophones, anglophones ou allophones, tous savent que les ressources de la bibliothèque sont là pour eux et qu'elles leur appartiennent. Dans ce sens-là, la Grande Bibliothèque puise son inspiration dans le modèle des bibliothèques publiques nord-américaines. Un modèle qui rappelle les vers célèbres du poème d'Emma Lazarus qui sont gravés sur le piédestal de la Statue de la Liberté.

Et je cite : Give me your tired, your poor, your huddled masses yearning to breathe free que je traduis librement comme suit : À moi les masses épuisées, pauvres et entassées qui rêvent de liberté.

En vertu de ce modèle, les bibliothèques publiques ne se contentent pas de conserver des documents et d'y donner accès, mais elles dispensent aussi des services, en particulier des services qui visent l'inclusion sociale et la liberté intellectuelle.

Ces lieux de culture et de partage sont aussi, et de plus en plus, des lieux d'acquisition de compétences, de perfectionnement et de sociabilité, pivots essentiels et démocratiques de notre société du savoir. Leur rentabilité économique, culturelle et sociale n'est plus à démontrer.

Des études ont montré que le retour sur investissement des bibliothèques publiques se situe entre 3 $ et 6,54 $ pour chaque dollar investi.

La Grande Bibliothèque est aussi le cœur de la ville parce qu'elle joue le rôle de plaque tournante et de carrefour pour la vie culturelle montréalaise.

En matière de diffusion culturelle et de développement des publics, je crois d'ailleurs que la Grande Bibliothèque est dans la position exactement inverse de celle de nos grandes institutions. Je m'explique. Les grandes institutions culturelles qui ont du succès utilisent de plus en plus des éléments de la culture populaire ou mainstream pour intéresser de nouvelles clientèles.

Le Musée des beaux-arts de Montréal s'est fait une spécialité de ces heureux croisements : tout d'abord avec la musique – l'expo We want Miles, l'expo Imagine avec Yoko Ono, les albums des Rolling Stones dans l'expo Warhol Live – et encore avec la mode, en exposant Yves Saint-Laurent et Jean Paul Gaultier.

Autre exemple, le musée Pointe-à-Callière, qui consacre actuellement une exposition au passage des Beatles à Montréal, le 8 septembre 1964.

Les Grands Ballets, qui avaient été avant-gardistes avec Tommy des Who en 1970, accueillaient récemment Love Lies Bleeding, un hommage à la musique d'Elton John dansé par l'Alberta Ballet.

Cette stratégie de médiation culturelle est particulièrement efficace et il faut féliciter les responsables de ces institutions de leurs initiatives.

La Grande Bibliothèque est, quant à elle, dans la position inverse.

Nous avons une affluence extraordinaire et nos usagers sont là principalement pour emprunter des best-sellers, des films, des séries de télé, des CD de musique populaire et des jeux vidéo. Nos deux millions et demi de visiteurs sont de grands consommateurs de culture populaire ou mainstream. Et c'est sans aucun mépris pour cette forme de culture mainstream que, dans une démarche de « démocratisation culturelle », nous voulons amener nos usagers à élargir leurs horizons, en leur proposant des produits de « haute culture », pour employer une expression qui est bien décriée, mais qui reste bien utile.

C'est pourquoi nous accueillons à bras ouverts l'Opéra de Montréal et l'Orchestre symphonique de Montréal, qui sont ravis de venir à la Grande Bibliothèque rencontrer de nouveaux publics.

C'est pourquoi j'anime la série La bibliothèque de… qui permet à Marc Labrèche de faire découvrir Herman Hesse à ses fans et à Daniel Lemire de parler de l'auteur chilien Luis Sepúlveda devant ses admirateurs.

C'est pourquoi le Festival international de la poésie de Trois-Rivières poursuit chez nous, quatre fois par année, son entreprise formidable visant à rendre la poésie accessible à tous.

Et on pourrait parler encore de notre exposition sur Gérald Godin, de celle sur les livres de la Renaissance, ou de celle sur le philosophe Raymond Klibansky, réalisée avec la collaboration de l'Université McGill.

* * *

Voilà pour le cœur de la ville.

Mais, dans mon titre, je mentionne aussi que la Grande Bibliothèque est le cœur de la « ville créative ».

Pour m'expliquer du choix du mot créative, je vais faire un détour par une question, une question qui est la suivante : comment se fait-il qu'on assiste à un tel engouement pour les lieux physiques de la Grande Bibliothèque, alors que nous vivons à une époque où l'accès à l'information se fait par Internet et où nos usagers peuvent télécharger des livres électroniques sur leurs tablettes de lecture sans quitter la maison?

Pourquoi les gens se déplacent-ils pour venir à la bibliothèque ?

Parce que les grandes bibliothèques du XXIe siècle, comme celle d'Amsterdam, celle de Seattle et celle de Vancouver, pour ne mentionner que les plus connues, offrent à leurs visiteurs beaucoup plus que des collections de documents.

Comme la vidéo que je vous ai montrée tout à l'heure en témoigne, les bibliothèques sont aussi de véritables plateformes de créativité (creative hub) où l'on retrouve des ateliers de formation, des conférences, des lectures publiques, des débats, des expositions, des spectacles, des récitals, une foule d'activités qui contribuent au bouillonnement intellectuel de notre société.

Comme l'a bien écrit ma collègue Marie D. Martel, les bibliothèques du XXIe siècle passent de « l'âge de la formation » à « l'âge de la participation », un âge dans lequel la bibliothèque est « un laboratoire technologique et social où les citoyens expérimentent et interagissent entre eux ou avec les professionnels ».

C'est pourquoi les villes qui veulent être créatives et baser leur développement sur le dynamisme de leurs entrepreneurs se dotent de bibliothèques d'importance. J'ai nommé Vancouver, Amsterdam et Seattle. Je pourrais ajouter Singapour, Malmö et Helsinki. Toutes ces villes reconnaissent dans leurs stratégies de développement que les bibliothèques sont des vecteurs essentiels d'une économie basée sur la circulation des idées.

* * *

Pour répondre aux attentes de ses clients et pour continuer à jouer pleinement son rôle de cœur de la ville créative au cours des années à venir, la Grande Bibliothèque doit se réinventer et passer à « l'âge de la participation ».

C'est pourquoi nous travaillons actuellement à reconfigurer le rez-de-chaussée de notre édifice. Nous voulons que nos clients s'y sentent aussi à l'aise que dans leur salon ou dans un café. Ils trouveront chez nous un lieu convivial et accueillant, tant pour le bouquinage et la découverte que pour la sociabilité. Et ils trouveront aussi à la Grande Bibliothèque des services améliorés, adaptés et en mode autonome.

Pour nous, il s'agit de changer complètement de paradigme et de penser cet espace à partir des gens et non pas à partir de nos collections de documents.

Pour donner un autre exemple de notre intention de répondre aux attentes de nos usagers, nous allons mettre en place, avec l'aide de la Banque Nationale, un Fab Lab littéraire. Le Fab Lab Banque Nationale va permettre aux jeunes de tout le Québec d'apprivoiser le livre et la lecture en les invitant à créer eux-mêmes un récit, ou un scénario, ou une bande dessinée, grâce à des logiciels disponibles en ligne. Et les livres numériques créés par nos Michel Tremblay en herbe seront soumis à un jury et les finalistes de tout le Québec seront invités à passer une fin de semaine festive à la Grande Bibliothèque.

Pour arriver à réinventer nos lieux physiques et virtuels afin de répondre aux besoins changeants de notre société, nous avons lancé une première campagne de collecte de fonds qui sera proprement transformationnelle.

Cette campagne de financement qui nous permettra de passer résolument au XXIe siècle est présidée par nul autre que Louis Vachon, le président et chef de la direction de la Banque Nationale.

Personnalité financière de l'année 2012, selon la Finance et Investissement, Louis est celui que l'on a surnommé «  le banquier amoureux des bouquins » à cause de sa passion pour la lecture et les livres anciens. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait accepté de s'associer à Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Comme on retrouve à la Grande Bibliothèque pas moins d'un million et demi de livres, nous avons de quoi satisfaire la passion de Louis pour quelques années encore.

Autour de Louis Vachon, on retrouve des bénévoles comme : Sébastien Bélair de la Banque Nationale, Martin Carrier de Warner Bros Games – notre voisin de la Place Dupuis –, Martin Imbleau de Gaz Métro et Christian Jetté des Éditions CEC qui sont ici ce midi, de même que d'autres personnalités du monde des affaires qui partagent toutes la vision d'une économie basée sur la circulation des idées et de la connaissance. Je les remercie tous de la confiance qu'ils portent à Bibliothèque et Archives nationales et à sa capacité de demeurer le cœur de la ville créative.

Et je me permets d'espérer que leur exemple vous convaincra de la place importante que joue la Grande Bibliothèque dans le développement économique et social de Montréal.

Merci.

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.