11 juin 2005

Anne-Marie Alonzo – 1951-2005

Montréal, le 11 juin 2005 – Avec le décès d'Anne-Marie Alonzo, le Québec est en deuil de l'une des paroles féminines les plus fortes des deux dernières décennies de sa littérature et de l'une des figures les plus actives de sa scène culturelle. Née à Alexandrie (Égypte) en 1951, Anne-Marie Alonzo s'installe au Québec avec sa famille en 1963. Elle fait de longues études en littérature à l'Université de Montréal et obtient un doctorat en 1986 avec une thèse sur l'écrivaine française Colette. Quelque temps professeure en création littéraire, elle se consacre ensuite entièrement à l'écriture et à diverses activités d'édition, d'animation et de création. Cofondatrice et codirectrice de la revue culturelle Trois (1985-1999) et des éditions du même nom, elle en deviendra ultérieurement l'unique propriétaire et directrice. Sous son égide naît également en 1989 le Festival de Trois, seul événement littéraire de longue durée en période estivale.

Anne-Marie Alonzo a signé des textes de fiction et des poèmes, mais également des commentaires et des articles pour nombre de périodiques, dont La Nouvelle Barre du jour, Lèvres urbaines, Possible(s), Estuaire, La Gazette des femmes et La Vie en rose. Elle est l'auteure de 18 livres (cinq en collaboration), depuis Geste, recueil poétique paru à Paris en 1979, jusqu'à …et la nuit, douloureux hommage à la mère disparue, publié chez Trois en 2001. Son recueil Bleus de mine, retour à l'enfance et à l'Égypte mais surtout travail de deuil, lui vaut le Prix Émile-Nelligan en 1985. La pièce Galia qu'elle nommait amour, rencontre de deux femmes à la quête d'elles-mêmes, lui mérite le Grand Prix d'excellence artistique de Laval en 1992.

Encore trop peu étudiée, l'œuvre d'Anne-Marie Alonzo a fait l'objet d'un numéro spécial de la revue Voix et images en 1994 et d'un tout récent collectif, Les secrets de la sphinxe, publié aux Édition du remue-ménage en 2004. Paralysée depuis l'âge de 14 ans, l'écrivaine pratique une écriture de la survie et explore le thème de la marginalité :

Différente dès la venue au monde, différente dissemblable marginale aussi, qui suis-je multipliée par trois : femme – immigrante – handicapée, de tous mes yeux bleus verts bruns, de toutes mes langues et couleurs de toutes mes peaux moi qui ne suis ni noire ni blanche mais entre deux.
(« Ce qui de moi s'évade », 1991)

Au cœur de sa vie, l'immobilité est aussi au cœur de son œuvre. Anne-Marie Alonzo est bouleversée par la façon dont Hélène Cixous aborde ce thème dans Préparatifs de noces au-delà de l'abîme (1978) et fait de cette auteure son égérie. Dans L'immobile (1990), où elle s'adresse par lettre à des amies chères (Ludmilla Chiriaeff, Andrée Lachapelle, Françoise Loranger, Louise Marleau et quelques autres), elle passe par l'écriture pour mieux comprendre sa propre immobilité. Au lieu de refuser ce thème, même si d'aucuns lui reprochent d'y confiner son écriture, elle choisit de lui maintenir une place de choix dans ses textes et en fait le nœud de Galia qu'elle nommait amour.

Dans l'œuvre d'Anne-Marie Alonzo s'observe un jeu de complicité qui fait se répondre entre eux ses propres textes, mais aussi ses textes et ceux des autres, un jeu qui explore les frontières entre les différentes formes artistiques (la danse, entre autres) et qui situe l'écrivaine en relation avec ses lecteurs :

Un livre se fait.
Au gré des rencontres, des feuilles et des branches.
Un livre s'écrit en dehors de moi. Souvent sans moi. Ou tout à côté. Et moi qui lis j'écris. Sans vraiment le savoir et tout en le sachant. Et moi qui vis j'écris. Ce livre qui hors de moi prend forme.
Car ce livre existe en réalité.
Bientôt les pages se tourneront comme se tourneront les feuilles de l'érable à l'approche de l'orage. Bientôt quelqu'un qui n'est plus moi le lira voudra le lire bien assis dans son jardin au bord d'un étang tout près d'un arbre fruitier.
Entre le livre et moi, entre mon livre et moi s'installera alors bien confortablement le nouveau lecteur la nouvelle lectrice dans sa chaise longue au fond du jardin où le livre mon livre naît pour la première fois.
Car il naîtra à nouveau chaque fois que ce lecteur que cette lectrice prendra place dans un jardin où les arbres où les fleurs célèbrent ensemble et enfin ces lieux d'écriture ces lieux aussi nommés bonheur.

(« Le jardin d'Héliane », 2004)

Anne-Marie Alonzo a été reçue membre de l’Ordre du Canada en 1996. L'œuvre complète d'Anne-Marie Alonzo fait partie de la collection patrimoniale québécoise de la BNQ.

 

Communiqué de presse

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