Sorry!

The page you are trying to reach is not available in English.
We regret the inconvenience.

View this page in French Return to the previous page

À rayons ouverts, chroniques de BAnQ

no 54, avril-juin 2001


Le fonds Le Normand-Desrosiers sous le soleil et dans l'ombre

Il est parfois étonnant d'observer ce que révèle une physionomie, aussi humble soit-elle. Le photographe, en artisan habile, réussit souvent à fixer sur la pellicule, non seulement les traits de la personne représentée, mais aussi l'humeur et l'état d'âme de celle ou de celui que sa photographie immortalise.

Cette constatation s'avère particulièrement juste dans le cas du couple Le Normand-Desrosiers. Mme Desrosiers, née Marie-Antoinette Tardif, était mieux connue sous le nom de plume de Michelle Le Normand. Romancière, nouvelliste et essayiste, elle a laissé une œuvre abondante et diversifiée, à l'image de son talent. Quant à son époux, Léo-Paul Desrosiers, il fut non seulement correspondant du Droit et du Devoir à Ottawa, courriériste parlementaire et directeur de la Bibliothèque municipale de Montréal, mais aussi un romancier de marque, un homme féru d'histoire et l'un des membres fondateurs de la prestigieuse Académie canadienne-française.

Le fonds Le Normand-Desrosiers, dont nous avons complété l'inventaire au cours de l'été 1999, contient près de deux cents photographies dont la plupart présentent un grand intérêt pour la recherche. Celles-ci nous révèlent maintes facettes de la vie de ce duo d'écrivains. De l'enfance à l'âge de la retraite en passant par les joies de la maternité et celles d'être grand-parents, ces images fixent aussi dans le temps les lieux de prédilection des époux et les traits des écrivains, historiens et journalistes qui ont sillonné leur carrière. Au fil des années de production de chacun et de leurs séjours à l'étranger pour les études, le travail ou le tourisme, des liens d'amitié se tissent, que le temps n'altère pas. Ces photographies sont aussi le reflet d'une époque difficile mais riche en réalisations de toutes sortes.

Michelle Le Normand et Léo-Paul Desrosiers ont beaucoup écrit, chacun de leur côté et plus rarement ensemble. Comme les épouses d'aujourd'hui, Mme Desrosiers doit concilier les exigences du métier avec le soin des enfants et les tâches ménagères. Cela ne va pas toujours de soi, comme nous l'indiquent sa correspondance et son journal personnel. Dotée d'un optimisme et d'une foi solides, elle naviguera courageusement à travers les épreuves et les nombreuses difficultés de son existence en conservant malgré tout la gaieté et la fraîcheur qui la caractérisent dès l'adolescence. Vifs et enthousiastes, ses écrits parlent d'enfants, de nature et des sports de plein air, dont elle demeure une fervente adepte jusqu'à la fin de sa vie.

On connaît surtout d'elle le petit recueil intitulé Autour de la maison. Mais le fonds contient bien davantage. Des versions de romans, d'innombrables billets dans les journaux, une biographie, des essais et des récits de voyage composent l'essentiel de son œuvre. On ne saurait passer sous silence l'important journal et les cahiers d'écriture de l'auteur. Constitué de vingt cahiers qu'elle rédigea de façon quasi ininterrompue entre l'âge de quatorze ans et celui de son décès à soixante-neuf ans, ce journal intime, autrefois soumis à des restrictions à la consultation n'en comporte plus à présent. Cahiers d'écriture et journal rassemblent des impressions, des récits et des réflexions sur la vie quotidienne mais aussi bon nombre d'ébauches et de versions des écrits de cette femme étonnante. Signalons parmi les inédits le texte dans lequel Michelle Le Normand relate sa rencontre avec Gabrielle Roy. Une autre partie du fonds réunit enfin les coupures de ses nombreux articles parus dans Le Devoir et ailleurs, ainsi que des spicilèges consacrés à la réception critique de ses œuvres.

De nature plus fermée et secrète, Léo-Paul Desrosiers n'en demeure pas moins un brillant journaliste et un esprit éclairé. Il suffit de lire les articles qu'il rédige dans l'hebdomadaire Notre temps pour s'en convaincre. L'homme doit composer quant à lui avec les contraintes de la vie parlementaire à Ottawa, les exigences du métier d'écrivain et les soucis personnels et familiaux. Une importante partie de la correspondance des deux époux en témoigne. Souvent éloigné de sa famille pendant une partie de l'été avant que ne s'achèvent les sessions de la Chambre des Communes, Léo-Paul Desrosiers démontre par ses lettres l'intérêt qu'il porte à la carrière de son épouse et son souci du bien-être des siens en dépit de la distance.

Si l'on tient compte de l'abondante production de cet auteur, le fonds Le Normand-Desrosiers contient très peu d'écrits. Il comporte surtout des versions de romans inédits, des nouvelles et des articles à caractère historique. Soulignons la présence d'une traduction anglaise de son roman Les Opiniâtres, et plusieurs versions et notes de travail en vue de la rédaction d'une importante biographie du fondateur de Montréal intitulée Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve. Les personnes intéressées par son œuvre consulteront également avec profit le fonds de cet auteur localisé au Centre de recherche Lionel-Groulx.

De 1941 à 1953, l'écrivain occupe le poste de conservateur à la Bibliothèque municipale de Montréal. Il est intéressant de trouver dans le fonds des notes et des mémoires dans lesquels apparaît plusieurs fois le nom de la Bibliothèque Saint-Sulpice. Le nouvel administrateur y affirme que cette dernière est la mieux placée pour être la grande bibliothèque de circulation à Montréal. Il s'intéresse également aux problèmes que pose l'accès difficile aux collections des grandes bibliothèques montréalaises: des sujets encore d'actualité quelque soixante ans plus tard.

Malgré leur petit nombre, les écrits de Léo-Paul Desrosiers dans les journaux et les critiques sur son œuvre présentent tout de même un bon aperçu de la personnalité et de la carrière de cet écrivain. Solitaire et méditatif, c'est en marchant qu'il cherche ses sources d'inspiration. Et le décor de Saint-Sauveur-des-Monts où les époux s'établissent dans les années cinquante s'y prête tout particulièrement, comme les paysages enchanteurs de Chandler et des environs faisaient naître, sous leur plume, quantité de textes évocateurs des beautés gaspésiennes. C'est là en effet que se rendait la petite famille pendant plus de trente ans, alliant travail et repos pour les parents écrivains, et plaisirs de toutes sortes pour leurs trois enfants élevés à la ville. Journal, lettres et photographies témoignent gracieusement de cette époque et des joies de la vie au « Capuchon bleu » et dans la « Maison d'oiseaux ».

Puis, en novembre1964, s'éteint subitement celle dont on avait si souvent admiré la verve et salué les propos rafraîchissants. L'on prétend que, du coup, Léo-Paul Desrosiers ne devient plus que l'ombre de lui-même. Il « se réchauffait, pour ainsi dire, à son soleil, y puisant sa raison d'être1. » Et pourtant, il emploie les quelques années qu'il lui reste à terminer un travail monumental, sa biographie de Maisonneuve, qui paraîtra presque en même temps que son décès, survenu en avril 1967.

Que ce soit par curiosité ou pour des recherches bien précises, le fonds Le Normand-Desrosiers, dont la présentation a été entièrement revue, regorge de renseignements du plus grand intérêt sur l'art d'écrire, tel que le pratiqua avec passion ce couple d'écrivains.

France Ouellet
Division des archives privées


1. Retour au texte Extrait de Léo-Paul Desrosiers meurt à son tour / Harry Bernard, dans Le courrier de Saint-Hyacinthe, 114e année, no 52, 27 avril 1967, p. 2.


Retour au menuMiniare, volet québécois

La Bibliothèque nationale du Québec présente, jusqu'au 5 mai 2001, le volet québécois de Miniare. Cette exposition a été présentée à la Maison de la culture Côte-des-Neiges à l'automne dernier par le Conseil québécois de l'estampe, dans le cadre de la première Biennale d'estampes miniatures de Montréal. Pour cette exposition, la BNQ a sélectionné plus d'une centaines d'œuvres choisies parmi les 162 estampes réalisées par les 83 artistes québécois ayant participé à l'exposition originale. Celle-ci comportait 300 estampes de 138 estampiers provenant de 17 pays.

Les Québécois ont récolté six des quatre prix et huit mentions spéciales décernées lors de la Biennale. Les premier et troisième prix ont en effet été décernés à Jacques Hudon (prix d'excellence de la Banque Nationale) et Wieslaw Nako-Nieczny (prix du Fonds de solidarité FTQ). Les mentions spéciales de la Bibliothèque nationale du Québec sont allées à Denise Blackburn, Juliana Joos et Line Dubois, celle-ci ayant également reçu le prix du public à la fin de la Biennale.

Dans un texte publié en avant-propos du catalogue de l'exposition, Philippe Sauvageau, alors président et directeur général de la BNQ, rappelait l'importance de « provoquer les occasions d'aider les artistes qui pratiquent ce mode d'ex-pression et de poursuivre la sensibilisation du public à cette forme d'art riche et variée qui nécessite la maîtrise de plusieurs techniques ».

C'est pourquoi la Bibliothèque nationale du Québec a contribué de plusieurs manières à Miniare : Philippe Sauvageau a d'abord accepté la présidence du jury de sélection composé également de l'estampier René Derouin et du galeriste Éric Devlin; il a ensuite décidé, devant l'excellence des œuvres présentées, d'accorder un montant de 300 $ à chacun des huit artistes ayant reçu une mention spéciale du jury et, enfin, de coéditer le catalogue Miniare avec le Conseil québécois de l'estampe.

Il était donc tout naturel que la Bibliothèque nationale poursuive cette collaboration en présentant le volet québécois de l'exposition, d'autant plus que la BNQ est l'institution où l'on retrouve la plus importante collection d'estampes québécoises (16 000 titres), grâce au dépôt légal, en vigueur depuis 1992, et à ses importantes acquisitions rétrospectives.

On peut donc visiter gratuitement Miniare, volet québécois, à la Bibliothèque nationale du Québec, 1700, rue Saint-Denis, à Montréal, du mardi au samedi, de 9 h à 17 h, jusqu'au 5 mai 2001.

Geneviève Dubuc
Directrice des communications


Retour au menuJournée mondiale du livre et du droit d'auteur

Les origines de la fête du livre

La fête du livre du 23 avril est née en Catalogne, où l'on a pris l'habitude d'offrir des livres et des roses ce jour-là. Cette association provient d'une heureuse coïncidence. D'une part, on célèbre la fête de Saint-Georges (Sant-Jordi), patron des Catalans, le 23 avril. D'autre part, d'après la légende, le preux chevalier Jordi aurait délivré une belle princesse des griffes d'un dragon. En tranchant la tête de l'animal, une pluie de roses s'en écoula. Dix siècles plus tard, en 1926, un grand éditeur de Barcelone, Vincenç Clavel, voulut instaurer une fête pour célébrer l'illustre Cervantes, pour se rendre compte qu'il était mort le 23 avril 1616… Ainsi naquit le jour des livres et des roses. Aujourd'hui, en Catalogne, ce sont plus de quatre millions de livres et autant de roses qui s'échangent ce jour-là.

Cette fête a retenu l'attention de l'UNESCO qui, à l'automne 1995, en faisait la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur. Dès 1996, les associations du milieu du livre au Québec ont tenu à souligner cette journée par diverses manifestations et ont associé, comme les Catalans, avec qui les Québécois ont de nombreuses affinités, les livres et les roses.

On fête partout au Québec

On fête partout encore au Québec cette année. Dans toutes les régions, des bibliothèques et des libraires offriront des roses à leur clientèle, organiseront des tables rondes ainsi que des séances de signatures avec des écrivains. Certains d'entre eux visiteront des détenus dans des centres de détention, d'autres des personnes hospitalisées. Les jeunes des clubs de lecture de Communication-Jeunesse créeront, et exposeront par la suite, des œuvres d'art tridimensionnelles inspirées des livres québécois et canadiens-français pour la jeunesse. Le 23 avril marquera aussi le lancement d'un projet d'animation qui offrira aux enfants fréquentant le premier cycle de l'école primaire l'accès à des livres spécialement choisis pour eux. De plus, plusieurs bibliothèques offriront une amnistie aux personnes qui rapporteront un livre dont le délai de remise est échu. Enfin, 5 000 exemplaires d'un livre de réflexions sur la lecture, intitulé Je suis fatigué et signé par Dany Laferrière, porte-parole de la Journée mondiale du livre, seront distribués gratuitement aux étudiants en littérature inscrits en première année du collégial.

La BNQ, présente depuis le début

La Bibliothèque nationale du Québec participe à la fête depuis ses débuts. En effet, c'est à la Bibliothèque nationale que la ministre de la Culture et des Communications, madame Louise Beaudoin, annonçait pour la première fois l'adhésion du Québec à la Journée mondiale, le 23 avril 1996. Depuis, la Bibliothèque a présenté à chaque année une exposition : sur la littérature jeunesse, en 1997; sur les prix littéraires du Québec, en 1998 - ce qui donnait lieu au lancement du site Web sur les prix littéraires du Québec, qui est toujours en ligne -; sur l'École littéraire de Montréal, en 1999; et, en 2000, sur l'illustration originale du livre de jeunesse, ainsi que sur les manuscrits d'une dizaine d'écrivains. Soulignons également, qu'à l'exception de l'an dernier, les acteurs du milieu du livre et de la documentation se sont retrouvés chaque année, en début de soirée, à la Bibliothèque nationale pour clôturer la fête du livre.

Le Salon de la bibliophilie contemporaine

Cette année, la Bibliothèque nationale s'est associée à la Confrérie de la Librairie Ancienne du Québec, qui organise le premier Salon de la bibliophilie contemporaine dans la salle de lecture de l'édifice Saint-Sulpice, 1700, rue Saint-Denis, à Montréal, le dimanche 22 avril, de 12 h à 18 h.

Le projet vise, d'une part, à faire découvrir et apprécier la production actuelle de la bibliophilie québécoise et, d'autre part, à présenter un panorama de la bibliophilie des 50 dernières années. Le public sera convié à acquérir les livres présentés ainsi qu'à rencontrer leurs producteurs et leurs diffuseurs. Chaque exposant (au nombre de 40 environ) confiera un ouvrage à la Bibliothèque qui présentera une exposition témoin, dans les mêmes lieux, du 23 au 28 avril. L'entrée au Salon, comme à l'exposition, sera gratuite.

Pour en savoir plus

Pour en savoir plus sur les activités de la Journée mondiale du livre, consultez le site Web de l'Association nationale des éditeurs de livre (www.anel.org) ou le calendrier officiel diffusé dans Le Devoir du 21 avril 2001.

Geneviève Dubuc
Directrice des communications


Retour au menu Portrait de l'édition franco-américaine d'autrefois

La Bibliothèque nationaledu Québec a constitué, au fil des ans, une importante collection de livres et de journaux traitant de l'histoire, de la poésie et du roman d'expression française en Nouvelle-Angleterre. Les titres publiés au Québec et aux États-Unis, depuis un siècle, permettent de découvrir les fondements de cette littérature, de suivre son évolution et de connaître les raisons de son déclin.

Si les premiers titres sont l'œuvre de Canadiens français établis au sud du 45e parallèle, ils ont été par la suite l'œuvre d'auteurs francophones, nés en Nouvelle-Angleterre, puis d'auteurs américains d'origine française et enfin, de Québécois qui s'intéressent à l'histoire des flux migratoires des Québécois vers les États de la Nouvelle-Angleterre.

Rappel historique

Comme la littérature franco-américaine est intimement liée au mouvement migratoire vers la Nouvelle-Angleterre, il faut d'abord rappeler les grands courants de cette migration qui a débuté au cours des années 1840.

Jusqu'aux années 1930, la frontière américano-canadienne n'a pas fait obstacle à la libre circulation des personnes et des marchandises entre les deux pays. L'industrialisation s'étant effectuée en Nouvelle-Angleterre dès 1850, des centaines de milliers de travailleurs, attirés par la prospérité des centres manufacturiers américains, ont quitté le Québec à la recherche d'une situation meilleure.

Les quelque 900 000 Québécois qui ont choisi de quitter leur pays, tantôt seuls, tantôt par familles entières, ont développé dans les villes et les villages de la Nouvelle-Angleterre des modes de vie qui les ont toujours caractérisés. La religion, la langue, la famille sont parmi les traditions, enracinées dans leurs us et coutumes, qu'ils ont transportées dans leur nouveau milieu de vie. Des villes comme Nashua, Manchester, Pantucket, Lowell ou Woonsocket sont devenues, au cours des ans, de véritables « Petits Canadas ».

Les premiers écrits

De la même façon qu'on ne peut aborder l'histoire de la Nouvelle-Angleterre, au siècle dernier, sans y voir un rapport avec le Québec, on ne peut étudier la littérature franco-américaine en la coupant de ses liens avec l'institution littéraire québécoise. Les thèmes de la famille, de la langue et de la patrie sont présents dans les écrits bien que l'on trouve des divergences idéologiques en raison des territorialités différentes.

Établis dans leur nouvelle patrie, concentrés autour de leurs institutions telles que l'église et l'école, et regroupés en association, les nouveaux Franco-Américains ont fondé des journaux qui leur permettaient de maintenir le lien affectif avec leurs compatriotes demeurés au Québec.

Les histoires paroissiales, les guides franco-américains et les journaux sont les premières manifestations de cette littérature qui permettaient aux nouveaux immigrants de rattacher deux sociétés séparées par une frontière mais formant toujours un même peuple. Bien que certains journaux francophones fussent publiés aux États-Unis comme le Courrier des États-Unis (1825) ou Le Messager franco-américain (1859), il faut attendre la fin du siècle avant de voir apparaître une multitude de journaux voués exclusivement aux intérêts des Canadiens français de la Nouvelle-Angleterre. Ces journaux, quotidiens dans les grandes villes, hebdomadaires ou mensuels dans les plus petites communautés, étaient dirigés par des sociétés francophones ou par une nouvelle élite franco-américaine.

Les périodiques

Les journaux francophones, publiés à partir de 1874, comme Le Travailleur de Worcester, L'Étoile de Lovell, Le Messager de Lewiston ou L'Avenir de Manchester ont contribué largement à sauvegarder le fait français en Nouvelle-Angleterre. La presse a toujours été vue comme l'un des remparts les plus solides de la nationalité jusqu'au début des années 1930 où l'arrêt de l'émigration vers le sud a réduit considérablement le nombre de lecteurs unilingues français, provoquant la disparition de plusieurs journaux.

Plus de 200 périodiques francophones ou bilingues ont été publiés en Nouvelle-Angleterre entre 1817 et 1911. Parmi ceux-ci, plusieurs n'ont paru que quelques semaines, comme Le Courrier du Connecticut, fondé en 1902, tandis que d'autres, comme L'Étoile de Lowell et L'Opinion publique de Worcester, ont été publiés pendant plus d'un demi-siècle. Le dernier journal de langue française de la Nouvelle-Angleterre a été Le Travailleur de Manchester, publié pour la première fois en 1933, et qui a cessé de paraître à la fin de l'année 1978. La disparition de ce journal a marqué la fin de la grande aventure de la presse francophone aux États-Unis. Alexandre Belisle, dans son Histoire de la presse franco-américaine, publiée à Worcester en 1911, raconte les débuts de cette grande aventure journalistique. De cette multitude de journaux anciens, la Bibliothèque nationale du Québec possède cinquante-sept titres qui peuvent être consultés sur microfilm.

Les ouvrages généraux

L'appartenance à une communauté francophone établie en Nouvelle-Angleterre depuis le milieu du XIXe siècle s'est traduite, entre autres, par des publications qui ont connu beaucoup de succès, comme les comptes rendus de conventions nationales franco-américaines, dont la première a eu lieu en 1870. Les actes de ces congrès sont caractérisés par le nationalisme de l'époque. Ils rapportent les discours de l'élite, les conférences patriotiques et donnent de nombreuses statistiques sur la situation des francophones aux États-Unis. Il en est de même des nombreux ouvrages publiés par des regroupements comme l'Association de secours mutuel des Canadiens-français-américains, les alliances franco-américaines, les sociétés Saint-Jean-Baptiste et les associations religieuses.

Les guides franco-américains, dont les premiers remontent à fin du XIXe siècle, constituent une autre manifestation de l'édition franco-américaine. Publiés sporadiquement sous différents titres, ils présentent l'histoire des communautés franco-américaines, de leurs établissements, des principales personnalités civiles et religieuses et fourmillent de statistiques sur la situation des francophones. Le Guide officiel des Franco-Américains, publié au Rhode Island entre 1899 et 1946, représente sans doute la plus importante collection de ces annuaires.

Les monographies paroissiales, dont l'ampleur se fait sentir au début du XXe siècle, constituent une autre expression de la littérature franco-américaine. Plusieurs ouvrages, publiés aux États-Unis ou au Québec, rappellent ou commémorent l'établissement des Franco-Américains en Nouvelle-Angleterre. La Bibliothèque nationale possède plus d'une centaine de titres dont les monographies de Woonsocket au Rhode Island, Fall River au Massachusetts ou de Concord au New Hampshire, pour n'en signaler que quelques-unes. Ces ouvrages, peu consultés, livrent une mine de renseignements sur l'histoire des premiers établissements francophones en Nouvelle-Angleterre.

La poésie et le roman

Les journalistes ont été les premiers à s'aventurer sur la route littéraire. C'est en faisant leur métier de journaliste qu'Honoré Beaugrand, Rémi Tremblay, Léon Bosue, Arthur Favreau, J.-L.-K Laflamme et tant d'autres ont fait connaître leur valeur d'écrivain. Jeanne la Fileuse, publié en 1875 dans le journal de Lowell, est un exemple des ces premiers balbutiements littéraires. Par la suite, plusieurs auteurs : Louis Dantin, J.-H Roy et Marie Ratté, pour n'en citer que quelques-uns, ont suivi leur exemple et ont apporté une contribution importante à la littérature d'expression française en Nouvelle-Angleterre.

Les chercheurs qui s'intéressent à cette littérature peuvent consulter à la Bibliothèque nationale du Québec deux ouvrages importants : Anthologie de la littérature franco-américaine de la Nouvelle-Angleterre, de Richard Santerre et Albert Renaud, publiée en 1980 à Bedford, au New Hampshire et La Littérature franco-américaine : écrivains et écritures, de Claire Quintal, publié à Worcester, au Massachusetts, en 1992.

L'après-guerre marque le déclin de la littérature et des journaux de langue française en Nouvelle-Angleterre. De nouveaux auteurs comme Jack Kerouac et Will James (Ernest Dufault), de souche française mais américains dans l'âme et dans la langue, deviennent de nouveaux héros de la littérature américaine.

Le déclin

Si les premières générations de Franco-Américains ont su conserver la langue maternelle et par le fait même développer une littérature qui les rassemblait, il en est autrement pour leurs enfants qui, au fil des ans, n'ont su résister à l'assimilation en raison de la nécessité de posséder la langue anglaise pour réussir dans la société américaine de l'après-guerre. L'abandon des traditions et, dans une certaine mesure, le rejet des acquis de leurs pères ont marqué le déclin de la littérature française aux États-Unis.

Les journaux, dont la mission consistait à préserver les intérêts des Franco-Américains ont tous cessé de paraître pour faire place à un nouveau média : la télévision américaine, qui envahissait facilement les foyers tant anglophones que francophones. Il en est de même pour le roman, la nouvelle ou la poésie qui, au départ, étaient l'œuvre d'auteurs d'origine canadienne-française et qui sont maintenant produits par des auteurs américains d'origine franco-canadienne.

L'histoire des Franco-Américains est écrite aujourd'hui par des auteurs québécois qui analysent les raisons de leur déclin. L'historien Yves Roby a publié récemment, aux Éditions du Septentrion, une magistrale étude sur le sujet : Les Franco-Américains de la Nouvelle-Angleterre : rêves et réalités.

Comme Yves Roby le rappelle dans son livre : « Que sont devenus aujourd'hui ces millions de descendants de ces émigrés ? Beaucoup se sont assimilés parfaitement au point d'avoir occulté toute trace de leurs origines. Plusieurs autres se voient comme des Américains d'origine canadienne-française ». Au-delà de cette affirmation, les traces de l'histoire des Franco-Américains et de leurs familles trahissent encore l'identité d'origine par les noms portés aujourd'hui. Les répertoires de mariages des paroisses franco-américaines révèlent les noms de ces premiers Canadiens français et de ceux de leurs descendants. Si certains noms ont conservé leur graphie comme les Chartier ou Laurin, il en est autrement pour les Courtemanche qui sont devenus des Shortsleeves, des Jolicoeur qui sont maintenant des Hart ou des Hébert, qui ont pris le nom d'Hibbart.

La collection de la Bibliothèque

Parmi les publications franco-américaines conservées dans nos collections, 1142 titres proviennent du Fonds Gabriel-Nadeau. Médecin, né à Saint-Césaire, au Québec, en 1900, Gabriel Nadeau a œuvré en Nouvelle-Angleterre jusqu'à son décès en 1979. En 1974, il a cédé, à la Bibliothèque nationale du Québec, ses archives et sa bibliothèque, d'une grande richesse documentaire pour ceux qui veulent suivre l'évolution des Franco-Américains.

De récentes acquisitions permettent de compléter cette collection, souvent mal connue des chercheurs québécois. Les recueils de poésie et les romans, les ouvrages en histoire et en généalogie ainsi que les périodiques et les journaux constituent aujourd'hui des vestiges de cette grande aventure des Québécois au sud du 45e parallèle.

Marcel Fournier
BNQ

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.