À rayons ouverts, no 97

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Le cabinet des curiosités

Dans les sillons des cours de langue

par Philippe Cousineau, bibliothécaire à la section Musique et films, Grande Bibliothèque

Après 10 ans d'effervescence à la Grande Bibliothèque, les collections réservent encore de jolies surprises. La méthode de langue Conversation anglaise est certainement de celles-là : ce curieux objet repose sur les rayonnages de la Collection nationale de musique après plusieurs années de bons et loyaux services. Étrange cas que celui de ce cours d'anglais sur microsillons dont les innombrables manuels pédagogiques parsèment nos collections patrimoniales.

Si l'édition de 1927 de L'anglais rendu facile – avec ses 90 disques 78 tours ! – semble être la toute première méthode québécoise d'apprentissage de l'anglais sur support audio, l'édition qui nous intéresse ici est celle de 1932, rebaptisée Conversation anglaise. Cette édition est parue à Montréal aux Éditions Patenaude.

D'abord connues sous le nom de Compagnie des cours par correspondance limitée, les Éditions Patenaude adoptent ensuite le nom de leur fondateur, Alfred-Wilfrid Patenaude (1877-1954).

Ancien employé de banque, M. Patenaude fait figure de précurseur dans le domaine de l'édition de manuels didactiques et de méthodes de langues, tout comme dans le milieu de l'éducation. Il est d'ailleurs, de 1917 à 1927, commissaire d'écoles pour le district Nord de Montréal, puis au Bureau central des écoles catholiques de la métropole.

L'exemplaire de Conversation anglaise disponible pour consultation s'avère incomplet et en mauvais état. Plusieurs disques ont été égarés alors que d'autres, fragiles, rayés ou tout simplement craqués, ont difficilement survécu au passage du temps, en dépit de la valise protectrice qui les contient. Celle-ci n'appartient pas à l'édition d'origine, mais semble avoir été conçue par un habile artisan.

De la maison à l'école

La méthode de langue a connu une popularité indéniable. Cette vaste collection d'enregistrements consacrés au vocabulaire, à la conjugaison et à la grammaire – leçons récitées d'une voix masculine « neutre » – offrait au public le privilège de suivre des cours d'anglais à domicile. Des cours qui prennent la forme de récitations, d'énumérations et de répétitions un brin lassantes, mais non moins pratiques.

D'abord offerte aux particuliers, cette méthode – de même que ses équivalents anglais destinés à l'apprentissage du français – a vite été adoptée par le système scolaire montréalais. De fait, entre 1930 et 1950, Conversation anglaise et ses nombreux manuels (livres de l'élève et livres du maître, un cours de Conversation anglaise à l'aide de l'image de même que 140 exercices de conversation anglaise) furent l'objet de nombreuses rééditions et adaptations.

Le français, l'anglais et au-delà

Cet ancêtre sur vinyles des populaires méthodes Assimil, Rosett a Stone, Harrap's et autres formules multilingues témoigne d'une époque où, dans la majorité des lieux de travail en zone urbaine, les échanges professionnels se faisaient presque exclusivement dans la langue de Shakespeare. Ces précieux ensembles multisupports permettaient de faire reculer, voire d'abolir, tout en s'amusant, les barrières linguistiques les plus tenaces.

 

D'art et de culture

De fructueux partenariats

par Éric Fontaine, rédacteur-réviseur à la Direction de la programmation culturelle, BAnQ Vieux-Montréal

BAnQ a toujours favorisé la création de partenariats avec d'autres organismes culturels. Ses partenaires, qui partagent son désir de favoriser la démocratisation de la culture et de promouvoir la littérature, lui permettent de consolider son rôle dans le paysage culturel québécois. L'an dernier, trois d'entre eux ont célébré des anniversaires marquants : le Festival international de la littérature, le Centre des auteurs dramatiques et le Festival international de la poésie de Trois-Rivières.

Le Festival international de la littérature

Le Festival international de la littérature (FIL) vise à promouvoir et à faire rayonner de façon originale la littérature sous toutes ses formes. Dès sa création, en 1994, ce festival s'est associé à BAnQ pour présenter le spectacle L'archipel de la parole à la bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis. Cette collaboration s'est poursuivie au fil des ans, donnant lieu à de nombreuses et belles réalisations.

« L'histoire du FIL est intimement liée à celle de BAnQ, explique en entrevue Michelle Corbeil, directrice générale et artistique du FIL. Notre festival partage avec BAnQ des objectifs et des missions semblables. Nous voulons tous les deux amener les gens vers les livres, vers les nouveautés, bien sûr, mais aussi vers les œuvres du passé. Le FIL, comme BAnQ, est une bibliothèque vivante. Lorsque le temps est venu de choisir un endroit pour le spectacle du 20e anniversaire du FIL, il était tout naturel de nous tourner vers la Grande Bibliothèque. Nous y sommes comme chez nous. Le FIL a pour BAnQ une fidélité toute naturelle. »

Le Centre des auteurs dramatiques

Le Centre des auteurs dramatiques (CEAD) travaille depuis maintenant 50 ans à la diffusion et au rayonnement de la dramaturgie francophone du Québec et du Canada. Sa collaboration avec BAnQ a donné lieu à deux séries présentées à la Grande Bibliothèque : Théâtre à lire (2008-2013), qui a permis à BAnQ d'accueillir de très nombreux auteurs dramatiques, lesquels ont parlé de leurs parcours et fait entendre quelques-unes de leurs plus belles pages, et Théâtre à relire (depuis l'automne 2013), qui aborde le travail et l'univers d'un dramaturge québécois qui a fait œuvre de pionnier.

« Le théâtre est à l'intersection de la page et de la scène, explique Paul Lefebvre, conseiller dramaturgique au CEAD. Ce qui se déploie en scène est éphémère, mais la page, elle, devient pérennité en habitant une bibliothèque pour se faire fragment de mémoire. Ainsi, entre le CEAD et la Grande Bibliothèque, entre les auteurs et le gardien des pages, lorsque le désir et la mémoire se rencontrent, le théâtre renaît. »

Le Festival international de la poésie de Trois-Rivières 

En 2014, pour une septième année, BAnQ s'est associée au Festival international de la poésie de Trois-Rivières (FIPTR) pour présenter la série Poésie et jazz qui marque le passage des saisons. Présentée à l'Auditorium de la Grande Bibliothèque, cette série réunit des poètes québécois venus de tous les horizons accompagnés par le Trio Daniel Lessard, qui joue des musiques composées pour l'occasion ou tirées du répertoire.

« BAnQ compte la plus prestigieuse bibliothèque publique du Québec et la plus fréquentée, avance Gaston Bellemare, animateur des soirées Poésie et jazz et président fondateur du festival qui célébrait en 2014 ses 30 ans d'existence. Le public qui, au sortir de la soirée, souhaite emprunter les livres des poètes peut les trouver sur les rayons de la Grande Bibliothèque. Le FIPTR a été créé pour redonner la poésie au public. Chargée d'une mission de démocratisation de la culture, BAnQ partage cet objectif. »

L'association de BAnQ avec ces trois organismes lui permet non seulement de célébrer la littérature – le théâtre, la poésie, le roman et le récit –, mais aussi d'y contribuer et ainsi de participer au façonnement du territoire culturel du Québec.

 

Comptes rendus de lectures

par Simon Mayer, Ariane Chalifoux et Marie-Line Champoux-Lemay, bibliothécaires, Grande Bibliothèque

Éditions MultiMondes – 25 ans de savoir en action
Québec, Éditions MultiMondes, 2013 • ISBN 978-2-89544-463-3

La maison Éditions MultiMondes offre des extraits d'une cinquantaine de perles de son catalogue inauguré en 1989 qui prennent la forme de courts textes présentés comme les feuilles d'un arbre de connaissances, tendues vers le lecteur curieux et branché. Fier d'avoir remporté son audacieux pari de se concentrer sur la diffusion de l'information scientifique auprès du grand public, l'éditeur a pu puiser dans les quelque 300 ouvrages dans le domaine qu'il a à son actif.

C'est donc la science québécoise qui est ici mise en valeur dans un kaléidoscope réfléchissant l'état des connaissances dans les domaines des technologies, de l'environnement, des ressources énergétiques, de la santé et de la psychologie. Les auteurs y sont à la fois spécialistes et vulgarisateurs et leurs livres abordent souvent des sujets d'actualité. SM

Élisa Renouil (éd.)
Franquin et les fanzines : entretiens avec la presse souterraine, 1971-1993
Paris, Dupuis, 2013 • ISBN 978-2-8001-5638-5

Cet ouvrage est consacré à l'histoire des fanzines de bandes dessinées sur plus de deux décennies. Contraction de « fan » et « magazine », le fanzine est une revue réalisée par des amateurs qui est généralement publiée avec peu de moyens.

On y découvre ou redécouvre André Franquin, auteur francobelge de plusieurs séries telles que Spirou et Fantasio, Gaston Lagaffe et Le Marsupilami. Ponctué de plusieurs citations savoureuses de l'artiste décédé en 1997, le livre dresse un portrait de l'industrie de la bande dessinée dans une série d'entrevues qui mêlent l'anecdote aux préoccupations de Franquin. Chacune des entrevues, accompagnée de l'historique d'un fanzine et d'une notice biographique de la personne qui a fait l'entrevue avec Franquin, constitue une occasion de revenir sur une période florissante de la bande dessinée européenne. AC


Michaël E. Sinatra et Marcello Vitali-Rosati (dir.)
Pratiques de l'édition numérique
Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2014 • ISBN 978-2-7606-3202-8

Sous forme de collection d'articles, cet ouvrage d'introduction dresse un panorama des défis auxquels fait face le monde de l'édition depuis l'avènement du numérique. Le terme « édition numérique » fait ici référence à l'organisation, à la mise en forme et à la circulation des contenus. Suivant cette conception, des questions d'ordre historique, théorique et technique sont abordées, allant du sens de la fonction éditoriale à la création de l'Internet et du Web, des enjeux politiques et économiques du
libre accès aux « potentialités » du texte numérique.

L'effet de ces changements fondamentaux sur notre façon d'appréhender et de transmettre les connaissances est le fil conducteur de la réflexion sur laquelle se base cet ouvrage, dont la version numérique est d'ailleurs disponible gratuitement sur le site des Presses de l'Université de Montréal. MLCL

Coup d'œil sur les acquisitions patrimoniales

par Daniel Chouinard, bibliothécaire aux acquisitions des collections patrimoniales, BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie, et Julie Roy, archiviste-coordonnatrice, BAnQ Sherbrooke, avec la collaboration d'Hélène Fortier, archiviste-coordonnatrice, BAnQ Vieux-Montréal, de Christian Drolet, archiviste-coordonnateur, BAnQ Québec, de Danielle Saucier, archiviste-coordonnatrice, BAnQ Sept-Îles, de Danielle Léger, bibliothécaire responsable de la collection patrimoniale d'affiches, et de Jean-François Palomino, cartothécaire, BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie

Amulette Garneau : une comédienne accomplie

Le comédien Alain Zouvi a récemment confié aux archivistes de BAnQ Vieux-Montréal le fonds d'archives de sa mère, la comédienne Amulette Garneau, née Huguette Laurendeau. Après avoir tenu des rôles dans plusieurs téléromans, dont La famille Plouffe et La pension Velder, Amulette Garneau se fait remarquer pour ses rôles au théâtre. Connue comme l'une des interprètes préférées de Michel Tremblay, elle joue dans plusieurs de ses pièces, dont Les belles-soeurs ; Albertine, en cinq temps ;  Bonjour, là, bonjour et Sainte Carmen de la Main. Elle est aussi de la distribution de pièces de Gratien Gélinas (Bousille et les justes), de Carole Fréchette (Baby Blues) et de Jovette Marchessault (La saga des poules mouillées).

À la télévision, elle interprète aussi des rôles dans Cré Basile, qui la fait connaître auprès d'un large public, Grand-papa, Mon meilleur ennemi et L'héritage. Au cinéma, on la retrouve dans des films de Jean-Claude Lauzon (Un zoo la nuit), de Gilles Carle (Maria Chapdelaine), de Jean-Claude Lord (Parlez-nous d'amour) et de Claude Jutra (Kamouraska).

Les scénarios annotés de la comédienne que contient ce fonds d'archives représentent une source intéressante d'information sur la télévision, le cinéma et la scène des années 1950 à 2002. Totalisant environ trois mètres linéaires de documents, ces pièces d'archives permettent notamment de comprendre la façon dont Amulette Garneau s'appropriait un rôle. Le fonds rassemble aussi des dossiers de presse, plusieurs portraits, des photographies de famille, dont certaines avec son mari, le comédien Jacques Zouvi, ainsi que d'autres prises sur scène ou lors de tournages avec plusieurs artistes. Quelques textes et lettres de son premier mari, le poète Sylvain Garneau, complètent l'ensemble.

La passion des livres : la librairie Garneau

Le fonds Librairie Garneau acquis récemment témoigne des activités de la célèbre librairie située dans le Vieux-Québec. Cette dernière doit son nom à Joseph-Pierre Garneau, né à Québec en 1871.

Homme d'affaires avisé, Garneau ajoute la vente d'articles et d'ornements religieux aux activités de la librairie. Fervent catholique bien vu par les autorités ecclésiastiques, Garneau a la réputation de retirer les « mauvais livres » des étagères pour les isoler dans la réserve appelée « l'enfer » située à l'arrière du magasin1. Le célèbre libraire ne se contente pas de vendre les livres des autres : il édite également les manuscrits d'auteurs québécois tels que Marius Barbeau, Thomas Chapais et Félix-Antoine Savard.

La librairie passe aux mains d'intérêts étrangers en 1977. En mai 1993, le groupe montréalais Sogides, avec à sa tête Pierre Lespérance, l'acquiert. En janvier 1997, alors que ce dernier décide de s'associer avec le réseau des librairies Renaud-Bray, la librairie du Vieux-Québec ferme officiellement ses portes.

Les documents qui composent le fonds Librairie Garneau (P971) se répartissent en quatre grandes séries : correspondance (1904-1973), administration (1897-1972), iconographie (1923-1972) et photographie (1940-1973). On y trouve entre autres des lettres, des feuillets publicitaires, des documents juridiques, des maquettes d'ouvrages, des livres de comptes et des documents administratifs de la Librairie Garneau ainsi que des dessins originaux à l'encre et à la mine de plomb illustrant des personnages et des scènes historiques. On y trouve également un plan d'architecture de la résidence de Joseph-Pierre Garneau et quelques photographies prises lors de lancements de livres.

Deux chantiers nord-côtiers racontés

Victor Baril, né en 1928 à Saint-Georges-de-Beauce et résident actuel de Québec, a connu deux grands chantiers de construction sur la Côte-Nord. Le premier chantier a conduit M. Baril à Sept-Îles, de 1952 à 1953, alors que la construction de la Compagnie minière IOC battait son plein. Il a été embauché comme mécanicien-électricien par la CMMK, entreprise responsable de la construction du chemin de fer reliant Sept-Îles à Schefferville. Cette ligne devait transporter les gisements miniers de fer brut de Knob Lake à la Compagnie minière IOC, pour y être transformés en boulettes de fer, produit plus facilement exportable.

Entre 1955 et 1964, Victor Baril se retrouve à Labrieville comme employé de la Dufresne Engineering Company, puis d'Hydro-Québec, où il participe au développement du complexe hydroélectrique de la Bersimis. Victor Baril a consigné, dans deux récits, son expérience comme travailleur, dévoilant ainsi les conditions de vie sur les chantiers de l'époque.

Le fonds d'archives éponyme (P65), récemment acquis par BAnQ, est constitué de documents textuels et photographiques et peut être consulté à BAnQ Sept-Îles.

Nouvelles recrues dans la collection québécoise d'affiches de guerre

BAnQ a récemment acquis des imprimés qui se démarquent dans l'actuel contexte des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale. Issues des efforts de recrutement déployés à Montréal entre 1914 et 1918, 13 affiches lithographiées témoignent d'initiatives décentralisées dans une société modelée par l'immigration. Rédigés en français ou en anglais, ces messages interpellent tour à tour les citoyens d'ascendance anglaise, française, écossaise et irlandaise, les invitant à augmenter les rangs de huit bataillons.

Sortie vers 1916 des presses de l'imprimeur montréalais Consolidated Lithographing & Mfg. Co. Limited, l'une des affiches destinées aux Canadiens français a été produite pour les Carabiniers Mont-Royal (CMR). L'illustrateur a transposé en dessin une photographie du lieutenant-colonel Hercule Barré, qui y appelle les jeunes hommes à s'engager au sein du 150e bataillon des CMR. À l'arrière-plan, les bandes verticales colorées rappellent le drapeau français, tandis que l'aigle prussien et le coq gaulois s'affrontent pour le contrôle de l'Europe.

Journaliste de métier, le Montréalais Hercule Barré (1879-1944) se fait milicien à 18 ans. Recruté par les forces terrestres de l'armée canadienne pour la Première Guerre, il est blessé à Langemark et rapatrié au Canada. C'est pendant son voyage de retour sur le navire Hesperian, torpillé le 4 septembre 1915, qu'il devient héros de guerre : Barré sera décoré de la Légion d'honneur pour sa bravoure. À la fin de novembre 1915, il obtient l'autorisation de lever son propre bataillon.

Créés en 1869, les Carabiniers Mont-Royal (renommés Fusiliers Mont-Royal en 1931) constituent le plus ancien régiment de milice francophone encore en existence à Montréal. Le régiment est basé à compter de 1910 à l'angle de l'avenue Henri-Julien et de l'avenue des Pins, à l'Arsenal du 65e Régiment. Pendant la Grande Guerre de 1914-1918, environ 10 000 officiers et soldats issus des CMR joindront les rangs des 14e, 22e, 69e, 150e, 163e et 178e bataillons, se distinguant notamment à Ypres, à Festubert et à Arras.

Cette affiche est un bel exemple des campagnes de recrutement déployées entre 1914 et 1918, qui vont permettre de mobiliser plus de 600 000 citoyens canadiens.

L'Amérique du Nord d'avant Louis Jolliet

En 1674, l'éditeur parisien Alexis-Hubert Jaillot (v. 1632-1712) publie une très belle carte de l'Amérique du Nord, récemment ajoutée aux collections de BAnQ. Parue isolément, cette carte est destinée à une entreprise éditoriale plus vaste, un atlas du monde que Jaillot prépare avec le concours de Guillaume Sanson (1633-1703), géographe ordinaire du roi et fils du réputé cartographe Nicolas Sanson, mort quelques années plus tôt.

Guillaume Sanson dessine une Amérique du Nord telle que connue à l'époque, sans changement véritable par rapport aux cartes précédemment publiées. Cinq grands ensembles occupent le continent : le Canada (ou Nouvelle-France), la Floride, le Nouveau-Mexique, le Mexique et les Antilles. La Nouvelle-France est traversée par le fleuve Saint-Laurent. Les cinq Grands Lacs y apparaissent, mais dessinés de façon incertaine, avec un tracé qui s'estompe à la périphérie ouest et un vaste espace continental totalement vide plus à l'ouest, estampillé du nom Canada, comme pour bien marquer l'appartenance française de ce territoire encore inconnu des Européens. Au nord de la baie d'Hudson, une ouverture par la baie Buttons mène à la mer Glaciale et laisse ainsi entrevoir un éventuel passage vers l'océan Pacifique.

Alors que Sanson fournit la description cartographique contre une rétribution financière, Jaillot doit veiller à faire graver et imprimer les cartes. Le graveur engagé est Louis Cordier, fidèle collaborateur de Jaillot. L'artiste grave un très beau cartouche de titre ornementé des armes du Dauphin, fi ls aîné de Louis XIV, à qui la carte est dédiée, et des attributs de l'Amérique du Sud (guépard, tatou, perroquet et Indiens vêtus de costumes de plumes), témoignant d'une certaine difficulté à caractériser l'Amérique du Nord, encore mal connue du monde lettré.

En cette même année 1674, l'explorateur Louis Jolliet revient à Québec d'un formidable périple qui lui a permis de naviguer sur le fleuve Mississippi. Ses exploits parviendront aux oreilles d'une nouvelle génération de cartographes et toute la géographie des Sanson sera ensuite revue de fond en comble, pour laisser place à de nouvelles rivières, à de nouveaux lacs, à de nouveaux peuples amérindiens.

1. Jean-Marie Lebel, « Il était une fois la Libraire Garneau », Prest ige, avril 2009, p. 76-77.

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