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Dans l'atelier de restauration
La restauration d'œuvres faites de matériaux moins usuels

par Marie-Claude Rioux, restauratrice
BAnQ Rosemont– La Petite-Patrie

Dans la création de leurs œuvres, les artistes contemporains québécois utilisent une variété de matériaux et de techniques. Aux matériaux plus familiers tels le papier, la peinture et l'encre s'en ajoutent parfois d'autres plus inusités tels des produits alimentaires, des éléments provenant du corps (par exemple des poils ou du sang) ou des appareils multimédias. L'artiste qui choisit d'utiliser des matériaux moins habituels fait souvent fi des conséquences à long terme sur la durabilité et l'apparence de son œuvre. L'artiste crée et le restaurateur doit veiller à trouver des solutions pour conserver l'essence de l'œuvre, malgré sa dégradation.

On se retrouve alors devant certains dilemmes. Que faire lorsque l'artiste utilise des matériaux organiques alimentaires tels des pâtes ou du pain dans la création de son œuvre? Doit-on laisser ces matériaux organiques s'altérer puisqu'ils font partie de l'œuvre ou faut-il les remplacer? Que faire lorsque l'artiste utilise des matériaux dont la combinaison, comme le goudron et le papier japonais, a pour conséquence de souder les pages du livre l'une à l'autre? Doit-on précipiter le processus de numérisation avant que l'œuvre ne se détruise complètement ou tenter l'impossible pour renverser le processus de vieillissement? Que faire lorsque l'œuvre se compose d'un lect eur enregistreur et d'une cassette? Doit-on veiller à trouver un autre lect eur pour assurer la lect ure de la cassette ou transférer son contenu sur un autre support?

Le restaurateur doit donc souvent prendre des décisions difciles. Lorsque l'artiste est encore vivant et que son œuvre est endommagée en raison des matériaux utilisés, il arrive que Bibliothèque et Archives nationales du Québec demande à l'artiste de venir faire lui-même quelques interventions pour rétablir la situation. Cette possibilité de faire appel à l'artiste reste cependant exceptionnelle, le restaurateur devant dans la plupart des cas trouver des solutions par lui-même.

La première solution est de conserver ces objets dans des réserves à température et à humidité stables, et de les mettre dans des contenants pour les protéger de la lumière et de la poussière. Ces bonnes conditions permettent de ralentir le processus de vieillissement. Par la suite, si l'œuvre continue de se dégrader, le restaurateur doit veiller à conserver son message en trouvant le traitement de rest auration le plus approprié. Il est parfois possible de réaliser cette mission en substituant aux matériaux qui se dégradent de nouveaux matériaux semblables, en effect uant des traitements de restauration usuels ou plus complexes ou, quand rien ne semble possible, en procédant à la numérisation qui permet au moins de garder la trace de l'œuvre qui a existé.

Ces œuvres faites de matériaux moins usuels sont souvent de merveilleux casse-têtes et de fabuleux dés pour les restaurateurs chargés de les conserver.

 

Retour au menu.Coup d'œil sur les acquisitions patrimoniales

par Daniel Chouinard, bibliothécaire aux acquisitions des collect ions patrimoniales, BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie, et Julie Roy, archiviste-coordonnatrice, BAnQ Sherbrooke, avec la collaboration de Sébastien Tessier, archiviste-coordonnateur, BAnQ Rouyn-Noranda, de Julie Fontaine, archiviste, BAnQ Vieux-Montréal, de Sophie Côté, archiviste, BAnQ Québec, de Danielle Léger, bibliothécaire responsable de la collection d'affiches, et de Stefán Ketseti, bibliothécaire responsable des imprimés anciens, BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie

David contre Goliath : le combat livré par SOS Parc Orford

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) vient d'acquérir les archives de SOS Parc Orford, une coalition formée par des citoyens et des associations engagés pour la sauvegarde du parc du Mont-Orford. Elles seront conservées à BAnQ Sherbrooke.

Au moment où le gouvernement Charest s'apprêtait à vendre des parcelles de terrain du mont Orford à un promoteur, lequel devait y construire quelque 1400 condos, notamment, un tollé s'est élevé au sein de la population québécoise, de la communauté des artistes et des organismes environnementaux, qui voyaient là une dilapidation du patrimoine naturel du parc au prot de l'entreprise privée. Pour SOS Parc Orford, le combat quasi quotidien a duré quatre ans, de 2006 à 2010, avec pour conclusion le retour des terrains dans le parc national.

Le fonds d'archives contient 3,25 mètres linéaires de documents textuels et sur d'autres supports (DVD, photographies, cartes). Une large part de ces documents est constituée de correspondance : courriels entre les membres du comité stratégique, correspondance politique, lettres de soutien du public, échanges avec des scientiques de tous horizons ou encore avec des artistes engagés, dont Richard Séguin et Clémence DesRochers.

Morts violentes dans le district judiciaire de Thetford Mines

Le district judiciaire de Thetford Mines a récemment versé à BAnQ Québec des dossiers d'enquêtes du coroner couvrant la période de 1957 à 1986 (TP12 S37 SS26). Ces documents sont des témoignages fascinants des différents contextes et perceptions entourant la mort, en plus de renseigner les chercheurs sur l'expertise médicale, l'évolution des mesures en santé publique, la criminalité et l'évolution des transports et des conditions de travail. De plus, les enquêtes du coroner peuvent être une source d'informations pertinentes sur la vie et les circonstances du décès d'un aïeul. Le rôle du coroner est d'enquêter sur les causes d'un décès suspect et d'identier les personnes qu'il considère comme criminellement responsables dans les cas où la mort ne résulte pas d'une cause naturelle. Un jury composé de 12 personnes doit par la suite rendre son verdict en déterminant de quel type de crime il s'agit ou encore si c'est un cas de légitime défense. Ce système de jury sera abandonné en 1967. Depuis 1986, le rôle du coroner a connu des modications substantielles en laissant notamment à la police la responsabilité de la détection du crime.

Le mineur chanteur

Réal V. Benoit est né en 1945 à Rouyn-Noranda et est mineur de métier. Au début des années 1970, il rédige des textes durant ses pauses au travail. Il décide par la suite d'apprendre la guitare pour mettre ses mots en chansons. C'est ainsi qu'est né le Mineur chanteur. Fier de ses chansons simples, directes et accessibles, Réal V. Benoit connaît un grand succès entre 1972 et 1975 : il enregistre trois microsillons et se produit en spectacle dans l'ensemble du Québec, en compagnie d'artistes comme Jacques Michel, Willie Lamothe et Pauline Julien. Comme plusieurs autres chansonniers de l'époque, il décide de quitter la scène musicale devant la montée en puissance de la musique d'inspiration anglo-saxonne.

Le fonds Réal V. Benoit (P275), acquis par don directement de M. Benoit en novembre 2012, est conservé à BAnQ Rouyn- Noranda. Il contient des textes de chansons, des partitions, des albums originaux ainsi que des enregistrements inédits. On y trouve aussi des documents de planification et des enregistrements de concerts, des afches de spectacles, des textes d'entrevues, un journal de bord, de la correspondance, des photographies et le livre autobiographique Pour le fun.

Après l'exposition Fleuve, René Derouin cède ses archives à BAnQ

À la suite de la tenue de l'exposition Fleuve, présentée à la Grande Bibliothèque d'octobre 2013 à mars 2014 et mettant en valeur une centaine de ses œuvres, le graveur et artiste multi-disciplinaire de renom René Derouin a fait don de ses archives à BAnQ. Ce sont près de huit mètres linéaires de documents textuels, plus d'un millier de photographies et environ 300 bandes vidéo, filmiques et sonores qu'il lègue ainsi à la postérité. Selon ses propres termes, il souhaite servir « les historiens de l'art du Québec, les étudiants en arts ainsi que le public, afin de permettre une compréhension du cheminement particulier de notre appartenance aux Amériques ».

Son fonds, conservé à BAnQ Vieux-Montréal, est composé de carnets d'esquisses illustrant son processus créatif, d'une riche correspondance, d'entrevues accordées aux médias et d'écrits relatifs à l'art et à la culture. Il renferme enfin des photographies de famille, de voyages et de ses créations. Complétant une collection de près de 500 estampes de René Derouin conservée par Bibliothèque et Archives nationales du Québec, le fonds rejoint ceux d'autres artistes réputés, comme Pierre Ayot et Monique Charbonneau.

Une rare trace d'un litige ancien en Nouvelle-France

De la brochure publiée en 1749 et intitulée Mémoire signié pour le Sieur Gabriel Danjau, négociant à La Rochelle reproduite ci-dessus, on ne trouve aucune trace dans les principaux catalogues de bibliothèques d'Amérique du Nord ou d'Europe. Toutefois, l'intérêt de cet achat fait par BAnQ auprès d'un marchand montréalais ne réside pas uniquement dans sa grande rareté.

Dans cette plaquette de 48 pages, il est question des doléances d'un certain Gabriel Danjau à l'endroit de ses deux associés, Joseph Mossu fils et Pierre-Jacques Guillet. En 1740, les trois partenaires ont créé à La Rochelle une entreprise pour acheter des marchandises, les faire transporter puis les vendre ou les échanger par troc à l'île Royale (aujourd'hui l'île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse). Leur but? Se procurer un bateau à Louisbourg ou à Boston afi n de vendre de la morue séchée, possiblement sur les côtes de l'Espagne. Du 14 avril 1740 au 15 octobre 1743, Mossu et Guillet auraient retenu les fonds prêtés ou investis par Danjau, nettement supérieurs à ceux de ses deux partenaires. Les « appellants » auraient en plus gardé pour eux les prots générés par la compagnie, tandis que Danjau était demeuré en France. Le poursuivant estime ainsi avoir été floué de près de 34 000 livres. L'affaire suivait encore son cours le 16 mai 1749, alors que l'« intimé » a déposé au moins un document à la cour.

Cette publication permet de découvrir de l'intérieur l'organisation et le fonctionnement d'une société maritime durant la première moitié du XVIIIe siècle. À cela s'ajoute un plaidoyer émaillé de qualicatifs peu élogieux à l'endroit des fraudeurs, structuré en six sections : Fait, avec une description détaillée du l des événements, Procédure, et quatre Propositions pour le règlement du litige, avec l'argumentation des parties. La mise en page mérite également une certaine attention : usage ciblé de l'italique, citation de lois avec référence en marge et description des pièces déposées par le plaignant. Et comment ne pas sourire devant la vision manichéenne présentée : deux partenaires qui s'accusent mutuellement de la fraude commise devant un Danjau rempli de bonne foi, généreux, victime de sa trop grande crédulité?

Une mosaïque officielle

Juxtaposant les portraits individuels des parlementaires, la mosaïque photographique de 1901 reproduite à la page suivante propose un fascinant portrait de groupe de la 10e Législature de Québec. Issue de notre patrimoine politique et acquise auprès d'un libraire spécialisé de Québec, cette « affiche d'intérieur » nous est parvenue sertie dans un cadre ancien en bois – fort possiblement son cadre d'origine.

En trois registres superposés, on aperçoit les gures centrales du président du Conseil législatif, Horace Archambeault, du premier ministre Simon-Napoléon Parent et de l'orateur de l'Assemblée législative, Henri-Benjamin Rainville. Tout autour se déploient les portraits en médaillon des conseillers législatifs, des ministres et des députés de l'Assemblée législative. Symétrique et ordonnée, la mise en page suggère l'harmonie et l'autorité malgré un contexte politique de division et d'instabilité : réélu lors d'un nouveau balayage libéral aux élections générales du 25 novembre 1904, Parent devra céder sa place à Lomer Gouin quatre mois plus tard.

Ce collage de portraits, rehaussé d'un décor dessiné, a été capté et reproduit par le studio de photographie Montminy et Cie, reconnu pour ses portraits de groupe et ses mosaïques. BAnQ détient maintenant une douzaine de portraits photographiques composites issus de commandes gouvernementales, produites d'abord par Montminy et Cie, puis, vers 1931, par son concurrent, le studio des Livernois.

Les historiens se sont peu intéressés à ce type de représentations ofcielles des mandataires du peuple. Probablement apparues dans les années 1870, elles ornent les corridors de l'hôtel du Parlement à Québec. Leur présence dans cinq centres de BAnQ conservant des archives confi rmerait leur utilisation en région, possiblement dans les bureaux de comté des députés. On trouve aussi ces portraits dans les magazines illustrés de l'époque.

Le genre a évolué. Dans la mosaïque de 1892, les portraits sans médaillons sont juxtaposés les uns aux autres dans une sorte de châsse, tel un objet d'adoration religieuse. Dans celle de 1905, l'architecture et le mobilier du Salon bleu sont suggérés de manière réaliste. Le portrait de groupe en mosaïque fera fureur au Québec, s'implantant tour à tour chez les journalistes parlementaires, les membres de l'opposition, les conseils municipaux, les associations, les clubs, les troupes artistiques, les professeurs et les finissants.

Retour au menu.Pour la pérennité de notre patrimoine

À l'occasion du 35e anniversaire du Centre de conservation du Québec, À rayons ouverts consacre un dossier à la restauration du patrimoine documentaire. Grâce à l'expertise de divers spécialistes, découvrez comment des atlas du XVIIIe siècle, une carte du cercle polaire et divers registres très endommagés ont pu trouver une nouvelle vie.

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.