Dossier : la restauration

Table des matières

 

Une expertise unique au service du patrimoine

par René Bouchard, directeur général, Centre de conservation du Québec

Le Centre de conservation du Québec (CCQ), une agence gouvernementale au sein du ministère de la Culture et des Communications, fête ses trente-cinq ans d'existence. Trente-cinq ans à préserver l'âme des objets, à déjouer le temps, à développer une expertise unique au service du patrimoine, à faire un devoir de mémoire axé sur l'intégrité des œuvres, l'identité, les traces plurielles – amérindienne, française, anglaise – d'un héritage culturel vieux parfois de plusieurs millénaires d'occupation du sol québécois.

Ce legs exceptionnel, on le doit au regroupement de la plus vaste équipe de restaurateurs et de restauratrices d'œuvres d'art et d'objets patrimoniaux au Canada. Porté lors de la création du Centre en 1979 par seulement quatre spécialistes, le flambeau de la préservation du patrimoine a été transmis à une équipe qui compte aujourd'hui près d'une quarantaine d'experts qui œuvrent patiemment et méticuleusement à la conservation préventive et à la restauration du trésor identitaire québécois.

Depuis les balbutiements de la profession au détour des années 1980, des chantiers d'envergure, déterminants aux plans scientifique et historique, ont ponctué le développement des connaissances en restauration : le site rupestre Nisula (remontant à plus de 2000 ans), les vestiges précieux de la flotte de Phips (1690), le décor intérieur fabuleux de la chapelle des Ursulines de Québec (1739), les tableaux du fonds Desjardins (XVIIe-XVIIIe siècles), les bronzes commémoratifs extérieurs du parlement de Québec (XIXe siècle), les sépultures des premiers ministres du Québec, les œuvres d'art public, anciennes ou contemporaines, comme celles du métro de Montréal (1967), ont été, entre autres, des cas d'école majeurs pour les restaurateurs du Centre.

Ces chantiers ont favorisé l'acquisition de connaissances scientifiques, artistiques et historiques qui font des restaurateurs des chaînons irremplaçables de la préservation et de la mise en valeur du patrimoine du Québec. Cette expertise éprouvée a fait du CCQ un lieu de formation réputé dans le monde entier, puisqu'on y a accueilli, depuis 1985, plus de 150 stagiaires en provenance d'une quinzaine de pays différents.

Toute cette science profite à la clientèle étendue du CCQ : musées, centres d'archives, propriétaires de biens classés, ministères et organismes, municipalités et universités, particuliers et entreprises privées. Sans oublier bien sûr Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), qui est l'hôte de ce dossier spécial consacré à la restauration et au 35e anniversaire du CCQ. Que ce soit par les formations créées sur mesure pour les municipalités, les artistes ou les archives ou par la panoplie d'outils développés pour faciliter l'entretien des collections de ses partenaires, tel Préserv'Art, le Guide sur l'art public ou celui sur l'entretien des cimetières, le Centre a su adapter ses services en gardant toujours en tête sa mission publique. Pour ce qui est de sa collaboration avec BAnQ, elle se traduit par 650 heures de restauration gratuite chaque année. Depuis 1995, c'est plus d'une centaine de documents qui ont bénéficié des soins des professionnels du Centre et plus d'une dizaine de formations adaptées qui ont été données aux membres du réseau.

Les restaurateurs sont des ressources précieuses et rarissimes, surtout si on pense que la formation, de niveau maîtrise, n'est donnée dans aucun établissement québécois. Les professionnels du Centre ont donc été formés au Canada, en Europe et aux États-Unis. Pour obtenir leur diplôme, un stage d'au moins six mois, réalisé dans deux endroits différents, est obligatoire. Si on combine leurs expériences, les restaurateurs du CCQ ont pratiqué aux quatre coins du globe! Ils ont pu parfaire leur art dans des lieux mythiques comme le Louvre, le château de Versailles, le Metropolitan Museum, le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia et le Centre d'études alexandrines. Trois membres de l'équipe, Patricia Bufe, Jane Dosman et Marie Trottier, signent des textes dans ce dossier spécial consacré à la restauration des œuvres sur papier. Elles ouvrent en quelque sorte la porte de leur atelier et lèvent le voile sur leur travail au quotidien pour le bénéfice des lecteurs d'À rayons ouverts.

 

Journée spéciale sur la restauration

Le 24 octobre prochain, BAnQ sera l'hôte d'une journée spéciale consacrée à la restauration des œuvres sur papier. Organisée en partenariat avec le Centre de conservation du Québec, celle-ci permettra à divers intervenants de discuter des principes et des limites de la restauration. Des ateliers sur la conservation préventive et sur la restauration seront aussi offerts au public. Surveillez les détails au cours de l'été à l'adresse banq.qc.ca/ colloques.

 

Retour au menu.La conservation pérenne des collections à BAnQ

par Lisa Miniaci, chef du Service de la préservation des collections patrimoniales, BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie

La conservation des collections patrimoniales est un élément essentiel de la mission de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Pour remplir ce mandat, la gestion de la conservation préventive des collections patrimoniales publiées et archivistiques est partagée entre le Service de la préservation, à la Direction des acquisitions et de la préservation des collections patrimoniales, et la Direction générale des archives.

Pour conserver de façon pérenne ses collections, BAnQ s'est dotée de politiques et de procédures qui encadrent la conservation, l'entreposage, le prêt, la manipulation, la restauration et la reliure des documents. Les employés en contact quotidien avec ces collections reçoivent des formations sur la manipulation des documents. En cas d'incident majeur ou mineur, BAnQ possède des plans d'intervention pour évacuer efficacement les collections en péril et réduire les dommages.

BAnQ applique les plus hauts standards en matière d'entreposage. Dans les conditions adaptées des réserves de BAnQ, les différents types de supports, dont le papier, le vinyle, le film, le disque compact, sont conservés adéquatement pour la postérité. À BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie, cinq grandes réserves abritent la majorité des collections patrimoniales publiées. L'humidité relative et la température des réserves sont contrôlées et des systèmes de détection et d'extinction de feu y sont installés. Le mobilier est adapté aux différents types de documents selon des recommandations muséologiques. Les 10 centres de BAnQ conservant des archives respectent aussi les normes établies en matière d'entreposage. À titre d'exemple, BAnQ Vieux-Montréal, sur l'avenue Viger, abrite une réserve à température réduite pour mieux conserver les films et les photographies. Toutes les réserves de BAnQ sont à accès limité pour s'assurer de la sécurité des documents.

La gestion de la conservation curative est placée sous la responsabilité du Service de la préservation, qui dispose d'un personnel spécialisé composé notamment d'une muséologue, de deux restauratrices, de trois techniciennes en muséologie et d'une relieuse. Ces employés sont formés pour travailler avec les documents précieux et appliquer des techniques et des principes recommandés, entre autres, par le Centre de conservation du Québec. Les connaissances spécialisées du service sont partagées dans des fiches techniques sur la préservation et la restauration disponibles sur le portail de BAnQ2.

Quoi faire avec les documents fragiles?

Certains documents fragiles, de grand format ou consultés fréquemment font l'objet d'une attention particulière. Les employés en contact quotidien avec les documents identifient ceux qui ont besoin d'un contenant spécialisé avant d'être intégrés aux réserves. Les techniciennes en muséologie sont chargées de fabriquer des boîtes et des chemises sur mesure ainsi que d'encapsuler des documents entre des feuilles de polyester. Les cartons et les papiers sans acide et les plastiques neutres sont privilégiés pour la fabrication de tous ces contenants. Ce conditionnement vise aussi à protéger les objets de la lumière, de la poussière, des fluctuations atmosphériques et des sinistres. Des documents ont parfois besoin de restauration avant de trouver leur place en réserve. Des interventions telles que la mise à plat, l'enlèvement de la poussière ou des moisissures, ainsi que la réparation de déchirures ou de lacunes, sont très communes. BAnQ effectue ces restaurations pour s'assurer que les dégradations ne s'amplifient pas et que les documents abîmés n'endommagent pas ceux à côté desquels ils sont entreposés.

Comment choisir les documents à restaurer?

BAnQ possède des milliers de documents nécessitant une intervention de restauration. Pour choisir les documents qui feront l'objet de ces traitements, le Service de la préservation planifie un programme annuel de restauration et effectue des choix parmi des centaines de documents problématiques signalés par les employés qui travaillent avec les collections. Le choix des documents destinés aux traitements prioritaires est également établi selon des critères relatifs à leur rareté ou à leur valeur historique.

La restauration et le conditionnement des documents permettent de rendre disponibles au public des ouvrages inaccessibles sans intervention préalable. Ainsi, la préséance pour la restauration est accordée aux projets de valorisation et de diffusion des collections. Les documents sont traités à des fins d'exposition, à BAnQ ou dans d'autres institutions culturelles. Une restauration est parfois effectuée pour faciliter une consultation par un chercheur. La stabilisation des documents visés par le programme de numérisation des collections fait aussi partie des fonctions des restauratrices. Depuis la dernière décennie, la préservation est davantage présente dans le quotidien de BAnQ. La restauration et le conditionnement sont indispensables pour stabiliser les documents pour une panoplie d'activités de diff usion, ainsi que pour ranger les collections adéquatement. Les documents sont manipulés avec soin et leur entreposage est sécuritaire. Ces précautions garantissent la pérennité des collections patrimoniales afin qu'elles soient disponibles pour les générations futures.


 

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Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.