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Coup d'œil sur les acquisitions patrimoniales

par Daniel Chouinard, bibliothécaire aux acquisitions des collections patrimoniales, BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie, et Hélène Fortier, archiviste-coordonnatrice, BAnQ Vieux-Montréal, avec la collaboration de Linda Corcoran, archiviste, BAnQ Québec, de Julie Roy, archiviste-coordonnatrice, BAnQ Sherbrooke, de Sophie Morel, archiviste-coordonnatrice, BAnQ Trois-Rivières, de Danielle Léger et d'Élise Lassonde, bibliothécaires responsables de collections spéciales, BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie

La plus importante mine d'amiante à ciel ouvert au monde

BAnQ Sherbrooke vient de se porter acquéreur des archives de la Johns Manville Canada Inc. Le fonds Johns Manville Corporation (P56) témoigne de l'exploitation de la mine Jeffrey par diverses entreprises, de l'Asbestos and Asbestic Co. jusqu'à la Johns Manville Canada Inc., entre 1894 et 1983. Ce fonds contient principalement des photographies, de la correspondance, des films, des cartes, des plans ainsi que des dessins d'architecture, d'ingénierie et techniques.

Les archives du fonds relatives au volet industriel traitent de l'exploitation de la mine (mine à ciel ouvert, forage, puits souterrains, extraction du minerai), de la production (technologie employée, mise en sac du produit brut) et de la recherche scientifique (tests de produits utilisant l'amiante, notamment dans les domaines du textile et de la construction). Ces archives traitent également des infrastructures nécessaires pour répondre aux besoins de la production et de l'exportation (bureau administratif, divers moulins et entrepôts, dépotoirs, chemin de fer, aéroport, garage de camions) ainsi que de la vie des travailleurs (hygiène industrielle, formation, accidents, employés à l'œuvre).

On trouve aussi dans le fonds des pièces relatives aux infrastructures nécessaires aux besoins des travailleurs (habitations, hôtels, patinoire, club de golf, club-house – avec gymnase, auditorium, théâtre et allées de quilles –, magasin, lieux de culte, hôpital et clinique, école). Enfin, d'autres documents s'intéressent au trou béant de la mine qui, en grandissant au fur et à mesure de l'exploitation minière, force le recul des habitations en périphérie. L'urbanisme de la ville d'Asbestos est régulièrement en mouvement, avec l'abandon et l'effondrement de rues, la destruction ou le déménagement d'édifices, le déplacement du centre-ville, la relocalisation des routes et des services de la ville.

À la manière de Lucien Émond, caricaturiste

Un fonds d'archives acquis récemment par BAnQ à Québec documente le travail pluridisciplinaire de Lucien Émond. Même si sa carrière professionnelle l'a amené à explorer l'illustration, le design graphique, la peinture et l'art publicitaire, c'est le travail du caricaturiste de presse qu'on soulignera ici.

Avec cette acquisition, l'institution se dote d'un panorama éclectique de l'histoire de la caricature au Québec. En effet, le travail de Lucien Émond participe à l'évolution de la caricature de presse au XXe siècle et vient enrichir un corpus qui inclut plusieurs générations d'artistes œuvrant dans la caricature de presse tels que Robert Lapalme, Raoul Hunter, André-Philippe Côté et Serge Chapleau. L'acquisition de l'œuvre de Lucien Émond permettra d'éclairer davantage l'histoire de la caricature québécoise tant sur le plan social que des points de vue iconographique et stylistique.

Lucien Émond est né à Québec le 6 mai 1925. Entre les années 1943 et 1947, il fréquente l'École des beaux-arts de Québec et de Montréal. Il étudie les arts publicitaires et fait quelques voyages d'étude à Paris. Lucien Émond touche également à l'enseignement comme professeur à l'École des beaux-arts de Québec. On le retrouve à la direction du programme des arts visuels à l'Université Laval entre 1978 et 1982.

Les caricatures d'Émond se caractérisent par un dessin franc, maîtrisé, sarcastique, ironique, sans être caustique et sans l'aide de Photoshop. Homme discret, humble et fier à la fois, Émond se cache parfois derrière le pseudonyme de Nazaire. Ses sujets de prédilection sont les enjeux sociaux liés aux préoccupations quotidiennes des gens. On pense ici aux embouteillages, à la pollution de l'air, à l'ivresse au volant, etc. Il ironise de temps à autre à propos des décisions du gouvernement sans toutefois pointer directement les personnalités du monde politique.

Le caricaturiste livre ses opinions avec une certaine liberté de pensée, mais il s'impose des limites pour éviter de glisser dans l'opprobre. Chez Lucien Émond, les acteurs de la vie politique et leurs travers sont à peine esquissés. Ses successeurs miseront davantage sur la faune politique pour concevoir des caricatures plus féroces.

Purvis : croisière de charme

Il brille au firmament de la création graphique britannique et figure dans toutes les histoires mondiales de l'affiche : Tom Purvis (1888-1959), né à Bristol, en Angleterre. Son imposante production, saluée autant par ses pairs que par le public, est marquée au coin du succès. Diplôméde la réputée Camberwell School of Art, Purvis perfectionne sa connaissance de la lithographie chez l'imprimeur londonien Avenue Press. Il travaille à Londres, d'abord pour l'agence Mather and Crowther, puis à son propre compte.

Son carnet d'adresses compte d'influents clients dans les secteurs de la mode, de l'industrie et du transport. Purvis milite pour la reconnaissance de l'art commercial, adhère à la Society for Industrial Artists dès sa fondation en 1930 et, six ans plus tard, figure parmi les tout premiers Royal Designer for Industry, un titre qui salue l'alliance entre esthétisme et design performant. Il est artiste de guerre pendant les deux conflits mondiaux et se consacre au portrait et à la peinture religieuse après 1945.

L'affiche lithographiée de 1937 intitulée Canadian Pacific Happy Cruises ne déroge en rien aux règles dont Purvis fait la promotion dans ses écrits et conférences : adéquation à sa finalité, effet de choc agréable, sensation d'unité et de complétude, simplicité du concept, clarté dans l'expression1. À la faveur d'un détour par une vente aux enchères new-yorkaise, cette œuvre remarquable vient de gagner la collection patrimoniale d'affiches de BAnQ.

Imprimée en Grande-Bretagne, probablement à l'initiative des bureaux londoniens du Canadien Pacifique, cette production graphique fait partie d'une série d'au moins quatre créations signées Purvis. L'entreprise montréalaise triomphe alors dans le secteur des croisières océaniques et l'image de marque du CP s'y pare d'une élégance british dérivée de l'art déco. Fidèle à son habituelle simplification dramatique des formes et des couleurs, le créateur réduit le modelé à sa plus simple expression. Le noir est banni et les formes colorées sont juxtaposées sans ligne de contour. Le créateur troque ici le caractère Gothic sans serif, à la fois élégant et austère, pour un lettrage évoquant une calligraphie vive et joyeuse. Expressive, stylisée, synthétique et saisissante, cette image a été utilisée pour promouvoir les croisières estivales sur les Grands Lacs, « délicieux intermède » d'une traversée pancanadienne. Tout y est lumière et promesse de bonheur pour les adeptes du tourisme de croisière.

Samuel Herbert Maw, architecte et graveur

Samuel Herbert Maw est né en 1881 en Angleterre, où il a fait des études en architecture. C'est probablement dans ce contexte qu'il s'initie à la gravure à l'eau-forte, discipline qui permet le déploiement de son aisance en dessin. Les sujets privilégiés par l'artiste sont le patrimoine bâti et les scènes marines européennes. En 1912, il s'installe à Toronto et intègre progressivement des représentations canadiennes dans sa production d'estampes, qu'il poursuit parallèlement à une carrière d'architecte. À son arrivée dans la Ville reine, il est embauché par la firme Darling & Pearson pour laquelle il œuvrera à plusieurs projets d'importance. De 1918 à 1923, il vit à Halifax où il côtoiera Arthur Lismer, un artiste du Groupe des Sept. Puis, en 1923, il part pour Montréal où il sera à l'emploi de plusieurs bureaux d'architecture et enseignera brièvement, en 1940, le rendu architectural et la perspective à l'Université McGill. Il retourne peu de temps après en Ontario et meurt à Toronto en 1952.

BAnQ a récemment acquis deux eaux-fortes de l'artiste, dont l'une représente l'édifice Sun Life. Situé rue Metcalfe au coin du boulevard René-Lévesque (alors boulevard Dorchester) et face au square Dorchester (alors square Dominion), il est l'œuvre de la firme torontoise Darling & Pearson, au sein de laquelle Maw a amorcé sa carrière canadienne. En 1918, la compagnie d'assurance Sun Life déménage ses quartiers dans ce bâtiment de sept étages, dont la construction vient d'être achevée. Les architectes de Darling & Pearson se chargeront également des agrandissements successifs effectués en 1926 et 1933, portant la hauteur de l'édifice à 26 étages.

Le talent exceptionnel de dessinateur de Maw est évident dans cette planche au rendu quasi photographique. L'effet vaporeux magnifie les colonnes corinthiennes de cette architecture néo-classique, hautes de 60 pieds. La façade éclairée d'une lumière surréelle est auréolée d'un avant-plan plus foncé comprenant des arbres au dessin très ornemental et un groupe de piétons. On devine à droite le monument à Monseigneur Bourget réalisé en 1903 par le sculpteur Philippe Hébert qui orne la devanture de la basilique-cathédrale Marie-Reine-du- Monde, voisine de l'édifice Sun Life.

Cette rare œuvre gravée est non seulement un précieux témoin de la création artistique du début du XXe siècle, mais aussi un habile portrait de la vie urbaine et du monde des affaires à Montréal à cette époque.

Le fonds Georges Robert : urbanisme et aménagement du paysage

BAnQ Trois-Rivières a récemment fait l'acquisition des archives de l'urbaniste Georges Robert. Né en Tunisie après la Première Guerre mondiale, il étudie en architecture à l'École des beaux-arts de Tunis, puis à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Paris. Avec sa famille, il vient s'installer au Québec en 1956 à la suite de l'accession à l'indépendance de la Tunisie. Il travaille dans le secteur privé pendant 20 ans, puis au sein de la fonction publique québécoise jusqu'à sa retraite, en 1996. Georges Robert est reconnu comme un précurseur dans le domaine de l'aménagement du paysage.

Le fonds est constitué d'environ 3 mètres linéaires de documents textuels, 3000 documents techniques et 1200 documents cartographiques ainsi que de 2 films. Les documents ont été produits entre les années 1950 et 2000. Ce sont des plans directeurs, photographies, photographies aériennes, films, plans d'architecture de paysage et d'urbanisme (préliminaires et finaux), cartes d'analyse, etc. Il contient aussi une petite quantité de documents relatifs à l'implication de Georges Robert au sein de sa communauté professionnelle, notamment des brochures, des coupures de presse et divers rapports.

 


1. Notamment dans le texte d'introduction de Poster Progress, London, The Studio, 1939, 128 p.

 

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Chaque saison, Bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ) offre au public de nombreuses activités culturelles à la Grande Bibliothèque, dans ses neuf centres d'archives répartis sur le territoire du Québec et au Centre de conservation.

Expositions, conférences, lectures publiques, Heure du conte… il y en a pour tous les goûts et pour tous les âges. Pour tous les détails, consultez le Calendrier des activités culturelles, disponible sur papier dans tous les édifices de BAnQ et dans de nombreux lieux culturels, ainsi qu'en version PDF [2,89 Mo]

Renseignements : 514 873-1100 ou 1 800 363-9028

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