Dossier : le Rapport Parent

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Avant les polyvalentes : les sources archivistiques du système d'éducation

par François David, adjoint du conservateur et direct eur général des archives, et Sonia Lachance, archiviste, BAnQ Québec

La scolarisation obligatoire, les écoles secondaires, les cégeps et les programmes de prêts et bourses font partie de notre quotidien. Tous ceux qui sont nés après 1960 ont connu d'une manière ou d'une autre les bons et moins bons côtés du système d'éducation qui découle encore aujourd'hui en grande partie du modèle instauré il y a 50 ans.

En effet, dès la création en 1964 du ministère de l'Éducation, s'amorce une succession de réformes qui donnent une impulsion nouvelle à l'éducation au Québec. Mais qu'en est-il du système qui était en place à l'aube de ces grands changements? On peut trouver quelques pistes de réponses dans les fonds d'archives conservés par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), par exemple dans ceux des grandes institutions gouvernementales liées à l'éducation qui se sont succédé sur une période de 160 ans et qui ont préparé le terrain à la mise en œuvre des réformes implantées au courant des années 1960.

La mise en place d'une structure gouvernementale

Jusqu'à l'aube du XIXe siècle, l'éducation relève presque exclusivement des communautés religieuses et du clergé. Ce n'est qu'à partir de 1801, par l'adoption d'une première loi scolaire, que l'État s'immisce dans la sphère de l'éducation. Par l'entremise des pouvoirs accordés au gouverneur et à l'Institution royale pour l'avancement des sciences, l'État s'accorde un premier droit de regard dans ce domaine. Quarante ans plus tard, le Parlement du Canada-Uni précise le rôle de l'État en créant le poste de surintendant de l'Instruction publique. Jean-Baptiste Meilleur est le premier fonctionnaire à être nommé à ce poste qu'il occupe jusqu'en 1855, quand Pierre-Joseph-Olivier Chauveau lui succède. Les principaux mandats du surintendant consistent à veiller à l'application des lois scolaires, à distribuer les subventions gouvernementales et à rendre compte au Parlement de l'état de l'éducation.

Peu à peu et au fur et à mesure que les besoins en instruction publique se développent, une structure administrative de plus en plus complexe est mise en place. Les pouvoirs et les fonctions du surintendant sont accrus et des inspecteurs d'écoles agissent en son nom dans toutes les régions du Québec. Ainsi est créée la première unité administrative consacrée à l'éducation : le département de l'Instruction publique, qui joue un rôle important sur le terrain avec ses nombreux inspecteurs sillonnant le territoire. Par ailleurs, le Conseil de l'instruction publique est constitué en 1856; il devient le véritable maître d'œuvre de l'éducation. C'est par son entremise que les lois sont formulées et que sont établis les principes qui marqueront l'instruction publique au Québec durant plus d'un siècle.

En 1867, la Constitution canadienne fait officiellement de l'éducation une compétence provinciale. Cette décision provoque un changement dans le système scolaire mis en place depuis 1841, puisqu'un ministère de l'Instruction publique est créé et que le poste de surintendant est aboli. Ce changement est de courte durée : huit ans après sa création, soit en 1875, ce ministère est abrogé et les anciennes structures administratives sont remises en place. Cette réorganisation confirme le rôle du Conseil de l'instruction publique, désormais formé de deux comités, l'un catholique et l'autre protestant, et du département de l'Instruction publique.

Cette structure du système scolaire aura cours au Québec, presque sans modification, durant près d'un siècle. Ce n'est qu'en 1964 que ce système est remis en cause à la suite des travaux ayant mené à la publication du Rapport Parent. L'État crée alors le ministère de l'Éducation, né de la fusion du ministère de la Jeunesse et du département de l'Instruction publique. Dans la foulée, l'État procède à la création d'un conseil consultatif formé de deux comités – l'un catholique et l'autre protestant –, pâle successeur du défunt Conseil de l'instruction publique. C'est ainsi que le ministère de l'Éducation voit le jour, ancêtre du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport du Québec tel qu'on le connaît aujourd'hui.

Cet important changement de la structure du système d'éducation survenu dans les années 1960 s'inscrit dans un plan de réforme majeur de l'ensemble de l'appareil gouvernemental. Aucune activité de l'État n'échappe à ce brassage d'idées qui aboutira à des changements majeurs qui s'avéreront les véritables clés de voûte de la modernisation de l'État.

LE RAPPORT PARENT : TOUJOURS D'ACTUALITÉ

La personnalité du maître est donc tout entière en cause dans l'enseignement et, plus que ses leçons, c'est sa qualité humaine, même si elle est souvent silencieuse, qui impressionnera véritablement les jeunes et enrichira leur propre qualité humaine. C'est là qu'est l'éducation : dans ce contact , dans ce dialogue implicite d'un jeune élève désireux de s'accomplir avec l'adulte éclairé, équilibré, épanoui et généreux (t. 3, vol. 2, p. 198).

 

Les sources archivistiques

L'essentiel des archives documentant l'évolution du système d'éducation au Québec est conservé dans le fonds Ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport. Ce volumineux ensemble archivistique, formé de plus de deux kilomètres linéaires de documents, constitue une source d'information exceptionnelle sur l'évolution de l'administration scolaire depuis plus de deux siècles et sur tous les citoyens ayant bénéficié de l'éducation publique. On y trouve entre autres une volumineuse correspondance du département de l'Instruction publique, de nombreux rapports d'inspecteurs d'écoles, des rapports d'élection de commissaires scolaires ainsi que les procèsverbaux du Conseil de l'instruction publique, de sa première réunion en 1860 jusqu'à son abolition en 1964. Dans une moindre mesure, le fonds du Secrétariat de la province constitue aussi une source d'information intéressante puisqu'il est possible d'y consulter, entre autres, les nominations du Conseil de l'instruction publique.

Afin de comprendre la réelle portée du Rapport Parent et des décisions prises par la suite, il est nécessaire de bien connaître la situation de l'éducation au Québec avant les années 1960. Les archives sont là pour témoigner du chemin parcouru et des efforts consentis par les générations passées pour faire du Québec une société moderne.

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La bibliothèque est un instrument essentiel de l'enseignement. Reconnaître cette importance primordiale de la bibliothèque scolaire, c'est en même temps reconnaître […] qu'il y faut accorder un budget suffisant, un espace convenable dans l'architecture scolaire, un personnel compétent (t. 2, vol. 2, p. 312).

 

Retour au menu.Hector Legros : un surintendant de la région de l'Outaouais

par Nathalie Gélinas, archiviste-coordonnatrice, BAnQ Gatineau

Connaissez-vous Hector Legros? Ce nom n'évoque probablement en vous aucun souvenir. Mais en précisant que cet abbé, né dans le canton de Masham (Outaouais) en 1898, a été inspecteur des écoles à Hull, on entrevoit déjà mieux son rôle dans le milieu de l'éducation. Homme d'Église, professeur et historien, Hector Legros a œuvré dans sa région natale jusqu'à son décès en 1975.

Son fonds d'archives, conservé à Gatineau sous la cote P7, témoigne de sa vie de séminariste, de ses études en belles-lettres en Europe, de sa carrière de professeur et de surintendant des écoles, de ses recherches sur l'histoire de l'Outaouais ainsi que de son implication dans la vie communautaire. La richesse du fonds tient notamment aux photographies et aux écrits d'Hector Legros. Ses notes personnelles, ses cahiers d'école, le journal de son voyage en Europe, sa correspondance ou les documents plus officiels qu'il a rédigés le révèlent comme un homme de foi, certes, mais aussi comme un esprit ouvert, curieux et critique qui ne craint pas d'affirmer ses idées.

Bien que peu volumineuse, la série documentaire consacrée au rôle d'inspecteur des écoles d'Hector Legros constitue, pour quiconque s'intéresse au milieu scolaire hullois entre 1935 et 1941, un corpus incontournable. Particulièrement préoccupé par l'absentéisme à l'école et ses conséquences sur l'avenir, l'abbé Legros compile des portraits statistiques sur la fréquentation scolaire, la progression pédagogique et la réussite des enfants. Dans ses notes de travail, ses rapports aux commissaires scolaires, ses communications adressées aux écoles et aux parents, il documente, commente et analyse ces diverses quest ions et fait des recommandations. Il s'intéresse au rôle de l'enseignant, de la famille et de la société dans le succès scolaire des enfants.

C'est l'actualité des propos qui frappe le lecteur qui parcourt le fonds Hector Legros. Les mentalités ont évolué, le discours s'est raffiné, mais les préoccupations pour la persévérance scolaire semblent encore trouver des échos au XXIe siècle.

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