Dossier : le Rapport Parent

Table des matières

 

Un point d'arrivée et un point de départ

par Claude Corbo, chargé de mission aux affaires académiques et stratégiques de l'Université du Québec

Pendant les années 1960 et 1970, de grandes commissions d'enquête ont été instituées par le gouvernement québécois pour examiner en profondeur des enjeux majeurs de société : par exemple, la Commission d'enquête sur la santé et le bien-être social (Castonguay-Nepveu, 1966- 1970) ou encore la Commission d'enquête sur la situation de la langue française et des droits linguistiques au Québec (Gendron, 1968-1973).

Mais le document qui vient le plus spontanément à la mémoire lorsque l'on évoque la Révolution tranquille est certainement le fameux Rapport Parent, c'est-à-dire les cinq volumes présentant les travaux et les recommandations de la Commission royale d'enquête sur l'enseignement dans la province de Québec, créée au début de 1961. Les contemporains ne se méprirent pas sur l'importance de cette commission d'enquête qui reçut 300 mémoires provenant de tous les milieux québécois, qui tint de nombreuses séances publiques aux quatre coins du Québec et qui, par le moyen de 576 recommandations, fournit au gouvernement le plan d'ensemble d'une réorganisation en profondeur du système d'éducation. Ainsi, une autre commission, la Commission d'enquête sur l'enseignement des arts au Québec, présidée par le sociologue Marcel Rioux, souligne dans son rapport de 1968 que le grand mérite du Rapport Parent est « la tentative qu'il a faite pour instituer et établir un système d'éducation qui corresponde à ce que le Québec était devenu en fait » (vol. 1, p. 22).

L'éducation québécoise au milieu du XXe siècle

Au milieu du XXe siècle, dans un Québec de plus en plus urbanisé, industrialisé et ouvert au monde notamment grâce à la télévision, le système d'éducation se porte mal. Il n'y a pas de ministère qui en assure la coordination et la cohérence, mais une multitude d'autorités gérant chacune une partie du système. Il y a une variété, un « fouillis » disent même certains, de filières de formation, surtout au secondaire franco-catholique où elles diffèrent pour les filles et les garçons et où plusieurs ne débouchent pas sur les ordres supérieurs d'enseignement, contrairement à la situation chez les anglo-protestants. Le système est gravement sous-financé : la moitié des quelque 1800 commissions scolaires sont en déficit récurrent, il n'y a pas de système de subventions gouvernementales statutaires, et les universités, surtout francophones, crient famine. Les conditions de travail du personnel enseignant sont médiocres. Et il y a chez les franco-catholiques une sérieuse sous-scolarisation dans tous les ordres d'enseignement.

LE RAPPORT PARENT : TOUJOURS D'ACTUALITÉ

L'école doit former le caractère, mais elle trahit sa mission si elle n'ouvre pas l'esprit. […] Non seulement il faut développer et meubler la mémoire; on doit aussi faire appel à l'imagination et aux dons créateurs. Ces facultés sont trop souvent étouffées par un enseignement qui valorise plutôt l'érudition que l'expression. Dans cett e persp ective, le développement de la sensibilité ne doit plus être marginal dans la formation intellectuelle : la culture artistique vient au contraire renforcer et élargir l'élan créateur de l'intelligence (t. 2, vol. 1, p. 13-14).

 

Une décennie de débats

Toutes les carences de l'éducation québécoise étant connues, celles-ci font l'objet d'intenses débats publics tout au long des années 1950. Ces débats prennent des formes très diverses et abordent tous les enjeux relatifs à l'éducation. Par exemple, au terme de trois années de travaux, en 1956, la Commission royale d'enquête sur les problèmes constitutionnels recommande la création d'une commission d'enquête sur l'éducation. La vaste Conférence provinciale sur l'éducation demande en 1958 la refonte de toutes les lois scolaires et propose elle aussi la création d'une commission d'enquête sur l'éducation. Plusieurs leaders d'opinion et des publications comme les célèbres Insolences du Frère Untel (1960) sensibilisent la population aux carences de l'éducation québécoise et à l'urgence d'une réforme. Pas étonnant que le Parti Libéral du Québec, opposition officielle depuis 1944, inscrive dans son programme électoral de 1960 l'engagement de créer une « commission royale d'enquête sur l'éducation », ce qu'il proposera par projet de loi dès janvier 1961.

Le point de départ d'une réforme en profondeur de l'éducation Québécoise

La Commission royale d'enquête sur l'enseignement dans la province de Québec, dont les membres sont nommés le 21 avril 1961, est ainsi un point d'arrivée, mais surtout un point de départ. En fait, en répondant aux carences de l'éducation québécoise du milieu du siècle, le Rapport Parent proposait l'architecture et les grands contenus du système d'éducation québécois qui est encore en place aujourd'hui.

Le document est porté par une nouvelle philosophie de l'éducation : celle-ci est à la fois un droit universel pour tout individu et une nécessité pour une société industrialisée et démocratique. Cette éducation doit être rendue accessible, notamment par la gratuité de tous les ordres d'enseignement. Elle doit intégrer tous les univers de connaissances, par la polyvalence de la formation. Tous doivent passer par la même école publique élémentaire et secondaire.

Le premier tome du Rapport recommande que le système soit soutenu, dirigé et coordonné par un ministre de l'éducation assisté par un Conseil supérieur de l'éducation. Le Rapport définit aussi les structures nouvelles du système : un cours élémentaire de six ans, un secondaire de cinq ans comportant des options progressives et conduisant soit au marché du travail, soit aux études supérieures. Un nouvel ordre d'enseignement gratuit et présent partout sur le territoire est créé, le cégep, avec deux cheminements : un programme général de deux ans donnant accès aux études universitaires et des programmes professionnels ou techniques ouvrant sur le marché du travail. Le Rapport préconise aussi que les enseignants soient désormais formés par les universités, plutôt que par les écoles normales. De plus, le Rapport s'intéresse au financement de l'éducation : le gros de l'effort doit être assumé par des subventions statutaires fournies par l'État, notamment parce que l'éducation du plus grand nombre est un besoin de la société et parce que cette éducation doit être gratuite.

Le recul d'un demi-siècle permet de mieux discerner à la fois la grandeur et le génie de la commission Parent : elle a su faire fructifier une décennie de débats, orchestrer un vaste effort de discussion et de réflexion dans la société québécoise et proposer l'architecture et le contenu d'une nouvelle éducation adaptée aux besoins d'une société démocratique désireuse de vivre et de réussir dans le monde contemporain.

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Dans une société de plus en plus industrialisée et technique, l'éducation est un élément essentiel du bien-être; c'est dans la mesure où chacun pourra se développer pleinement, aussi bien sur le plan intellectuel et moral que sur le plan physique, qu'il sera ensuite capable de donner sa mesure dans la société, d'y mener une vie fructueuse pour lui-même et pour les autres. De nos jours, aucun enfant ne doit se voir refuser la possibilité de s'instruire et de développer pleinement ses dons et ses aptitudes; cela s'applique aussi bien aux filles qu'aux garçons, autant aux pauvres qu'aux riches, aussi bien aux enfants handicapés qu'aux enfants sans problèmes particuliers. Il y va non seulement de l'intérêt de l'enfant lui-même et de son avenir, mais aussi de l'intérêt de la société (t. 3, vol. 2, p. 220).

 

Quelques ouvrages sur le Rapport Parent

  • AUDET, Louis-Philippe et autres, Le rapport Parent, dix ans après, actes de colloque, Montréal, Bellarmin, 1975, 161 p.
  • BERTHELOT, Michèle, Les États généraux sur l'éducation, 1995-1996 – Exposé de la situation, Québec, Ministère de l'Éducation, 1996, 132 p.
  • COMMISSION DES ÉTATS GÉNÉRAUX SUR L'ÉDUCATION, Les États généraux sur l'éducation, 1995-1996 – Rénover notre système d'éducation : dix chantiers prioritaires, rapport final, Québec, La Commission, 1996, 90 p.
  • CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'ÉDUCATION, Rapport annuel 1987-1988 sur l'état et les besoins de l'éducation – Le rapport Parent, vingt-cinq ans après, Québec, Publications du Québec, 1988, 151 p.
  • DUMONT, Fernand et Yves MARTIN (dir.), L'éducation, 25 ans plus tard, et après?, actes de colloque, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1990, 432 p. Du rapport Parent à la démocratisation sélective de notre système d'éducation – Campagne CSQ pour une éducation publique de qualité, juste et égalitaire, Montréal, Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (CSQ), 2008, 19 p.

 

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Les structures scolaires les plus souples, les méthodes et les programmes les mieux adaptés à l'élève, les écoles les mieux construites et les mieux équipées ne renouvelleront pas vraiment le système d'éducation de la province si les maîtres n'ont pas la formation et la qualité qu'il faut pour en assurer tout le profit aux enfants. La formation et le perfect ionnement des maîtres sont donc au cœur de la réforme scolaire (t. 2, vol. 1, p. 255).

 

Retour au menu.Les archives de la Commission Parent

par Jean Maurice Demers, archiviste, BAnQ Québec

Les archives de la commission Parent sont riches de contributions provenant de tous les horizons du Québec. Rédigées en français ou en anglais, elles expriment les points de vue de francophones, d'anglophones, d'autochtones et de quelques communautés culturelles; de chrétiens (catholiques, protestants et orthodoxes) et de juifs; de personnes physiques, d'associations, de maisons d'enseignement, de syndicats et d'entreprises.

L'ensemble de cette documentation dresse un portrait général du système d'éducation québécois au début des années 1960 et ouvre les perspectives d'avenir qu'on entrevoyait à l'époque.

Le fonds Commission royale d'enquête sur l'enseignement dans la province de Québec (cote E116) est mis à la disposition du public à BAnQ Québec. Il compte 9,25 mètres linéaires de documents textuels produits ou reçus par la Commission, créés essentiellement entre 1961 et 1966.

Le fonds contient principalement les documents suivants :

  • les mémoires soumis à la Commission;
  • la documentation rassemblée par la Commission (y compris quelques documents administratifs, notamment sur des séances tenues à huis clos);
  • la correspondance avec des experts et des représentants de « corps publics, [d']associations et [de] collectivités »;
  • les transcriptions d'audiences publiques tenues dans huit villes du Québec et des dossiers d'entrevues conduites par la Commission; la copie de quelques mémoires importants présentés au ministre de l'Éducation et de documents administratifs de la Commission (documents préparatoires, ordres du jour, procès-verbaux, etc.).

Les archives de la commission Parent sont décrites plus précisément dans l'outil Pistard, à banq.qc.ca. Il est possible de faire des recherches au niveau des dossiers, et parfois au niveau des pièces.

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