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D'art et de culture

Un hommage à la création

par Éric Fontaine, rédacteur-réviseur
Direction de la programmation culturelle

Septembre a vu le lancement de l'année Création à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), qui souligne l'immense talent des créateurs d'ici. Le volet arts visuels de cette année thématique s'articule autour de deux expositions exceptionnelles, Fleuve – René Derouin, qui est ouverte depuis le 1er octobre dans la salle d'exposition principale de la Grande Bibliothèque, et Louis-Pierre Bougie – 30 ans de livres d'artiste, présentée dans la salle Gilles-Hocquart du Centre d'archives de Montréal jusqu'au 16 février 2014.

Une œuvre magistrale

Artiste pluridisciplinaire né à Montréal en 1936, René Derouin contribue depuis plus de 50 ans au rayonnement de la gravure sur bois, qui est au cœur de son art. Fleuve explore les grands thèmes – l'identité, la mémoire et le territoire – ayant inspiré et guidé une œuvre magistrale couronnée par le prix Paul-Émile-Borduas en 1999, l'Ordre mexicain de l'Aigle aztèque en 2006 et l'Ordre national du Québec en 2008.

Cette exposition, dont l'architecte de formation Anick La Bissonnière signe la scénographie et le concepteur et illustrateur Laurent Pinabel le graphisme, révèle un artiste engagé qui nourrit un profond sentiment d'appartenance à l'Amérique1.

Puisant dans les collections de BAnQ et dans d'autres importantes collections publiques et privées, l'artiste, qui joue également le rôle de commissaire, présente plusieurs de ses plus grandes réalisations. Ces œuvres sont exposées sous l'éclairage d'une série de vidéos inédites signées Catherine Hébert et Elric Robichon, qui donnent à voir les processus de création de l'artiste.

Le livre de création artistique

Conçue à l'origine par la maison de la culture de Villeray–Saint-Michel– Parc-Extension, puis revue et augmentée par BAnQ, Louis-Pierre Bougie – 30 ans de livres d'artiste offre une occasion unique de prendre la mesure de la qualité des livres de création artistique de Louis-Pierre Bougie et d'en apprécier les variables graphiques.

Né à Trois-Rivières en 1946, Louis-Pierre Bougie est à la fois peintre, graveur et dessinateur. C'est toutefois l'estampe, dont il a exploité toutes les possibilités, que célèbre cette exposition. Fondateur de l'influent Atelier Circulaire, il a notamment reçu le prix de la Fondation Monique et Robert Parizeau en 2005 pour sa remarquable contribution au livre d'artiste.

Cette exposition présente les 11 livres que Louis-Pierre Bougie a réalisés en collaboration avec des poètes et des écrivains marquants, dont Michel van Schendel, Michaël La Chance, Geneviève Letarte et Michel Butor. On y trouve notamment Ainsi fait (2013), le plus récent livre d'artiste de Bougie, qui, offert en primeur aux yeux des visiteurs, tire son inspiration des vers du peintre et graveur François-Xavier Marange, collaborateur de longue date de l'artiste, décédé en octobre 2012.

Agent culturel de la Ville de Montréal, Claude Morissette s'est acquitté des tâches de commissaire. Son propos est bien servi par la sobriété du design graphique de Line Villeneuve, qui laisse toute la place à un art unanimement salué par la critique.

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Coup d'œil sur les acquisitions patrimoniales

Les guides de voyage Baedeker

par Daniel Chouinard, bibliothécaire, Direction des acquisitions et de la préservation des collections patrimoniales, et Hélène Fortier, archiviste-coordonnatrice, Centre d'archives de Montréal, avec la collaboration de Valérie D'Amour, archiviste au Centre d'archives de Montréal, de Lynda Corcoran, archiviste au Centre d'archives de Québec, d'Audrey Bouchard, archiviste au Centre d'archives du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de Jean-François Palomino, cartothécaire, et d'Isabelle Robitaille, bibliothécaire responsable des imprimés anciens, Direction de la recherche et de l'édition

La famille Badeau-Blanchette fait don de ses archives

Le Centre d'archives du Saguenay–Lac-Saint-Jean a acquis le fonds d'archives de la famille Badeau- Blanchette. Ce fonds témoigne des liens intergénérationnels étroits qui unissent une famille saguenéenne de classe moyenne originaire de Trois- Rivières de 1930 aux années 2000. Il se distingue notamment par des chroniques mensuelles rédigées pendant plus de 25 ans. Ces récits permettent de connaître le point de vue des membres d'un même groupe relativement à des événements communs et de suivre de façon originale leur quotidien. Les documents colligés sont fort pertinents pour connaître la vie de Majella Badeau, femme au foyer, et d'Edmond Blanchette, commis vendeur pour la firme Electrolux. Le fonds renseigne également sur les loisirs, les voyages, les études, les carrières et les activités de leurs neuf enfants, qui ont cédé ces documents – de la correspondance, des chroniques, des journaux personnels, des photographies et des enregistrements sonores. Ces documents intéresseront les généalogistes et les historiens de famille. Des dossiers de recherche rédigés par un des membres de la famille sur les différentes nations autochtones intéresseront pour leur part exemles chercheurs qui étudient les autochtones au Québec. Le fonds Famille Badeau-Blanchette s'inscrit dans le courant des archives de famille conservées au Centre d'archives du Saguenay–Lac- Saint-Jean, tout comme le fonds Famille Dubuc (1860-1989) et le fonds Louis et Marguerite Saint- Pierre (vers 1910-1987).

Le point de vue fascinant de mercator

Gerardus Mercator (1512-1594) est certainement l'un des cartographes les plus réputés de son époque. Formé à l'Université de Louvain (sur l'actuel territoire de la Belgique), ce fils d'un pauvre fabricant de chaussures est, dans sa jeunesse, inquiété par l'Inquisition et jeté au cachot pour sept mois. Homme aux multiples talents, Mercator s'adonne autant à l'arpentage qu'à la fabrication d'instruments scientifiques et de globes terrestres. Dès les années 1530, il publie diverses cartes du monde, adoptant très tôt la gravure sur cuivre, plus précise que la gravure sur bois. Riche de son accès à des sources privilégiées, notamment issues des voyages d'exploration espagnols, portugais et anglais, il dessine les contours des continents avec une précision inégalée à son époque. Malgré une production prolifique, Mercator était jusqu'ici mal représenté parmi les collections de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et c'est pourquoi il a été jugé utile d'acquérir l'une de ses cartes, couvrant en partie l'Amérique du Nord et intitulée Septentrionalium Terrarum Descriptio. Analysée en détail dans le livre L'apparition du Nord selon Gérard Mercator1, cette carte fascine. Tout d'abord parce qu'elle est projetée sur le pôle Nord, pratique plutôt inhabituelle alors, mais aussi parce qu'elle représente un passage du Nord-Ouest qui relie l'Europe et l'Asie au nord de l'Amérique, passage qui obnubile plusieurs navigateurs européens de l'époque. Intrigante, cette carte l'est aussi parce qu'elle véhicule des informations géographiques américaines – terres, rivières, lacs – dont on peine à comprendre la provenance (elle comprend par exemple les fleuves Cogib, Zubilaga et Obila). Néanmoins, dans une lettre écrite à un correspondant anglais, Mercator dit s'alimenter à même un ouvrage intitulé Itinerarium, écrit par Jacob Cnoyen, mais aucun exemplaire de ce livre n'a été retrouvé. Car, malheureusement, les sources de Mercator n'ont pas été conservées intactes et sa bibliothèque a été dispersée après sa mort. Mélange de croyances antiques et de relations de voyages modernes (notamment ceux de John Davis et de Martin Frobisher), cette carte illustre bien toutes les difficultés pour le cartographe de cabinet de se représenter le globe et les territoires les plus inaccessibles.

La formation scolaire de Pierre J. Boulva, architecte montréalais renommé

Le Centre d'archives de Montréal s'est récemment enrichi du fonds d'archives de l'architecte montréalais de renom Pierre J. Boulva et de son épouse, Andrée Lafontaine. M. Boulva a entre autres participé à la conception des stations de métro Atwater, Place-des-Arts et Lucien-L'Allier, des théâtres Maisonneuve et Jean-Duceppe, du premier Planétarium de Montréal et de l'Hôtel Delta.

Ce fonds témoigne essentiellement des années de formation ayant permis à ce jeune homme talentueux de connaître le succès professionnel. Il contient des notes de cours, de la correspondance et surtout des dessins réalisés entre 1932 et 1943 par Pierre Boulva dans le cadre de ses travaux scolaires au collège Stanislas, au collège Mont-Saint-Louis et à l'École des beaux-arts de Montréal. Les dessins portent sur divers sujets dont la biologie, les moyens de transport, des éléments architecturaux et des bâtiments. Le fonds comprend aussi des photographies montrant Pierre Boulva et d'autres étudiants en voyage d'étude ainsi que des chantiers de construction. Il permet en outre de suivre les premières années du parcours professionnel de l'architecte. Certains documents portent sur la construction d'immeubles à Montréal et ailleurs comme la Place des Arts, le palais de justice et Habitat 67. Le fonds compte enfin des dessins réalisés par Andrée Lafontaine, épouse de Pierre Boulva, qui a également étudié les beaux-arts.

Boulets de canon et troupes en déroute

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a récemment eu la chance d'acquérir une très rare gravure du XVIIIe siècle intitulée The Siege and Taking of Quebeck with a View of the Glorious Battle before the Town, qui relate la prise de Québec par les troupes de James Wolfe en septembre 1759. Dans cet exemplaire légèrement rehaussé à la main de touches de jaune ocre, l'image est accompagnée d'un texte imprimé de 15 lignes tiré d'un numéro spécial du London Gazette daté du 17 octobre 1759. Le texte reproduit les lettres du général Robert Monckton (1726-1782) et du vice-amiral Sir Charles Saunders (1713-1775) au secrétaire d'État William Pitt (1708-1778), responsable de la conduite de la guerre pour l'Angleterre. Ces lettres témoignent de leurs visions des combats et donnent des détails sur les attaques de nuit, sur les morts de Wolfe et de Montcalm ainsi que sur les blessures de Monckton.

Dans une imagerie dont la naïveté fait aujourd'hui sourire, cette gravure montre le siège et la prise de Québec ainsi que la bataille des plaines d'Abraham en forçant le trait jusqu'à la caricature : on y voit des boulets de canon enflammés traversant la scène, des explosions projetant des débris en tous sens et des paysans terrorisés fuyant devant les Anglais. Tout cela avec un sens de la perspective et des proportions pour le moins fantaisistes.

Faut-il se surprendre que l'auteur de cette gravure soit demeuré inconnu? Nous savons au moins qu'elle a été éditée à Londres par Henry Overton quelques semaines à peine après la fameuse bataille. L'exemplaire de BAnQ est désormais le deuxième exemplaire répertorié au Canada, après celui de Bibliothèque et Archives Canada. Cette pièce, que d'aucuns associeront à un instrument de propagande, ne manquera pas de piquer la curiosité des passionnés de la petite et de la grande histoire.

Les débuts du chant lyrique à Québec

Bibliothèque et Archives nationales du Québec vient d'acquérir un intéressant fonds d'archives : celui d'une cantatrice qui a fait carrière à Québec entre les années 1930 et 1950, Muriel Hall-Plamondon. Cette chanteuse lyrique a vu le jour en 1913 à L'Isle- Verte, dans le Bas-Saint-Laurent, et est décédée en 2012, à l'âge de 98 ans. Par filiation maternelle, elle est la petite-cousine de la légendaire chanteuse Emma Albani, soprano québécoise de réputation mondiale ayant vécu au XIXe siècle. Douée d'une voix exceptionnelle de contralto, Muriel Hall-Plamondon est invitée comme soliste au Palais Montcalm, à l'Université Laval, au Château Frontenac et souvent au Club musical de Québec. On la retrouve quelquefois aux côtés de Raoul Jobin et de Richard Verreau. Elle est soliste également sous la direction musicale des célèbres chefs d'orchestre Wilfrid Pelletier et Edwin Bélanger. En 1948, lauréate du premier prix du concours de musique du Québec, la chanteuse se produit à Paris où elle enregistre quelques disques consacrés à la chanson folklorique. Son succès correspond aux débuts de la radio à Québec : pendant près de 20 ans, elle participe régulièrement aux émissions radiophoniques de Radio-Canada diffusées en direct dans la capitale. En dépit de toute cette réussite, elle reste modeste, peut-être par fidélité et respect pour la carrière menée par son époux, le sculpteur et maître-verrier Marius Plamondon. Il en résulte une carrière menée en marge du vedettariat et peu présente dans les médias.

Le parcours atypique de Muriel Hall-Plamondon détermine l'heureuse originalité de son fonds d'archives et des documents qui le composent tels que correspondance, calepins de notes, spicilèges, programmes musicaux, etc. On y compte également quelques enregistrements uniques immortalisant sa voix, ce qui constitue des outils de première main pour l'histoire du chant lyrique avant la Deuxième Guerre mondiale. Le patrimoine laissé par cette cantatrice dénote le caractère d'une femme engagée, moderne et énergique, qui a mené une brillante carrière locale à Québec.

 


1. Louis-Edmond Hamelin, Stéfano Biondo et Joë Bouchard, L'apparition du Nord selon Gérard Mercator, Québec, Septentrion, 2013, 190 p.

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La programmation culturelle de BAnQ

Chaque saison, Bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ) offre au public de nombreuses activités culturelles à la Grande Bibliothèque, dans ses neuf centres d'archives répartis sur le territoire du Québec et au Centre de conservation.

Expositions, conférences, lectures publiques, Heure du conte… il y en a pour tous les goûts et pour tous les âges. Pour tous les détails, consultez le Calendrier des activités culturelles, disponible sur papier dans tous les édifices de BAnQ et dans de nombreux lieux culturels, ainsi qu'en version PDF [2,89 Mo]

Renseignements : 514 873-1100 ou 1 800 363-9028

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