Dossier

Table des matières

 

Regard sur la sculpture québécoise dans les collections de BAnQ

par Ligia-Carmen Jarda, bibliothécaire
Direction de la référence

Dans les années 1940, une transformation du langage visuel s'est produite dans l'art québécois. Une remise en question est alors menée en peinture par Alfred Pellan et Paul-Émile Borduas. Dans le domaine de la sculpture, les bases conceptuelles de la création sont repensées, mais on remarque en même temps une certaine persistance. La réinterprétation de certains archétypes de l'art universel rappelle la sculpture européenne du début du XXe siècle. En contraste avec la peinture, la sculpture trouve dans les arts primitifs les moyens de sortir de l'académisme. La figure est réinventée, devenant la transposition en art d'une certaine « vision » de la réalité, comme l'écrit Michel Martin dans l'introduction du catalogue La sculpture au Québec 1946-1961 – Naissance et persistance.

De 1940 À 1970

Panorama de la sculpture au Québec 1945-1970 est le catalogue de cette exposition, présentée en 1970, qui se proposait de faire la rétrospective des œuvres québécoises pendant ces 25 années. L'ambition du projet était très grande : montrer la dynamique et les multiples facettes de la sculpture québécoise pendant cette période en une centaine d'œuvres réalisées par plusieurs artistes. Si, au début du XXe siècle, la sculpture au Québec était encore tributaire du sacré, vers 1945 commence une période de grands changements. Les principaux promoteurs du nouveau langage formel sont Louis Archambault et Charles Daudelin, bientôt suivis de Robert Roussil et d'Armand Vaillancourt. Ces artistes, qui ont soutenu publiquement leurs concepts et leurs pratiques modernistes, sont considérés comme les pionniers de la sculpture moderne québécoise.

Avec son gigantesque Oiseau de fer, première sculpture en acier soudé, Archambault réussit à réduire la figure à ses signes essentiels. Les réalisations monumentales de Robert Roussil, d'un équilibre parfait entre idée et matière, sont des formes d'un symbolisme évocateur. On découvre ensuite avec Armand Vaillancourt l'idéalisation de la forme objective imposante, cette idée qui devient le credo de son cheminement, incarnée dans ses œuvres L'arbre de la rue Durocher et Sans titre. Si Vaillancourt surprend au début avec ses œuvres appartenant à la non-figuration, dans les années 1960 la sculpture québécoise sera caractérisée par la pratique de l'abstraction. Mentionnons Hurtubise avec Abstraction Z et, enfin, les œuvres abstraites d'Ulysse Comtois et d'Yves Trudeau.

Depuis 1970

Dans Art actuel au Québec depuis 1970, Guy Robert consacre un chapitre entier à la sculpture, caractérisée à la fin du XXe siècle par la liberté d'expression et non par la dictature d'un courant artistique. La sculpture connaît un retour à la figuration : le corps humain, le visage, les figures mythiques. La modernité consiste en la stylisation de la forme, qui sera épurée de tous ses détails, notamment dans les œuvres de Denise Arsenault, Germain Bergeron, Ulysse Comtois, Jacques Huet et Yves Trudeau.

Les Femmes

La sculpture et le vent – Femmes sculpteures au Québec est l'un des meilleurs ouvrages consacrés au sujet. L'une des pionnières, Sylvia Daoust, se distingue par des créations oscillant entre tradition et modernité. Dans les années 1960, la sculpture au Québec franchit un pas important vers le modernisme. C'est surtout grâce aux œuvres des femmes – notamment Yvette Bisson, Suzanne Guité, Anne Kahane, Sybil Kennedy et Françoise Sullivan – que l'on voit apparaître une sculpture plus individualisée et un plus grand pluralisme.

Œuvres 3D - Créateurs et archives

par Nathalie Gélinas, archiviste-coordonnatrice, Centre d'archives de l'Outaouais

Les œuvres sculpturales se contemplent dans les musées, les places commémoratives et plusieurs autres lieux publics et privés. saviez-vous qu'il est également possible de s'initier à cet art grâce aux archives? Depuis 2009, Bibliothèque et archives nationales du Québec conserve le fonds Conseil de la sculpture du Québec (P233). Il peut être consulté au Centre d'archives de l'outaouais par tous les amateurs de sculpture ou les simples curieux souhaitant connaître cet organisme qui a vu le jour en 1961, avec la création de l'association des sculpteurs du Québec.

Consulter les archives du Conseil de la sculpture du Québec, c'est découvrir les enjeux de la pratique de cet art depuis la révolution tranquille. Les documents témoignent des actions du Conseil pour la reconnaissance et la protection des droits des artistes, ainsi que de diverses manifestations culturelles visant à promouvoir la sculpture. C'est aussi l'occasion de découvrir le parcours artistique de quelque 200 membres de ce regroupement.

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Les catalogues de musées dans les collections de BAnQ

par Ariane Chalifoux et Ligia-Carmen Jarda, bibliothécaires
Direction de la référence

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) possède près de 8000 catalogues édités par des bibliothèques, des galeries et des musées canadiens ou internationaux. Ces catalogues couvrent un vaste ensemble de mouvements, de l'art préhistorique à l'art actuel en passant par l'impressionnisme et le fauvisme. L'institution met à la disposition du public la plus grande collection de ce genre parmi les bibliothèques publiques du Québec. BAnQ vous invite à « visiter », à l'aide des catalogues, les collections des plus grands musées au monde, par exemple celles du Louvre dans Le Louvre – Toutes les peintures, ainsi que les expositions les plus récentes comme Matisse, la couleur découpée, présentée en 2013. On trouve sur les rayons des curiosités telles que Micah Lexier – Book Sculptures, un livre d'environ 500 pages constitué majoritairement de pages blanches, mais aussi des documents d'une grande valeur intellectuelle, tels les deux tomes du catalogue raisonné de l'artiste Serge Poliakoff, ou encore celui de l'artiste québécois Jean Paul Riopelle.

Toute ville et tout pays se révèlent en partie par leurs collections d'œuvres d'art. Le lecteur pourra découvrir La collection du Musée des beaux-arts de Montréal, le catalogue de la collection permanente d'art québécois et canadien de ce musée, « l'âme de notre société », selon son ancien directeur David G. Carter. Quant au Musée national des beaux-arts du Québec, il a retenu 202 œuvres que l'on retrouve dans Une histoire de l'art du Québec – La collection du Musée national des beaux-arts du Québec, mettant en valeur les collections constituées depuis l'inauguration de l'institution. Des œuvres d'artistes phares tels que Marc-Aurèle Fortin et Paul-Émile Borduas y sont présentées.

Les musées impriment également des catalogues pour accompagner les expositions temporaires. Picasso érotique, présentée au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) en 2001, a accueilli près de 200 000 visiteurs. Les catalogues peuvent aussi servir à présenter d'importantes acquisitions. Ainsi, Design 1950-2000 met en valeur un don des mécènes Liliane et David M. Stewart au MBAM. Cette collection d'arts décoratifs de plus de 5000 objets a été intégrée aux collections du musée en 2001. Il s'agit d'un panorama du design au cours de la deuxième moitié du XXe siècle.

Le rôle des catalogues est de donner une certaine visibilité aux œuvres, car ils permettent de mieux les saisir dans leur contexte. Ils jouent un important rôle scientifique, pédagogique et patrimonial puisqu'ils sont des documents essentiels aux collections d'art des bibliothèques publiques.

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L'art dans l'œil du documentaire

par Philippe Cousineau, bibliothécaire
Direction de la référence

Née en Suisse en 1969, Jennifer Alleyn est à la fois réalisatrice, photographe et auteure. C'est cependant la documentariste qui retient ici notre attention, et plus particulièrement l'intérêt qu'elle manifeste pour la création et les arts visuels, ce dont témoignent ses trois derniers films, consacrés à autant d'artistes singuliers.

La vie imaginée de Jacques Monory (©2006) porte sur ce peintre « figuratif narratif » né à Paris en 1934, rencontré pour l'occasion dans son atelier en banlieue parisienne. Court, mais très étoffé, ce portrait d'un artiste bon enfant nous plonge dans l'univers monochrome d'une œuvre « anti-abstraite ». Le film explore la démarche particulière, les influences et les préoccupations non seulement esthétiques mais morales de Jacques Monory. Succession de gros plans sous le chapeau d'un vieil homme agréable et modeste, le documentaire fait alterner images d'archives et tableaux étincelants parfois inachevés, qui consistent en des scènes de nuit froide et bleue où la mort, comme ces revolvers qui envahissent l'œuvre de Monory, rôde toujours au détour des lieux et des ombres.

Fille du peintre Edmund Alleyn (1931-2004), la documentariste réalise ensuite L'atelier de mon père (2008), son premier long métrage. Ayant hérité du studio paternel à la suite de son décès, Jennifer Alleyn fait de ce devoir de mémoire un vibrant témoignage qui s'articule autour des parcours professionnel et biographique de son père. Des rencontres, des œuvres et des lieux étrangement familiers pour elle comme pour nous, spectateurs, légitiment le retour de la réalisatrice sur les traces de son enfance auprès de cet homme-artiste resté énigmatique à plusieurs égards. On est frappé par cette intimité qui s'expose à l'écran, accentuée par le « tu » qu'adopte la cinéaste-narratrice qui persiste à s'adresser directement à son père mort, ou à l'interpeller via le spectateur qui lui sert de témoin. À ces révélations très sensibles se joignent les confidences des proches et des amis de l'artiste, dont l'illustre photographe Gabor Szilasi.

Dix fois Dix (©2012) est consacré au peintre expressionniste Otto Dix (1891-1969), plasticien de génie lié au courant de la Nouvelle Objectivité allemande. Ce documentaire captivant est paru dans la foulée de Rouge cabaret – Le monde effroyable et beau d'Otto Dix, exposition que le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a consacrée à l'artiste de Thuringe en 2010-2011. On constate rapidement que l'œuvre d'Otto Dix, gravement marquée par les deux conflits mondiaux, n'a pas perdu une once de sa puissance toujours très actuelle. La réalisation habile de Jennifer Alleyn et les interventions convaincantes de Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du MBAM, se révèlent très éloquentes. En somme, le travail de Jennifer Alleyn démontre qu'images en mouvement et mouvements de l'image se confondent parfois sur la toile comme sur la pellicule.

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Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.