Dossier : Les arts visuels

Table des matières

 

Créateurs et créatures : un bestiaire imprimé

par Élise Lassonde, bibliothécaire responsable des collections d'estampes et de livres d'artistes
Direction de la recherche et de l'édition

Sauvage, domestique, familier ou fantastique, l'animal est une composante iconographique incontournable dans l'art. Le bestiaire éclectique tiré de la collection d'estampes de BAnQ nous apprend à lire les univers créatifs québécois et leurs influences.

La bête observée

Durant la première moitié du XXe siècle, la représentation animale est rarement exploitée comme sujet principal dans les estampes québécoises. Les bêtes qui font l'objet de gravures sont plutôt partie intégrante de l'environnement observé par l'artiste. Pour celui qui évolue en milieu urbain, comme Ernst Neumann (1907-1956), ce sont les chevaux des carrioles du port de Montréal qui contribuent au réalisme de la scène. Pour d'autres, comme Herbert Raine (1875-1951), ce sont des croquis de ses séjours à la campagne qui inspirent la création. Ces dessins préliminaires permettent de reprendre en estampes des scènes rurales auxquelles poules, vaches ou chevaux ajoutent du pittoresque.

Rodolphe Duguay (1891-1973) est fils de fermier, natif de Nicolet où il s'établira pour créer une abondante œuvre gravée et peinte. Ses paysages sont peuplés d'animaux de la ferme, et les ciels constellés d'oiseaux en vol figurent parmi les motifs qui caractérisent son travail. Fin observateur de la nature, Duguay représente également des animaux sauvages. Dans En chasse, au cœur d'un paysage au dessin dramatique, une éclaircie permet de distinguer la silhouette contrastée d'un renard. La composition dynamique et le fort contraste de ce bois gravé expriment la vitesse, l'agilité et la liberté, mais aussi la fragilité de la bête face aux éléments agités.

La créature rêvée

À l'instar des précédents exemples, l'art inuit met traditionnellement de l'avant le monde qui l'entoure. Dans les créations inuites imprimées, on trouve une abondance de figures animales, réalistes comme fantaisistes. Ces œuvres sont assez hermétiques aux courants mondiaux de l'art, alors que, inversement, les estampes réalisées plus au sud se réclament d'influences multiples. Dans les années 1950, les natures mortes aux coqs de Paul-Vanier Beaulieu (1910-1996) témoignent de l'esprit cubiste. À la même époque, Roland Giguère (1929-2003) emprunte à la mythologie et à la manière surréaliste pour réaliser l'eau-forte Griffon (1956). On voit également apparaître des créatures aux expressions anthropomorphiques, comme celle de La victime, d'Albert Dumouchel (1916-1971), une linogravure datée de 1945, et une évocation de la gravure japonaise dans Le chat des neiges (1968).

Figure incontournable du thème du bestiaire, Alfred Pellan (1906-1988) l'a visité en dessin, en peinture et en sculpture, mais aussi en gravure. Il a créé sur ce thème des séries foisonnantes, colorées et ludiques de sérigraphies (Bestiaire, 1973-1974) et d'aquatintes (Delirium concerto, 1982). Ses créatures lumineuses et énigmatiques semblent danser dans les ténèbres. Dans une approche plus réaliste, c'est par l'estampe que l'œuvre de Jean Paul Riopelle (1923-2002) fait un retour à la figuration. Ses planches sont remplies de références à la nature, inspirées de ses expéditions de chasse et de pêche. Il use avec une grande liberté de motifs totémiques : la faune ailée (oies, canards, hiboux et même mouches) et quantité d'animaux terrestres et aquatiques.

Bestiaire personnel

Dans la création actuelle, il se dégage des artistes qui affectionnent l'iconographie animalière et qui en font un usage diversifié et personnel. Cette imagerie peut être exploitée de façon réaliste ou poétique, comme dans les gravures de Marc Séguin (1970-). Plus fantaisistes, les créatures composites d'Arthur Desmarteaux (1979-) et d'Allison Moore contribuent à créer des univers grouillants qui intriguent et amusent, alors que les monstres et autres bêtes écorchées de René Donais (1958-) confrontent à des images violentes, inquiétantes ou érotiques et interpellent de façon crue. Inversement, les animaux de compagnie, comme le chien ou le chat que l'on trouve dans les estampes de Bonnie Baxter (1946-) et de Manuel Lau (1967-), permettent d'aborder des préoccupations de l'intime ou du quotidien.

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Des expositions en arts visuels

par Éric Fontaine, rédacteur-réviseur
Direction de la programmation culturelle

Depuis l'inauguration de L'espace-couleur de Robert Wolfe à la Grande Bibliothèque en 2006, l'art visuel et, plus particulièrement, l'estampe n'ont cessé d'investir les aires d'exposition de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Puisqu'elle possède la collection d'estampes québécoises la plus importante et la plus exhaustive au Canada, il est tout naturel pour BAnQ de chercher par ses expositions à révéler ses trésors au public et, du même coup, d'offrir aux artistes une reconnaissance qui leur revient de droit.

L'ESPACE-COULEUR DE ROBERT WOLFE
Du 28 mars au 17 septembre 2006

Cette exposition donnait à voir « une présentation en raccourci1 » de la carrière de Robert Wolfe (1935-2003), dont la majeure partie de la production gravée fait partie des collections de BAnQ. Le commissaire et historien de l'art Laurier Lacroix l'a présentée comme « la première fois qu'il [était] possible de prendre l'aulne de ce travail, de le saisir dans la durée, de l'évaluer en regard du développement de l'art au Québec au cours des dernières décennies2 ». En tout, plus de 90 œuvres, dont un mur pris dans l'atelier de l'artiste à Saint-Jacques-le-Mineur, étaient présentées dans cette exposition qui mettait en perspective la couleur, la géométrie épurée et les intensités de lumière de cet important graveur.

LE GOÛT DE L'ENCRE – RÉTROSPECTIVE MONIQUE CHARBONNEAU
Du 24 février au 16 août 2009

Monique Charbonneau a fait son entrée sur la scène artistique au début des années 1950. Elle a d'abord pratiqué la peinture, mais c'est la gravure sur bois qui devait devenir son moyen d'expression privilégié et asseoir sa réputation. À partir d'une sélection tirée du fonds d'estampes de Monique Charbonneau conservé par BAnQ et d'un nombre important de peintures, d'encres, de gouaches et de fusains prêtés en grande partie par l'artiste, cette rétrospective de quelque 110 œuvres offrait aux visiteurs l'occasion rare de saisir dans son ensemble la richesse et la variété de l'abondante production d'une œuvre graphique dont la nature et le paysage constituent les premières sources d'inspiration.

CES ARTISTES QUI IMPRIMENT – UN REGARD SUR L'ESTAMPE AU QUÉBEC DEPUIS 1980
Du 11 mai au 3 octobre 2010

Réunissant 88 artistes et mettant en valeur plus d'une centaine d'œuvres issues en partie de la collection patrimoniale d'estampes de BAnQ, cette exposition se voulait un hommage à la discipline de l'estampe sous toutes ses formes. Toutes les techniques y étaient présentes, de la gravure sur bois à l'impression numérique. La démesure a côtoyé l'intimisme, et les débordements, le classicisme. Il y a eu de grands déferlements de couleur et des œuvres monochromes. On y a vu des tableaux de précurseurs et ceux d'artistes émergents, un éventail, en somme, de quelques-uns des artistes québécois les plus inventifs des 30 dernières années.

RIOPELLE – SÉRIES GRAPHIQUES
Du 20 mars au 16 septembre 2012

Peintre, sculpteur, dessinateur, estampier et céramiste, Jean Paul Riopelle fut un expérimentateur passionné qui a réalisé près de 6000 œuvres, dont plus de 400 estampes. Moins connues sont ses incursions dans le domaine de l'art graphique. Elles ont pourtant donné lieu à un remarquable corpus d'œuvres. Issus des collections de BAnQ et de diverses autres collections publiques et privées, la centaine de catalogues, d'albums, d'affiches et de cartons d'invitation réunis dans cette exposition illustrait les transgressions et les détournements plastiques de l'un des monstres sacrés de l'art d'ici.

La tradition d'ouvrir ses portes aux artistes se poursuit cet automne à BAnQ. Dans le cadre de son année Création, elle présente les expositions Louis-Pierre Bougie – 30 ans de livres d'artiste et Fleuve – René Derouin, qui célèbrent deux grands artistes ayant exploité les ressources de la discipline de l'estampe. Enfin, en 2015, elle rendra hommage à l'artiste multidisciplinaire Pierre Ayot (1943-1995).


1. Laurier Lacroix, « Avant-propos », dans L'espace-couleur de Robert Wolfe, catalogue d'exposition, Montréal / Québec, Bibliothèque et Archives nationales du Québec / Presses de l'Université Laval, 2006, p.11.

2. Ibid.

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