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Dans l'atelier de restauration

Le génie créateur de la famille Caron

par Marie-Claude Rioux, restauratrice
Direction des acquisitions et de la préservation des collections patrimoniales

Dans le but de mieux répondre à sa mission de conserver et de diffuser le patrimoine documentaire québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a inauguré dans les années 1990 un laboratoire de restauration. À l'aide de son équipement et de ses installations spécialisés, ce laboratoire a permis d'ajouter un volet plus scientifique et plus technique à la conservation des collections de l'institution.

Le laboratoire de restauration est constitué de quatre espaces de travail permettant une série de traitements différents. En premier lieu, sur une grande table près d'une fenêtre, sont faits les traitements dits « secs », soit l'enlèvement de la poussière superficielle, la réparation de déchirures, l'enlèvement d'adhésifs, etc. La lumière du jour provenant de la fenêtre permet d'évaluer adéquatement l'état du document et de déterminer les traitements de restauration nécessaires.

On trouve aussi dans le laboratoire un grand évier réservé aux traitements dits « mouillés ». En effet, on dispose à l'intérieur de ce grand évier de petits bassins permettant le nettoyage de documents à l'aide d'eau distillée. Ces bassins peuvent aussi servir de chambre d'humidification pour dérouler les documents avant leur mise à plat.

Un autre plan de travail comporte une table aspirante. Celle-ci permet de faire d'autres types de traitements dits « mouillés ». En effet, lorsqu'il est impossible ou peu souhaitable d'immerger complètement un document dans l'eau, la table aspirante permet de le nettoyer très localement et d'enlever certaines taches à l'aide de solvants. Le dôme situé au-dessus de la table aspirante permet également d'utiliser celle-ci comme chambre d'humidification.

Finalement, deux grandes tables constituent une autre zone où peuvent être effectués des traitements secs, tels la mise à plat ou la couture de reliure abîmée. Une hotte en forme de trompe permet d'aspirer les vapeurs dégagées lors de l'utilisation de solutions chimiques dans les traitements de restauration. Il est à noter que les béchers contenant les solutions chimiques ne sont pas déposés sur les tables de travail, mais bien sur des chariots à roulettes. Ainsi, si par mégarde la solution est renversée, elle ne risque pas de s'étendre sur le document et de causer des dommages.

L'assignation d'un espace de travail à chaque type de traitement de restauration permet de bien gérer les espaces et d'assurer le meilleur rendement possible, en plus de garantir la sécurité des documents. Plusieurs documents transitent par le laboratoire de restauration de BAnQ. Après leur passage, ils ont souvent une seconde vie et sont prêts à poursuivre leur mission.

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D'art et de culture

L'autre moitié du monde

par Éric Fontaine, rédacteur-réviseur
Direction de la programmation culturelle

Depuis le 7 mai 2013, la Collection nationale accueille l'exposition La moitié du monde est une femme1 – Féminisme et écritures des femmes au Québec, 1969-1987. Dernière réalisation de la série Ateliers d'écrivains, qui rend hommage aux écrivains québécois, cette exposition est en quelque sorte une « réponse » à Contre-culture  : manifestes et manifestations, exposition produite par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) en 2011-2012. Là où Contre-culture a mis en vedette les voix masculines de la contre-culture au Québec, cette exposition cède la parole à l'« autre moitié du monde » et donne à voir les diverses expressions et revendications du féminisme québécois et de la création au féminin. Mariloue Sainte-Marie et Hélène Hotton, toutes deux agentes de recherche à la Direction de la recherche et de l'édition de BAnQ, ont travaillé au projet à titre de commissaires. Mariloue Sainte-Marie, qui a parcouru les fonds d'archives et les collections patrimoniales de BAnQ durant la phase de recherche, signe les textes. Hélène Hotton a pour sa part complété la recherche iconographique, rédigé des cartels et veillé à la mise en espace des artéfacts.

Une parole au féminin

« Au tournant des années 1970, un vent de contestation balaie presque toutes les sociétés occidentales, écrit Mariloue Sainte-Marie dans l'introduction à l'exposition. Peu présentes au sein du mouvement contreculturel, les femmes trouvent dans le féminisme l'occasion de faire leur propre révolution. »

Trois volets relatent cette « révolution ». Le premier est consacré aux revendications des années 1960-1970. Le deuxième aborde la prise de parole féministe au théâtre et le troisième, la production artistique et littéraire des femmes qui ont trouvé dans ce mouvement un élan créateur.

« L'exposition met en lumière l'élément crucial de la révolution féministe, explique Hélène Hotton en entrevue, ce qui l'a portée, ce sur quoi elle a reposé et ce dont elle s'est nourrie  : la parole. » La parole des femmes, celle qui s'exprime librement, sans censure et hors des carcans traditionnels, s'est alors révélée redoutable.

Le lieu privilégié de l'expression artistique au féminin, c'était le théâtre. Môman travaille pas, a trop d'ouvrage ! (1975), du collectif du Théâtre des cuisines, dénonce l'exploitation des femmes par le travail ménager. La création collective La nef des sorcières (1976) dévoile le caractère figé, contraignant, voire aliénant des rôles et des modèles sociaux, comme celui de la ménagère, de la vieille fille, de la fille-mère ou de la femme ménopausée. Créée par Denise Boucher en 1978, Les fées ont soif dénonce, met en procès et déboulonne littéralement le mythe des archétypes fondateurs de la condition féminine : la mère, la vierge et la femme-objet.

« Poésie, fiction, autobiographie, théorie se mêlent souvent dans un même texte, subvertissant les pratiques de lecture et proposant ainsi de nouveaux points de vue sur le monde », avance Mariloue Sainte-Marie. Le roman L'Euguélionne (1976) de Louky Bersianik et le recueil de poèmes Nécessairement putain (1980) de France Théoret participent de cette recherche d'un imaginaire proprement féminin.

Une parole hors la loi

Construits autour et à partir de la parole des féministes des années 1960 et 1970, la scénographie et le graphisme de l'exposition sont le fait de Rita Studio. De concert avec la chargée de projet Julie Derouin, cette firme de design a cherché à illustrer, à partir d'un graphisme brut, la qualité provocatrice et les moyens matériels du mouvement.

« Cette parole hors la loi, qui n'avait pas de lieu reconnu pour se dire, s'écrire et se publier, explique Hélène Hotton, s'est forcément manifestée par effraction, avec les moyens du bord, comme le montrent les graffitis écrits à la bombe aérosol, le papier bon marché et l'aspect fait maison des livres et des journaux féministes ou encore les photographies de manifestations, qui sont sombres et souvent mal cadrées, à mille lieues des éclairages flatteurs et des poses étudiées habituellement réservés aux images de la femme idéale. » Cela se traduit tout spécialement dans le geste de rature à la bombe aérosol et dans l'utilisation de slogans-chocs tels que le « Québécoises deboutte! » de la cellule Action-choc du Front de libération des femmes du Québec. La parole devient artéfact.

 


1. Le titre de l'exposition reprend celui de la chanson thème de l'Année internationale de la femme (1975) écrite par Jacqueline Lemay. Cette chanson a notamment été interprétée par Pauline Julien.

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Comptes rendus de lectures

par Simon Mayer, Ariane Chalifoux et Marie-Line Champoux-Lemay, bibliothécaires
Direction générale de la diffusion

Philippe Mezzasalma (Dir.)
La presse à la une – De la Gazette à Internet
Paris, Bibliothèque nationale de France, 2012
ISBN : 9782717725049

Publié à l'occasion de la présentation de l'exposition du même nom par la Bibliothèque nationale de France (BnF) en 2012, cet ouvrage a requis la collaboration de nombreux bibliothécaires et historiens. De l'Ancien Régime et des combats pour la liberté de presse du XIXe siècle aux journaux en ligne dématérialisés, ce livre présente l'évolution des pratiques de la presse française avec un souci constant de contextualisation. Agrémenté de nombreuses illustrations et d'une exposition virtuelle aux multiples portes d'entrée présentées par codes QR, cet ouvrage permet à la BnF de mettre en valeur les résultats du grand chantier de numérisation de sa bibliothèque numérique Gallica et de montrer sa volonté de continuité dans la sauvegarde du patrimoine journalistique, qu'il soit traditionnel, mixte ou exclusivement numérique. (SM)

Robert Darnton
Apologie du livre – demain, aujourd'hui, hier
Paris, Gallimard, 2012
ISBN : 9782070448227

Apologie du livre se présente comme une collection d'essais documentés au sujet de l'histoire du livre, de l'édition et de l'imprimé. Robert Darnton, historien du livre et directeur de la bibliothèque universitaire de Harvard, observe diverses problématiques entourant le statut dit « menacé » du livre sur papier à l'ère de Google, et ce, à travers le prisme de son évolution.

Menée d'un point de vue anthropologique et comparatiste, la réflexion de Darnton prend en compte la matérialité des textes, les activités des gens du livre (écrivains, imprimeurs, bibliothécaires, etc.) et les modes de communication. De l'avènement du codex à sa dématérialisation numérique, Darnton souligne la façon dont l'objet lui-même (sa transformation) module la passation du savoir et dénote, par extension, notre compréhension du monde. Un ouvrage nuancé et d'une grande pertinence. (MCL)

 

Pascal Fulacher
Six siècles d'art du livre – De l'incunable au livre d'artiste
Paris, Citadelles & Mazenod / Musée des lettres et manuscrits, 2012
ISBN : 9782850885433

À l'heure où l'on aborde de plus en plus souvent le sujet de la dématérialisation du livre à cause de l'implantation du livre électronique et d'autres technologies, le Musée des lettres et manuscrits a produit un ouvrage magnifique sur l'histoire et l'esthétique du livre au cours des derniers siècles. Vitrine sur la collection du Musée, ce livre expose des reliures et des illustrations qui ont façonné l'histoire de cette discipline. Le Musée des lettres et manuscrits possède une vaste collection d'enluminures et de livres d'artistes. À défaut de pouvoir prendre l'avion pour Paris, le lecteur pourra se pencher sur l'évolution du livre en tant qu'objet et œuvre d'art grâce aux écrits de Pascal Fulacher, conservateur du musée. (AC)

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