Rubriques - 2e partie

Table des matières

 

Comptes rendus de lectures

par Isabelle Morrissette, bibliothécaire, Direction de la référence et du prêt
et Simon Mayer, bibliothécaire, Direction de la Collection nationale et des services spécialisés

Martyn Lyons
Le livre – une histoire vivante
Rennes, Ouest-France, 2011
ISBN : 9782737353185

Le livre existe depuis environ 2500 ans. Ce superbe ouvrage richement agrémenté de plus de 200 illustrations en couleurs raconte son histoire, son évolution et quelques anecdotes, du début de l'écriture sumérienne au codex, pour arriver jusqu'au XXIe siècle et au livre numérique non matériel. Saviez-vous qu'à la fin de l'époque victorienne, certains pensaient que manger des pages du Nouveau Testament dans un sandwich pouvait guérir des saignements de nez et même en protéger?Si la vie était si simple!

Des dangers dont les élites conservatrices paraient la lecture (d'où l'interdiction pour les esclaves noirs d'apprendre à lire et à écrire) à la création du droit d'auteur en passant par l'arrivée de la lecture-loisir à la fin du XIXe siècle, cet ouvrage brosse un portrait imposant. Une lecture indispensable pour tous les amoureux du livre. (IM)

Claudio Magris
Alphabets
Paris, Gallimard, 2012
ISBN : 9782070128891

Traduction française d'une compilation d'articles parus principalement dans les pages littéraires du Corriere della Sera, Alphabets invite le lecteur à parcourir les réflexions de Claudio Magris entourant quelques grands textes de la littérature moderne. L'auteur, qui a obtenu une renommée internationale à la fin des années 1980 grâce à Danube, récit de voyage bibliophile sur le long cours de ce fleuve, est professeur de littérature germanophone à l'Université de Trieste, en Italie. Les réflexions pénétrantes de ce grand humaniste sur l'œuvre de grands écrivains nous emmènent au cœur de l'Europe centrale, avec toutes ses frontières, sa diversité et les rencontres qu'elles impliquent. Alphabets constitue le livre de chevet idéal du passionné de littérature, qui peut l'ouvrir et choisir un article au hasard afin de savourer à petites bouchées l'héritage littéraire occidental et de se nourrir de grandes réflexions. (SM)

Andreas Motsch, Grégoire Holtz (Dir.)
Éditer la Nouvelle-France
Québec, Presses de l'Université Laval, 2011
ISBN : 9782763791913

Les Relations des jésuites peuvent-elles être considérées comme des œuvres littéraires? À l'aune de quels critères pouvons-nous en juger? En plus de souligner la valeur littéraire de quelques fascinants écrits de la Nouvelle-France, cet ouvrage propose des réflexions de chercheurs sur l'évolution de leurs perspectives d'édition. La pluralité des travaux présentés par les auteurs, qui s'intéressent autant aux relectures postcoloniales des missions qu'aux considérations de valeur ajoutée à la réédition entraînées par la numérisation du patrimoine documentaire, permet un rapide tour d'horizon de la recherche sur l'édition de notre riche corpus colonial. À titre d'exemples, Jean-Claude Laborie compare les modèles missiologiques des jésuites en Nouvelle-France et au Brésil, alors que François-Marc Gagnon présente une étude ornithologique du mystérieux Codex canadensis, bestiaire illustré de la Nouvelle-France. (SM)

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Coup d'œil sur les acquisitions patrimoniales

Les guides de voyage Baedeker

par Daniel Chouinard, bibliothécaire, Direction des acquisitions et de la préservation des collections patrimoniales, et Hélène Fortier, archiviste-coordonnatrice, Centre d'archives de Montréal, avec la collaboration de Christian Drolet, archiviste-coordonnateur, Centre d'archives de Québec, de Valérie d'Amour et Julie Fontaine, archivistes, Centre d'archives de Montréal, et d'Isabelle Robitaille et Danielle Léger, bibliothécaires responsables de collections, Direction de la recherche et de l'édition

Un témoignage de l'histoire mouvementée du pont de Québec De prime abord, la magnifique lithographie de couleur sépia publiée vers 1900 et acquise récemment pour la collection d'iconographie documentaire de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) n'a pas les allures d'une publicité de marchand de farine. Pourtant, elle a bien été produite « avec les compliments » de Georges Tanguay, marchand de farine dans la Basse-Ville de Québec. Cette gravure illustre le « Pont proposé sur le Fleuve St. Laurent, près de Québec », par la Compagnie du Pont de Québec. Après plusieurs modifications aux plans initiaux, la construction fut entreprise en 1900 mais le projet connut un fin tragique en 1907 alors qu'une partie de la structure s'effondra, un accident qui causa la mort de 76 ouvriers. Les noms de l'ingénieur québécois E. A. Hoare et de l'ingénieur consultant de la compagnie américaine Phoenix Bridge, Theodore Cooper, apparaissent sur la gravure.

À la suite de ce premier effondrement, on fit appel à l'ingénieur Ralph Modjeski et les travaux reprirent en 1908. Toutefois, un deuxième effondrement eut lieu en 1916, faisant 13 morts, et ce n'est qu'en 1917 que la construction fut enfin achevée. À la suite de ces tragédies, on fut amené à reconsidérer le rôle et l'autorité des ingénieurs dans les projets de grande envergure.

Cette lithographie montre également en médaillons les portraits de deux promoteurs importants du projet : Wilfrid Laurier (1841-1919), premier ministre du Canada de 1896 à 1911, qui accepta de financer la construction à hauteur de 15  %, et Simon-Napoléon Parent, président de la Compagnie du Pont de Québec, qui fut aussi député à l'Assemblée législative (1892-1905), maire de Québec (1894-1906) et premier ministre du Québec (1900-1905). Ce sont d'ailleurs eux qui posèrent la pierre angulaire lors d'une imposante cérémonie le 2 octobre 1900.

Enfin, au-delà de ses qualités esthétiques, cette illustration permet d'observer les caractéristiques de ce pont de type cantilever, c'est-à-dire dont les poutres principales se prolongent en porte-à-faux pour soutenir une poutre centrale à portée réduite.

René Pomerleau : un pionnier de la mycologie

Si un ami vous demande de définir la mycologie, vous répondrez probablement avec empressement qu'il s'agit de la partie de la botanique qui étudie les champignons. Vous pourrez également ajouter, dans un même élan, que le Québec peut s'enorgueillir d'avoir compté dans ses rangs un mycologue de réputation internationale. C'est en effet ce qu'a été René Pomerleau (1904-1993), le premier pathologiste forestier québécois.

Sa feuille de route est d'ailleurs particulièrement impressionnante. Il obtient un baccalauréat en sciences agricoles de l'Université Laval (1924), une maîtrise en sciences de l'Université McGill (1927) et un doctorat ès sciences de l'Université de Montréal (1937), après avoir étudié à la Sorbonne et à l'École des eaux et forêts de Nancy. René Pomerleau occupe plusieurs postes aux ministères de l'Agriculture et des Forêts du Canada ainsi qu'au ministère des Terres et Forêts du Québec. Il participe également à de nombreuses missions, congrès et comités scientifiques au Québec, au Canada, aux États-Unis et en Europe, en plus d'enseigner à l'école des Gardes forestiers du Québec, à l'Université Laval et au Jardin botanique de Montréal. Il donne aussi des cours de mycologie et organise plusieurs excursions de découverte des champignons. Il est l'auteur de nombreuses publications, notamment le Guide pratique des principaux champignons du Québec et la Flore des champignons au Québec.

Son fonds d'archives, conservé par Bibliothèque et Archives nationales du Québec, témoigne principalement de cette riche carrière professionnelle. Il contient entre autres de la correspondance, des allocutions et des textes de conférences, des notes de cours, des journaux personnels, des diplômes et des documents honorifiques. Plusieurs photographies témoignent de ses recherches et activités scientifiques sur le terrain. Ce fonds d'archives contient également quelques médailles et plaques honorifiques, des photographies et des diapositives de différentes variétés de champignons ainsi que des enregistrements sonores et des vidéos d'entrevues données par René Pomerleau.

Les joies du tourisme, du Cap Diamant au mont Tremblant

Deux nouvelles pièces – rares et jusqu'ici peu connues – ont gagné la collection patrimoniale d'affiches de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Sur la première, aux couleurs de la compagnie maritime montréalaise Allan Line, apparaît un paquebot qui vogue devant l'impressionnant Cap Diamant, dominé par les fortifications de la Citadelle de Québec et par le Château Frontenac. Il pourrait bien s'agir du Grampian, détenteur d'un record de traversée sur la route reliant Glasgow et Montréal. Probablement produite peu avant la Première Guerre mondiale, cette affiche est issue d'un atelier de Liverpool et signée Odin Rosenvinge (1880-1957). Ce prolifique illustrateur britannique, d'ascendance danoise, a travaillé pour l'imprimeur Turner & Dunnett dès 1912. L'exemplaire acquis arbore le nom d'une agence d'émigration et de transport de marchandises du sud de l'Angleterre.

Photomontage percutant, composition dynamique, typographie résolument moderne et modèle féminin rompu aux diktats de la mode : la seconde acquisition est associée à deux figures remarquables. Elle a vraisemblablement été commandée par Joseph Bondurant Ryan (1905-1950) pour l'ouverture du centre de ski du mont Tremblant le 12 février 1939. Mieux connu sous le nom de Joe Ryan, ce jeune millionnaire originaire de Philadelphie inaugure alors une station de ski réputée avec hôtel de prestige (le Mont-Tremblant Lodge), école de ski et télésiège panoramique. Quant à l'affichiste Herbert Bayer (1900-1985), il s'est fait connaître à la fois comme designer, comme artiste et comme architecte. Né en Autriche, il enseigne la typographie et l'art de l'affiche au réputé Bauhaus de Dessau, en Allemagne, pendant l'entre-deux-guerres. Au moment où il réalise l'affiche du mont Tremblant, Bayer vient d'émigrer aux États-Unis : il y rejoint plusieurs professeurs du Bauhaus qui ont fui le régime nazi et il s'y établira définitivement.

Surveillez la parution, en mai, de Destination Québec, un livre illustré sur l'histoire du tourisme (Éditions de l'Homme, en collaboration avec BAnQ), et la programmation du Musée de la civilisation de Québec à l'été 2013 : ces deux remarquables affiches y seront présentées.

La création littéraire vue par Claire de Lamirande

Le Centre d'archives de Montréal a acquis récemment le fonds d'archives de la romancière et critique littéraire Claire de Lamirande (1929-2009). Les documents conservés permettent de comprendre le processus créatif de l'écrivaine, que ce soit les recherches et réflexions qui précèdent la mise par écrit de l'intrigue et du portrait des personnages ou la rédaction du manuscrit et sa publication.

Parmi les 4,5 mètres linéaires de documents textuels que ce fonds contient, mentionnons des notes de lecture et de travail, de nombreux écrits inédits dont des romans, des nouvelles et un roman perpétuel rédigé de 1993 à 2008. La correspondance de l'auteure, notamment avec Gérard Bessette, Victor-Lévy Beaulieu, Jean Éthier-Blais, Nicole Brossard, Guy Cloutier, Meery Devergnas, Jacques Hébert, André Major, Réginald Martel, Madeleine Ouellette-Michalska, Jean- Guy Pilon, Gabrielle Poulin, Adrien Thério, Pierre Turgeon et plusieurs représentants de maisons d'édition, permet en outre de comprendre ses préoccupations artistiques et les démarches de l'auteure auprès des éditeurs. Le chercheur pourra également explorer sa participation à des associations professionnelles comme les Jeunesses littéraires du Québec.

Ayant étudié la littérature française ainsi que la peinture et le modelage à l'École des beaux-arts de Montréal, Claire de Lamirande exprime aussi sa créativité dans le dessin. Ce fonds d'archives permet d'explorer cet autre volet artistique en mettant à la disposition des chercheurs certaines de ses esquisses, surtout à l'encre de couleur, dont quelques-unes tracées à partir de feuilles de thé.

Jean Tétreau, l'homme et l'œuvre

Le 8 novembre dernier, nous avons appris la triste nouvelle du décès de l'écrivain Jean Tétreau (1923- 2012). Sa mémoire est toutefois préservée, puisque M. Tétreau avait récemment cédé ses archives littéraires à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Jean Tétreau a consacré sa vie à l'écriture, tout en menant parallèlement une prolifique carrière : rédacteur, directeur des informations de Radio- Canada à Paris, traducteur et employé au Secrétariat d'État du Canada. Entre 1950 et 2004, il a publié une quinzaine d'œuvres et plusieurs articles dans divers journaux et revues. À cela s'ajoutent plusieurs titres inédits que l'on trouve désormais dans les 5 mètres linéaires d'archives conservées par BAnQ.

Passionné des langues et féru d'histoire et de littérature, Jean Tétreau était polyvalent tant dans son érudition que dans son écriture. Parmi ses œuvres, on trouve tant des romans historiques, des nouvelles et des essais philosophiques que des poèmes, des articles scientifiques et des pièces de théâtre. Il a écrit sur des thèmes aussi variés que la danse, l'histoire gréco-romaine et l'astronomie, ou encore l'état de la langue au Québec, la littérature et l'œuvre de l'écrivain François Hertel, à qui il a consacré une biographie en 1986 : Hertel, l'homme et l'œuvre.

C'est le reflet de cette création que le chercheur découvrira dans le fonds Jean Tétreau, de même que l'homme derrière l'écrivain. Ainsi, on y trouvera les manuscrits et tapuscrits de ses ouvrages, des notes de lecture, des traductions de Gogol et de Tchekhov ainsi que des carnets de maximes et de réflexions intimes sur divers sujets. Une riche correspondance complète le tout, témoignant de l'amitié qu'il entretenait avec plusieurs acteurs de la scène littéraire et artistique dont François Hertel, Georges Dor, Victor Barbeau, Jean Marcel et Réginald Martel.

Le plus vieil hebdomadaire québécois

Bibliothèque et Archives nationales du Québec a eu la surprise et le plaisir de recevoir récemment en don un volume relié comprenant une cinquantaine de numéros du Stanstead Journal, journal hebdomadaire de langue anglaise fondé dans le village de Rock Island en 1845 et encore publié aujourd'hui. Il s'agirait, selon le journal lui-même, du plus vieil hebdomadaire québécois toujours en activité.

Ce volume comprend des numéros publiés entre le 5 novembre 1846 et le 28 octobre 1847, soit alors que ce journal avait à peine un an. Imprimé sur un papier chiffon d'un format de 49 sur 34 cm qui a très bien résisté au passage des ans, chaque numéro comprend quatre pages imprimées sur cinq colonnes dans une typographie très serrée qui apparaît peu invitante à l'œil du lecteur d'aujourd'hui. Mais le papier était à l'époque une denrée rare et précieuse dont il fallait exploiter la surface au maximum.

Dans leur fameux ouvrage sur l'histoire de la presse québécoise, André Beaulieu et Jean Hamelin décrivent le Stanstead Journal en ces termes :

« Fondé par Lee Roy Robinson, un journaliste originaire de Castleton, Vermont, le Stanstead Journal se présente comme un journal de famille, libre de toutes attaches politiques ou religieuses et dévoué exclusivement aux intérêts de la région qu'il dessert. Établi au cœur d'une région prospère, loin de la concurrence des journaux montréalais, dirigé par un journaliste tenace et prudent, le Stanstead Journal accroît régulièrement son tirage. Il constitue aujourd'hui une source indispensable pour reconstituer l'histoire de la région de Stanstead1. »

Selon ces auteurs, le tirage est de 1536 exemplaires en 1892 et de 1923 exemplaires en 1960. Il était donc sûrement bien inférieur à 1500 exemplaires en 1846, ce qui permet de mesurer la rareté de ces documents et le grand intérêt de cette acquisition.


1. André Beaulieu et Jean Hamelin, La presse québécoise

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