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D'art et de culture

Gérald Godin, poète

par Éric Fontaine, rédacteur-réviseur
direction de la programmation culturelle

En 1981, après la défaite du camp du « oui » au référendum de mai 1980, Gérald Godin, ministre dans le cabinet de René Lévesque, écrit : « La poésie est le champ de la liberté totale. Est-ce le seul? Peut-être1. » C'est dire que la poésie était pour lui une préoccupation de tous les instants. Dès le 27 novembre 2012, l'aire d'exposition de la section arts et littérature de la Grande Bibliothèque accueille l'exposition Gérald Godin – « Être ou ne poète2 ». Sous des airs de plaisanterie, ce titre renvoie très sérieusement à hamlet de shakespeare et au rôle vital qu'a joué la poésie dans la vie de Gérald Godin. Journaliste, recherchiste-documentaliste, rédacteur, scénariste, éditeur, Godin a pratiqué tous les métiers que lui permettait sa plume, mais il a surtout été poète, prenant une part active aux côtés de sa compagne Pauline Julien à l'explosion littéraire et musicale qu'a connue le Québec au cours des années 1960 et 1970.

La section arts et littérature

Exploiter l'œuvre poétique de Godin dans le contexte très précis de l'aire d'exposition de la section arts et littérature de la Grande Bibliothèque représentait un énorme défi. Comment rendre justice à l'héritage littéraire de Godin, comment interpeller le visiteur, comment l'intriguer tout en lui offrant une manière unique d'« expérimenter » l'œuvre du poète, et cela en moins de deux minutes! Nous voulions surtout faire appel à la curiosité des visiteurs, autant ceux venus expressément visiter l'exposition que les nombreux visiteurs « accidentels » qui traverseront cette importante aire de circulation sur leur parcours.

Un environnement immersif

Pour élaborer le volet littéraire de l'exposition, Bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ) a fait appel à andré Gervais, éditeur et ami de Godin, qui a dressé un portrait senti du poète. Guidé par une profonde connaissance de son œuvre, il a également choisi les poèmes que nous offrons au public. Pour le volet artistique, qui laisse libre cours à la magie de la poésie de Gérald Godin, nous souhaitions créer un environnement sonore et visuel immersif. Cette idée, exploitée par le designer Philippe Legris avec une rare sensibilité et un extrême souci du détail, a donné lieu à la création de coupoles autoportantes, ou « douches sonores », qui permettent aux visiteurs de vivre une expérience poétique englobante.

Les « douches » sonores

Chaque coupole s'inspire d'un grand thème de l'œuvre de Godin, son amour des femmes, sa tendresse pour les mots et les gens du peuple, sa conscience aiguë de la vie quotidienne et de l'action politique. Ces coupoles font usage d'une technologie de pointe qui oriente le son vers le seul visiteur, sans gêner les autres usagers de la Grande Bibliothèque et sans recourir à des casques d'écoute. sous les douches, la poésie de Godin est à la fois mise en musique et traduite en images.

Pour la dimension musicale, BAnQ a fait appel au slammeur Ivy, qui a récemment signé le très bel album Hors des sentiers battus, et à l'artiste interdisciplinaire D. Kimm, des Filles électriques. Portés avec force par les voix de ces deux interprètes exceptionnels, les poèmes de Godin livrent une partie de leur extraordinaire beauté. Pour la dimension visuelle, BAnQ s'est tournée vers l'enseignant et co-commissaire de l'exposition Bertrand Carrière, qui a demandé à un groupe de jeunes photographes issus du Cégep André-Laurendeau de penser aux mots de Godin. « Je me suis fait un plaisir de guider ces six jeunes non seulement au cœur d'une œuvre poétique, mais aussi à travers des années qu'ils n'ont pas connues mais qui ont des résonances étonnantes avec le présent », explique Bertrand Carrière dans sa présentation de l'exposition.

En complément à l'exposition

Deux activités seront offertes à l'auditorium de la Grande Bibliothèque en complément à l'exposition : une soirée Poésie et jazz en hommage à Gérald Godin, en compagnie du trio Daniel Lessard et du comédien et poète Henri Chassé, le 18 décembre à 19 h, et une projection du film documentaire Godin de Simon Beaulieu, le 29 janvier à 19 h. Ces activités, ainsi que l'exposition, contribueront à souligner la contribution inestimable de Gérald Godin à notre héritage littéraire.


1. « Cette vie d'appétits (notes) », dans andré Gervais (éd.), Traces pour une autobiographie – Écrits et parlés II, Montréal, L'hexagone, 1994, vol. II p. 84.

2. La partie entre guillemets du titre de l'exposition est une citation d'un poème que Godin a écrit en juillet 1989, moins d'une semaine avant sa seconde opération au cerveau. Laurence olivier, le grand acteur shakespearien, vient alors tout juste de mourir.

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Le cabinet des curiosités

Washington et Stobo
Un cas d'espionnage dans nos archives

par Denyse Beaugrand-Champagne, archiviste
Centre d'archives de Montréal

Le Centre d'archives de Montréal conserve un extraordinaire dossier qui renferme tous les éléments d'un film à grand déploiement se déroulant sur des champs de bataille de l'Ohio et de la Pennsylvanie ainsi qu'à Montréal et à Québec. Les acteurs sont George Washington, l'armée britannique, la milice coloniale, les forces françaises, la milice canadienne et leurs alliés amérindiens ainsi que, au cœur de l'aventure, Robert Stobo.

Pour les Américains, l'acte de reddition signé par Washington à la suite de sa déconfiture devant les forces françaises et amérindiennes au Fort Necessity (Uniontown, Pennsylvanie), le 3 juillet 1754, est certes un document important1. En effet, il s'agit du seul acte de capitulation de George Washington, qui écrira à son frère : « Je ne doute pas que vous ayez entendu les détails de notre défaite honteuse, qui a été si scandaleuse que je déteste en parler2. »

Pour le lecteur intéressé par les drames d'espionnage, cet acte de reddition d'une valeur historique inestimable est au cœur d'un procès pour haute trahison intenté contre Robert Stobo, un otage laissé aux Français qui attendaient le retour de Washington avec une vingtaine de prisonniers. L'échange n'eut jamais lieu. Un an plus tard, lors d'une tentative britannique pour s'emparer du Fort Duquesne (Pittsburgh, Ohio), les forces françaises découvrirent un plan de leur fort ainsi qu'une lettre de Stobo, suggérant à ses confrères d'attaquer ce fort : « Quant à moi, je mourrais dix mille fois pour avoir la joie de posséder ce fort une seule journée; ils [les Français] sont si vaniteux de leur victoire que les entendre est pire que la mort.3 »

Stobo nia tout. Après 19 jours d'interrogatoires devant un conseil de guerre réuni à Montréal, le passage sur la sellette lui délia la langue. Il avoua avoir voulu venger le viol des conditions de capitulation signées par Washington. Il s'était mis secrètement à l'œuvre, étudiant la structure du fort et l'organisation militaire des Français et il avait remis furtivement sa missive à un autochtone de confiance à l'intention des forces britanniques. Condamné à la décapitation, Stobo tenta de s'évader à plusieurs reprises. En 1759, il réussit, après 36 jours d'aventures incroyables, à rejoindre les forces anglaises au Fort de Louisbourg (Île-du-Cap-Breton)4.


1. Cette bataille, Battle of the Great Meadows, a été la première de la guerre de Sept Ans ou, comme les Américains la nomment, The French and Indian War.

2. George Washington, The Writings of George Washington, lettre à Augustine Washington, 2 août 1755 : I doubt not but you have heard the particulars of our shameful defeat, which really was so scandalous, that I hate to mention it. http://oll.libertyfund.org/ (consulté le 16 juin 2012).

3. Robert C. Alberts, « Robert Stobo », Dictionnaire biographique du Canada, www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?&id_nbr=1665 (consulté le 16 juin 2012).

4. Les pièces du procès sont numérisées sous la cote TL4, S1, D6128 et les documents relatifs à l'évasion de Stobo se trouvent sous la cote TP1, S777, D183.

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Comptes rendus de lectures

par Isabelle Morrissette, bibliothécaire, Direction de la référence et du prêt
et Simon Mayer, bibliothécaire, Direction de la Collection nationale et des services spécialisés

Laurent Maréchaux
Écrivains voyageurs – Ces vagabonds qui disent le monde
Paris, Arthaud, 2011
ISBN : 9782081245655

Ce livre superbement illustré nous fait entrer dans le merveilleux monde des écrivains voyageurs. Que vous partiez à la rencontre de Pierre Loti sur les mers du monde, de Rudyard Kipling en Inde, de Blaise Cendrars au Brésil, de Georges Simenon sur le continent africain ou de Jack Kerouac sur les routes mythiques de l'Amérique, vous serez fasciné par ces récits. Ce livre présente autant des portraits de voyageurs qui devinrent écrivains que d'écrivains qui devinrent voyageurs. La fiction côtoie souvent les données plus factuelles dans ces récits. Mais comme répondait Blaise Cendrars à un journaliste lui demandant s'il avait vraiment pris le Transsibérien  : « Qu'est-ce que cela peut bien te foutre, puisque je vous l'ai fait prendre à tous! » (IM)

Yves Peyré
La bibliothèque Sainte-Geneviève – À travers les siècles
Paris, Gallimard, 2011
ISN : 9782070132416

De la bibliothèque monastique du vie siècle à l'institution interuniversitaire et publique qui fait la joie des chercheurs et des curieux du Paris d'aujourd'hui, la bibliothèque Sainte-Geneviève dévoile ici sa prestigieuse histoire gravée au cœur de la métropole française. Agrémenté de portraits de bibliothécaires souvent héroïques qui ont permis à Sainte-Geneviève de survivre aux grandes épreuves de l'histoire et qui ont fait bénéficier l'institution de leurs connaissances et de leurs passions, cet ouvrage lève le voile sur le cabinet de curiosités de la bibliothèque et sur les circonstances de l'acquisition de certains fonds particuliers. On y apprend entre autres que la bibliothèque est propriétaire d'un fonds scandinave tout à fait remarquable. Le lecteur sera de plus impressionné par la présentation d'une architecture exceptionnelle et fonctionnelle qui a récemment permis à l'institution de prendre le virage technologique. (SM)

François Hébert
La littérature populaire en fascicules au Québec
Québec, Éditions GID , 2012
ISBN : 9782896341337

Les aventures amoureuses de la belle Françoise AC-12, l'incomparable espionne canadienne-française, celles d'IXE-13, l'espion play-boy, et les souvenirs amoureux de Rita la petite servante ont su captiver de nombreux lecteurs. Qu'elles aient pris la forme du roman d'espionnage, du roman d'amour ou du roman policier, les nombreuses séries de littérature en fascicules ont permis aux Québécois de lire des aventures rocambolesques peuplées de personnages plus colorés les uns que les autres, comme en font foi les milliers de titres recensés et les nombreuses illustrations de couverture reproduites dans ce répertoire.

Après de longues années de recherche dans les endroits les plus inhabituels et étonnants, François Hébert nous offre ici un ouvrage de référence indispensable pour quiconque s'intéresse à la littérature populaire québécoise des années 1940, 1950 et 1960. (SM)

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