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Dossier : le théâtre


Le Rideau Vert, pilier de notre théâtre

par Marielle Lavertu, archiviste
Centre d'archives de Montréal

C'est le 17 février 1949 que le rideau se lève sur ce qui deviendra le plus ancien théâtre professionnel francophone en Amérique du Nord : le Théâtre du Rideau Vert. L'étude de l'histoire de cette institution serait bien incomplète si on ne mettait pas en lumière le rôle d'Yvette Brind'Amour, l'une des fi gures de proue du théâtre au Québec. En effet, leurs destinées s'entremêlent inextricablement sur plus de quatre décennies. Pour revivre les saisons du Rideau Vert et pour connaître la vie de cette femme d'exception, les lecteurs pourront consulter les fonds Yvette Brind'Amour (P857) et Théâtre du Rideau Vert (P831), deux fonds complémentaires conservés au Centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

À la barre du Rideau Vert de 1948 à 1992, Yvette Brind'Amour en est la grande inspiratrice. Le jour de ses 30 ans, le 30 novembre 1948, elle fonde avec Mercedes Palomino le Théâtre du Rideau Vert, première troupe professionnelle permanente au Québec. Le choix de cette dénomination n'est certes pas anodin : pour ses fondatrices, il évoque un idéal d'éternel renouveau.

En sa qualité de directrice artistique, Yvette Brind'Amour défi nit la mission de la jeune compagnie : présenter un théâtre universel avec une vision contemporaine. Elle impose d'emblée un style de jeu plus actuel et expérimenté au sein de L'Équipe de Dagenais. Elle privilégie ainsi une approche éclectique en présentant un large éventail d'œuvres où alternent drames, comédies, œuvres classiques, théâtre contemporain international et créations québécoises. Le fonds Théâtre du Rideau Vert, qui comprend les dossiers de près de 340 productions théâtrales, nous invite d'ailleurs à redécouvrir l'histoire de cette institution phare en examinant les grandes orientations de son répertoire.

Tradition et modernité

Sans véritable port d'attache au cours de sa première décennie, le Rideau Vert se produit sur plusieurs scènes montréalaises : salle du Théâtre des Compagnons de Saint-Laurent, Anjou, Gesù, Monument-National, Théâtre Saint-Denis. Yvette Brind'Amour signe alors une douzaine de mises en scène, dont celles de trois créations québécoises, parmi lesquelles Sonnez les matines de Félix Leclerc. À l'automne 1960, grâce à l'appui du maire Jean Drapeau, le Rideau Vert élit domicile dans l'ancien Théâtre Stella. Il joue à cette époque un rôle d'éducation auprès d'un public néophyte. C'est le premier théâtre à faire découvrir aux Montréalais la dramaturgie moderne avec des auteurs tels Anouilh, Lorca, Camus, Sartre, Sagan, Cocteau, Brecht et Ionesco. Dès 1960, on y présente de 7 à 10 productions par saison. C'est aussi l'une des premières compagnies professionnelles à offrir, de 1967 à 1978, une programmation régulière destinée au jeune public, entre autres des spectacles de marionnettes et des créations de Roland Lepage, de Marcel Sabourin et d'André Cailloux. Dans le souci de joindre un large public, on y met à l'honneur la comédie ainsi que la tradition des revues et du théâtre musical. Rappelons à ce titre le succès de la reprise des Fridolinades de Gratien Gélinas.

Lieu de prédilection pour l'éclosion de notre dramaturgie, le Rideau Vert est la première institution à ouvrir ses portes aux auteurs québécois, notamment Félix Leclerc, Carl Dubuc, Claire Martin, Françoise Loranger, Marcel Dubé et Marie- Claire Blais. Nous lui devons la première mouture des Belles-sœurs de Michel Tremblay1 en août 1968, événement qui a révolutionné notre univers théâtral. À compter de 1972, une vingtaine de pièces d'Antonine Maillet y prennent l'affiche aux côtés d'œuvres de Pierre Perrault, de Michel Garneau et de Simon Fortin. Très tôt, le Rideau Vert acquiert ses lettres de noblesse sur la scène internationale avec des tournées européennes en France, en Belgique, en Suisse, en Italie et en Union soviétique. La troupe accueille régulièrement des compagnies, des auteurs et des artistes étrangers, entre autres la compagnie Renaud-Barrault.

Le legs d'une visionnaire

Au cours de sa longue carrière, Yvette Brind'Amour signe une cinquantaine de mises en scène. Tout comme elle sait miser sur le talent de nos auteurs, elle sait mettre à profit celui de nos costumiers, décorateurs et metteurs en scène, par exemple François Barbeau2, Robert Prévost, Guy Hoffman, Georges Groulx, François Cartier, Jean Faucher, André Brassard, Danièle J. Suissa, Guillermo de Andrea, René Richard Cyr et Alice Ronfard. L'immeuble de la rue Saint-Denis fait peau neuve avec une salle totalement métamorphosée en 1990- 1991, peu avant le décès d'Yvette Brind'Amour, en avril 1992.

Mercedes Palomino reprend le flambeau et maintient le cap avec, à ses côtés, Guillermo de Andrea à la direction artistique (1992-2004). Serge Turgeon, qui se joint à l'équipe comme directeur général adjoint en 1997, innove en lançant la formule des lundis culturels consacrés à des débatsconférences sur les représentations de l'heure. Denise Filiatrault, qui s'est illustrée au Rideau Vert depuis les années 1960 à la fois comme comédienne et comme metteur en scène, prend la relève en 2004 à titre de directrice artistique.

Avec plus de 60 saisons à son actif, le Théâtre du Rideau Vert demeure un acteur essentiel de la dramaturgie québécoise et continue d'apporter une touche toujours aussi verte dans le paysage culturel montréalais.


1. D'autres œuvres majeures de Michel Tremblay furent créées sur les planches du Rideau Vert dans les années 1980-1990 : Albertine en cinq temps, Le vrai monde?, Encore une fois, si vous permettez

2. Le costumier François Barbeau fut de toutes les productions du Rideau Vert jusqu'à aujourd'hui. Son volumineux fonds d'archives (MSS450) est conservé au Centre d'archives de Montréal de BAnQ.

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Le théâtre de la Bibliothèque : le riche parcours d'un lieu de mémoire

par Danielle Léger, bibliothécaire spécialiste des collections patrimoniales d'affiches et de programmes de spectacles,
Direction de la recherche et de l'édition
et Marthe Léger, archiviste
Centre d'archives de Montréal

Au fil des ans, la salle de lecture du Centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a tour à tour été un musée, un théâtre et une bibliothèque3.

Construit en 1910, le Musée commercial et industriel de Montréal occupe toute une aile de l'École des hautes études commerciales (HEC), un édifice de style Beaux-Arts des architectes Gauthier et Daoust. Inauguré officiellement en 1916, après qu'on eut pris le temps de constituer les collections et d'acheter le mobilier, ce musée ouvert au grand public expose, dans sa grande salle entourée de galeries aux planchers vitrés, des échantillons de divers produits et des modèles réduits dotés de mécanismes que les visiteurs peuvent actionner. Les échantillons de matières premières du musée servent aussi de support pédagogique aux cours du volet pratique donnés aux HEC. Pendant quatre décennies, le Musée commercial et industriel de Montréal présente plusieurs expositions destinées à promouvoir les activités commerciales et industrielles du Québec et d'ailleurs4.

En 1956, se trouvant trop à l'étroit, les HEC ferment leur musée et y installent leur bibliothèque jusqu'au déménagement de l'école sur l'avenue Decelles, en 1970. Cette salle est alors récupérée pour loger la bibliothèque du Collège Dawson, établissement d'enseignement qui occupe l'édifice jusqu'en 1988.

Le Théâtre de la Bibliothèque

Un épisode trépidant de la vie théâtrale montréalaise anime la bibliothèque désaffectée de 1993 à 1997. Pendant ces cinq années, l'édifice sis au 535 de l'avenue Viger sert de port d'attache du Théâtre de l'Opsis, à la fois siège administratif de la troupe et lieu de création et de présentation de sept de ses productions. L'Opsis donne le nom de Théâtre de la Bibliothèque à « cet espace magique et théâtral afin d'en faire un lieu unique de création », à cette « salle qui est déjà, en elle-même, un décor5 ».

Fondé en 1984 par sept finissants de l'option théâtre du Collège Lionel-Groulx, l'Opsis porte « un regard neuf sur les textes classiques et sur la dramaturgie contemporaine étrangère »6. Animé notamment par Serge Denoncourt, Pierre-Yves Lemieux et Luce Pelletier, ce théâtre de recherche et d'exploration favorise la parole d'auteurs et la direction d'acteurs, pratiquant collage de textes, ateliers de mise en scène, cycles de création et tournées. De l'aveu de sa directrice artistique, Luce Pelletier, le Théâtre de la Bibliothèque, doté d'une « âme », a eu une grande résonance dans l'histoire de l'Opsis.

Un espace de création

Le lieu était ouvert à d'autres troupes, notamment Théâtre Pluriel, OpenAire Théâtre et Zeitgeist. L'Opsis invitait ces compagnies ; les revenus de la billetterie étaient partagés afi n de couvrir les coûts de location. En 1994, l'espace ouvert, haut de trois étages et entouré de mezzanines, sert bien Théâtre Acte 3, qui y monte en première nord-américaine Mariage de Witold Gombrowicz, spectacle au style déconstruit, à l'esprit shakespearien. Privilégiant des lieux urbains « radicaux » pour créer des événements théâtraux, Momentum y présente en 1994-1995 un mémorable Helter Skelter, un « reality show post-cyber-punk » sur le cauchemar américain. Mis en scène par Jean-Frédéric Messier, ce spectacle met à contribution 10 comédiens, dont Céline Bonnier, James Hyndman, Sylvie Moreau et François Papineau. Dans une captation vidéo7, des comédiennes survolent littéralement les spectateurs. On reconnaît balustrades en fer forgé, colonnes, galeries en mezzanine, ancien escalier et carrelage de céramique. Comme bien des organismes culturels en quête d'un lieu de diffusion permanent, l'Opsis a dû plier bagage en 1997, redevenant une troupe sans salle fixe, changeant de lieu de création d'une production à l'autre.

La salle de lecture

Les travaux de rénovation et d'agrandissement entrepris en 1998 pour héberger le Centre d'archives de Montréal ont peu modifié l'architecture du musée, devenu bibliothèque puis théâtre. Les tuiles produites dans le village français de Paray-le-Monial, qui couvrent toujours le sol du rez-dechaussée et les trois galeries au plancher de verre dépoli et aux rampes de fer forgé soutenues par de délicates colonnes de fonte, confèrent un cachet unique à la salle. Pour couronner le tout, l'intégration d'un escalier en colimaçon lors de l'aménagement de l'espace ajoute à l'attrait du lieu.

Depuis l'an 2000, les chercheurs qui vont au Centre d'archives de Montréal ont accès à une salle de lecture qui a du panache et une histoire. Le théâtre y résonne encore non seulement au souvenir de l'épisode du Théâtre de la Bibliothèque mais aussi grâce à une centaine de fonds d'archives québécois en arts du spectacle, accessibles depuis 2006 dans ce lieu symbolique.


3. Nous remercions Luce Pelletier, directrice générale et artistique du Théâtre de l'Opsis, qui a généreusement répondu à nos questions pour mieux éclairer l'histoire du Théâtre de la Bibliothèque.

4. L'histoire du Musée commercial et industriel de Montréal est racontée aux niveaux 2 et 3 de la salle de lecture du Centre d'archives de Montréal dans le cadre de l'exposition École des hautes études commerciales de Montréal – Vocation d'origine du Centre d'archives de Montréal.

5. Tiré d'un texte de Luce Pelletier, directrice générale et artistique, publié dans le programme de la saison 1995-1996.

6. www.theatreopsis.org/le_theatre.html (consulté le 24 avril 2012).

7. www.youtube.com/watch?v=VC6YL7L2DNc (consulté le 24 avril 2012).

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Théâtre à lire : pour le théâtre et le plaisir de la lecture

par Jocelyne Dazé, chargée de projet aux événements
Direction de la programmation culturelle

Comment se construit un texte de théâtre? Quelles influences, quels courants sont à l'œuvre lors de l'élaboration d'un texte dramatique? Comment le dramaturge imagine-t-il sa pièce sur scène? Depuis la présentation de la pièce Le théâtre de Neptune de Marc Lescarbot en Nouvelle-France en 1606, plus de 2300 pièces de théâtre ont été publiées au Québec. C'est dire la richesse du répertoire théâtral d'ici. En mariant le plaisir de la lecture à la découverte du théâtre, la série Théâtre à lire propose au public un véritable voyage au cœur de l'écriture dramatique.

Depuis sa création au printemps 2008, ce mariage du théâtre et de la lecture a permis à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) d'accueillir 17 auteurs dramatiques qui ont parlé de leurs parcours et fait entendre quelques-unes de leurs plus belles pages. Élaborée en partenariat avec le Centre des auteurs dramatiques (CEAD), qui travaille depuis bientôt 50 ans à la diffusion et au rayonnement de la dramaturgie francophone du Québec et du Canada, cette série vise à faire connaître le travail, l'univers et l'œuvre des auteurs dramatiques d'aujourd'hui.

Les auteurs qui sont montés sur les planches de l'Auditorium de la Grande Bibliothèque diffèrent autant par leur écriture que par leur approche du théâtre. Aux dialogues de Louise Bombardier, qui flirtent avec le fantastique et parfois avec l'horreur, ont succédé la théâtralisation de l'expérience homosexuelle qui est au cœur de l'œuvre de Michel Marc Bouchard, puis le défilé des mots, des idées et des émotions de l'auteur des téléséries Aveux et Apparences, Serge Boucher. Normand Chaurette a interrogé les limites du langage, Evelyne de la Chenelière, la fragilité des relations humaines, et Lise Vaillancourt, l'humour et les angoisses. Des auteurs de théâtre jeune public (Suzanne Lebeau, Jasmine Dubé et Louis-Dominique Lavigne) ont également fait un tour de piste. Et nous n'avons rien dit du passage d'Alexis Martin, de Carole Fréchette, d'Yvan Bienvenue, de François Archambault et de tant d'autres encore.

Sous la direction du metteur en scène Philippe Lambert, des comédiens qui bien souvent ont déjà travaillé avec le dramaturge invité ont ponctué le récit de celui-ci d'extraits de ses œuvres théâtrales. Cette évidente complicité a donné lieu à de beaux échanges portés par les voix de Daniel Brière, Sophie Cadieux, Sophie Clément, Pierre Lebeau, Benoît McGinnis, Pascale Montpetit, Claude Poissant et Marie-Hélène Thibault, pour ne nommer que celles-là.

Le but ultime de cette série est de favoriser la lecture de textes de théâtre. Il nous rappelle le bonheur que procure le fait d'entendre ou de réentendre les textes marquants de notre dramaturgie. Ainsi, lors de la soirée consacrée à Jasmine Dubé, une spectatrice a confié au micro sa surprise et sa joie d'avoir reconnu dans un extrait de Petit monstre une pièce qu'elle avait vue toute jeune et dont elle n'avait pas saisi tout le sens.

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